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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry Chapitre VI. Émigration de Mer le duc d'Angoulême et de Mer le duc de Berry

Première partie — Vie de Monseigneur le duc de Berry hors de France · Livre premier — Éducation et émigration du prince. — sa vie militaire jusqu'a la retraite de l'armée de Condé en Pologne

Chapitre VI. Émigration de Mer le duc d'Angoulême et de Mer le duc de Berry

Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry · 2 min de lecture · p. 406 · chapitre 7 sur 58

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le temps du malheur approchait ; M& le duc d'Angoulême et Mgr le duc de Berry ne devaient pas jouir même du repos de l'enfance. Leur éducation commençait à peine, que déjà la monarchie finissait. On leur enseignait à être rois, et l'adversité allait leur apprendre à devenir hommes.

Les têtes des premières victimes avaient été promenées dans Paris; la Bastille était tombée. La famille royale, menacée, fut obligée de se retirer : le roi même lui en donna l'ordre. Mer le comte d'Artois partit pour les Pays-Bas1, et laissa à M. le duc de Sérent le soin de lui amener ses deux fils.

1 Le 16 juillet 1789. ↩

Le péril était grand ; il fallait traverser le royaume, sans escorte, au milieu des insurrections. Chargé de la fortune et de l'espoir de la France, M. le duc de Sérent cacha son projet aux jeunes princes. Il leur dit qu'il allait les mener voir en garnison un régiment de hussards qu'ils avaient aperçu sur le chemin, et dont ils ne cessaient de lui parler. Les enfants montent avec joie, la nuit, dans une chaise de poste qu'on avait préparée secrètement : ils croyaient aller à une fête, et ils quittaient leur patrie. M. le duc de Sérent ne dut son salut et celui de ses élèves qu'à la rapidité de sa course. A peine avait-il quitté Péronne, qu'une sédition éclata dans cette ville. Lorsqu'il fut prêt à passer la frontière, il apprit aux princes, toujours enchantés du voyage, le but réel de ce voyage, et la proscription dont ils étaient l'objet : ils jetèrent alors autour d'eux un regard attendri et étonné. Mºr le duc de Berry dit vivement à son gouverneur. « Nous reviendrons. » Malheureux prince, vous êtes revenu !

Des Pays-Bas, M. le duc de Sérent conduisit ses élèves à Turin 1, où ils furent reçus par leur oncle le roi de Sardaigne, qui, avec son auguste famille, ne cessa de montrer le plus généreux attachement à la Maison de France.