Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Album de Chateaubriand Episode de la retraite de russie. N.J. Philippart, Editeur, Melanges politiques,

Episode de la retraite de russie. N.J. Philippart, Editeur, Melanges politiques,

Album de Chateaubriand · 6 min de lecture · chapitre 3 sur 8

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : N.-J. Philippart, 1862, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

Alort de Stratiord.

Strafford, ministre de Charles Ier, roi d'Angleterre, souverainement impopulaire à cause de son orgueil et de son despotisme, fut mis en accusation par les meneurs de la chambre des Communes, Hampden, Pym et Fiennis, et condamné par la chambre des Lords à la faible majorité de 27 voix sur 46. Sa défense fut calme, digne et pathétique, elle arracha des pleurs à ses juges. Charles jer eut l'inqualifiable faiblesse de ratifier la condamnation de son fidèle ministre. A cette nouvelle, Strafford s'écria dans le langage de l'Écriture : « Ne mettez point votre confiance dans la parole des princes ni dans les enfants des hommes, » et il se prépara au supplice avec le plus grand calme. Le 23 mai 1641 au matin, on le conduisit au lieu d'exécution. En passant au pied de la tour où l'archevêque de Cantorbéry, Laud, accusé comme lui, était renfermé, il éleva la voix et pria le prélat de le bénir. Le vieillard parut à la fenêtre, ses cheveux étaient blancs, des larmes baignaient son visage; deux ecclésiastiques le soutenaient. Strafford se mit à genoux; Laud passa ses mains à travers les barreaux, il essaya de donner une bénédiction que l'âge, l'infortune et la douleur ne lui permirent pas d'achever; il défaillit dans les bras de ses deux assistants.

Strafford se releva, prit la route de l'échafaud où le vieil évêque devait le suivre. Le ministre de Charles Ier marcha au supplice d'un air serein, au milieu des insultes de la populace. Avant de poser le front sur le billot, il prononça ces paroles : « Je crains qu'une révolution qui commence par verser le sang ne finisse par les plus grandes calamités, et ne rende malheureux ceux qui l'entreprennent. » l livra sa tête et passa à l'éternité.

Mort de saint Pierre.

Saint Pierre, surnommé le prince des apôtres, appelé d'abord Simon, était un pauvre pêcheur de Bethsaïde sur les bords du lac de Génésareth ou mer de Galilée, qui fut avec son frère André un des premiers disciples de Jésus-Christ. Après la résurrection du Fils de l'homme, il assembla les apôtres et leurs disciples au nombre de 120 dans une maison de Jérusalem, et sur sa proposition, on consulta le sort pour remplacer Judas Iscariote. Ce fut Mathias qui fut désigné. Au moment où le Saint-Esprit descendit sur eux et leur communiqua le don des langues, il prêcha la divinité de son maître et 3000 Israélites se convertirent à sa voix; mis en prison avec saint Jean, il en convertit encore 5000 autres. Il avait toute l'énergie d'un apôtre. Les miracles se succèdent sur ses pas. Chassé de Jérusalem, il se rend à Samarie pour combattre Simon le Magicien. A Cesarée, il convertit le centenier Lomulle. Le roi Hérode Agrippa veut le faire périr, un ange le délivre de sa prison. L'an 36 de l'ère chrétienne, il établit l'Eglise d'Antioche et occupa le siége pendant sept ans. Il alla pour la première fois à Rome en 43 et y fonda le Saint-Siége sous l'empire de Tibère. Chassé de cette capitale l'an 48 avec tous les Juifs, il y revient avec saint Paul au commencement du règne de Néron. C'est là que Simon le Magicien défia l'apôtre de faire plus de miracles et que, devant Néron, il s'éleva dans les airs; mais les prières de Pierre et Paul font fuir les démons qui le soutenaient; il tombe à terre et se brise les jambes.

L'incendie de Rome dont on accusa les chrétiens que l'on confondait avec les Juifs, produisit la première persécution. Pierre et Paul enfermés dans la prison Mamertine furent mis à mort; Paul eut la tête tranchée comme citoyen romain auprès des eaux Salviennes, dans un lieu où l'on voit aujourd'hui trois fontaines. Pierre, sur sa demande, fut crucifié, la tête en bas, sur le mont Janicule et enterré le long de la voie Aurélia, près le temple d'Apollon. Là s'élève aujourd'hui le palais du Vatican et cette Eglise de Saint-Pierre, qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome. Saint Pierre ne nous a laissé que deux épitres. Son disciple chéri fut saint Marc l'évangéliste.

