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L'Enchanteur 1768—1848
Album de Chateaubriand Eudore et cymodocee. N.J. Philippart, Editeur. Les Martyrs, III

Eudore et cymodocee. N.J. Philippart, Editeur. Les Martyrs, III

Album de Chateaubriand · 4 min de lecture · chapitre 5 sur 8

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : N.-J. Philippart, 1862, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

Velleda.

A ces mots, Velleda pousse un cri de désespoir. Bientôt changeant d'idée et cherchant à lire dans mes yeux, comme pour pénétrer mes secrets :

« Oh! oui, c'est cela, s'écrie-t-elle, les Romaines auront épuisé ton cœur! Tu les auras trop aimées! Ont-elles donc tant d'avantages sur moi? Les cygnes sont moins blancs que les filles des Gaules; nos yeux ont la couleur et l'éclat du Giel. » .

Dans ce moment une vague furieuse vient roulant contre le rocher qu'elle ébranle dans ses fondements. Un coup de vent déchire les nuages, et la lune laisse tomber un pâle rayon sur la surface des flots. Des bruits sinistres s'élèvent sur le rivage. Le triste oiseau des écueils, le lumb, fait entendre sa voix semblable au cri de détresse d'un homme qui se noie; la sentinelle effrayée appelle aux armes. Velleda tressaille, étend les bras et s'écrie :

On m'attend. »

Et elle s'élançait dans les flots. Je la retins par son voile.

René chez les Natchez.

Chactas se lève à l'aide du bras de sa fille. Le frère d'Amélie suit le sachem que la foule empressée reconduit à sa cabane. Les guides retournent au fort Rosalie.

Cependant René était entré sous le toit de son hôte qu'ombrageaient quatre superbes tulipiers. On fait chauffer une eau pure dans un vase de pierre noire pour laver les pieds du frère d'Amélie. Chactas sacrifie aux Manitous protecteurs des étrangers, il brûle en leur honneur des feuilles de saule; le saule est agréable aux génies des voyageurs parce qu'il croît aux bords des fleuves, emblèmes d'une vie errante. Après ceci, Chactas présenta la calebasse de l'hospitalité, où six générations avaient bu l'eau d'érable. Elle était couronnée d'hyacinthes bleus qui répandaient une bonne odeur. Deux Indiens, célèbres par leur esprit ingénieux, avaient crayonné sur ses flancs dorés l'histoire d'un voyageur égaré dans les bois. René, après avoir mouillé ses lèvres dans la coupe fragile, la rendit aux mains tremblantes du patron de la solitude. Le calumet de paix, dont le fourneau était fait d'une pierre rouge, fut de nouveau présenté au frère d'Amélie. On lui servit en même temps deux jeunes ramiers qui, nourris de baies de genévrier par leur mère, étaient un mets digne de la table d'un roi. Le repas achevé, une jeune fille aux bras nus parut devant l'étranger, et, dansant la chanson de l'hospitalité, elle disait :

« Salut, hôte du Grand-Esprit! Salut, ô le plus sacré des hommes! Nous avons du maïs et une couche pour toi. Salut, hôte du Grand-Esprit! Salut, ô le plus sacré des hommes. » - La jeune fille prit la main de l'étranger, le conduisit à la peau d'ours qui devait lui servir de lit, et puis elle se retira auprès de ses parents. René s'étendit sur la couche du chasseur, et dormit son premier sommeil chez les Natchez.

Mort de Céluta et de Mila.

Un soir, lorsque les bannis (les Natchez) prenaient leurs repas à la porte de leurs tentes, Céluta, fille d'Ondouré, sœur d'Outougamiz, le chef guerrier des Natchez et la femme de René dont la mort l'a rendu inconsolable, sort de sa tente. Elle était vêtue d'une robe de peaux d'oiseaux et de quadrupèdes, cousues ensemble, ouvrage ingénieux de sa sœur la charmante Mila, veuve d'Outougamiz; ses cheveux blonds flottaient en boucles sur sa jeune tête ornée d'une couronne de ronces à fleurs bleues ; elle portait dans ses bras la fille de René, et Mila à moitié nue suivait sa compagne. Les bannis, étonnés et charmés de les voir, se levèrent, les comblèrent de bénédictions et leur formèrent un cortége. Ils arrivèrent tous ainsi au bord d'une cataracte dont on entendait de loin les mugissements. Cette cataracte qu'aucun voyageur n'avait visitée, tombait entre deux montagnes dans un abîme. Céluta donna un baiser à sa fille, la déposa sur le gazon ; mit sur les genoux de l'enfant le Manitou d'or et l'urne où le sang s'était desséché. Mila et Céluta, se tenant par la main, s'approchèrent du bord de la cataracte comme pour regarder au fond, et plus rapides que la chute du fleuve, elles accomplirent leur destinée. Céluta s'était souvenue que René, dans sa lettre, avait regretté de ne s'être pas précipité dans les ondes écumantes.

Les femmes prirent dans leurs bras la fille de René laissée sur la rive, elles la portèrent au plus vieux sachem qui en confia le soin à une matrone renommée. Cette matrone suspendit au cou de l'enfant le Manitou d'or comme une parure. Le nom français d'Amélie étant ignoré des sauvages, les sachems en imposèrent un autre à l'orpheline qui vit ainsi périr jusqu'à son nom.