Marie-Antoinette dans la Prison du Temple.

Cette belle et infortunée princesse partagea avec ses enfants et Madame Elisabeth le sort de Louis XVI et fut enfermée avec lui au Temple. Elle occupait avec le dauphin une pièce au deuxième étage; Madame Royale, sa fille, et Madame Élisabeth étaient logées au même étage ; le roi demeurait au troisième et venait dans le commencement passer la journée chez sa femme; mais les ordres barbares de la Commune vinrent les séparer. On sait combien Louis XVI, mis en jugement et condamné à mort par la Convention, montra de courage et de résignation. Rien de plus pathétique que ses derniers adieux à la reine. Par tendresse pour elle, il ne voulut pas qu'elle passât la nuit près de lui et lui cacha l'heure de son exécution. Marie-Antoinette, couchée tout habillée sur son lit, passa la terrible journée du 21 janvier, abimée dans de longs évanouissements interrompus par des sanglots et des prières. Bientôt on resserra encore sa captivité et on lui défendit de se promener sur la plate-forme de la tour. Sa santé dépérissait à vue d'œil; on fit quelques tentatives pour l'évasion de Marie-Antoinette ; le résultat fut de provoquer des mesures plus sévères. Après la proscription des Girondins, la Convention décida que la reine, devant être jugée, serait séparée de son fils. Cette séparation lui arracha des larmes, elle résista aux commissaires jusqu'à extinction de ses forces. Malgré ses supplications, elle ne put obtenir de voir une seule fois son fils, confié à la garde d'un geôlier cruel nommé Simon. Le 2 août, elle fut transférée à la Conciergerie et séparée de sa fille et de Madame Elisabeth. Le 13 octobre, Fouquier-Tinville vint lui signifier son arrêt d'accusation. Elle choisit pour la forme deux défenseurs, Chauveau - Lagarde et Tronçon - Ducoudray. Le lendemain, elle comparut devant le tribunal révolutionnaire. Sa contenance était digne et calme; ses réponses pleines de justesse. Condamnée à mort le 14, elle fut exécutée le 15 à 11 heures du matin. Légère dans la prospérité, elle se montra sublime dans l'infortune, intrépide sur l'échafaud. Elle n'avait que 38 ans.

Notre-Dame-des-Bois.

Qui ne connaît Notre-Dame-des-Bois, cette habitante du creux de la vieille épine ou du trou moussu de la fontaine? Elle est célèbre dans tout le hameau par ses miracles. Il n'est pas de province, pas de contrée catholique qui n'ait sa Notre-Dame-des-Bois, à laquelle ne soient attachées quelques touchantes légendes, quelques pieuses traditions. En vain le scepticisme actuel veut-il condamner ces saintes et naïves croyances. Heureux, trois et quatre fois heureux ceux qui croient ! Marie, qui dans le ciel est à la droite de son fils, devant laquelle les séraphins se voilent la face, n'est-elle pas sur la terre la patronne de tout ce qui souffre et espère? Pourquoi la bonne Marie-des-Bois, qui n'est qu'un de ses nombreux surnoms, ne viendrait-elle pas en aide à ceux qui l'implorent avec ferveur et confiance? Maintes femmes vous diront que leurs douleurs dans l'enfantement ont été moins grandes depuis qu'elles l'ont invoquée. Les filles qui ont perdu leurs fiancés ont souvent, au clair de la lune, aperçu les âmes de ces jeunes hommes dans ce lieu solitaire ; elles ont reconnu leurs voix dans les soupirs de la fontaine. Les colombes qui boivent de ses eaux, ont toujours des œufs dans leur nid, et les fleurs qui croissent sur ses bords, toujours des boutons sur leur tige. Il était convenable que cette sainte des forêts fit des miracles doux comme les mousses qu'elle habite, charmante comme les eaux qui la voilent.

Parmi les types créés par la religion chrétienne, il n'en est pas de plus beau et de plus pur que Marie (étoile de la mer), fille d'Héli et de Anne et mère de Jésus. Objet de foi et d'adoration pour ceux que la main de Dieu a touchés, elle est pour les autres un ineffable élan de poésie, une consolatrice pure comme le sourire d'un enfant, tendre comme une âme qui a souffert. Pour les jeunes filles, c'est l'étoile du matin, la rose du mystère, un vase rempli de parfums; pour les voyageurs une source toujours pure; pour les marins l'étoile des mers; pour les malheureux la gardienne, la consolatrice des affligés ; pour tous, l'espérance.

Geoffroy. sc