Notre-dame-des-bois. N.J. Philippart Editeur Génie du Christianisme. T. III)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : N.-J. Philippart, 1862, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
L'Ange Raphaël apparaît à Adam et Eve.
Devant le trône et la face de Dieu, une multitude d'anges ou messagers, en hébreu, melakim, attendent prosternés et le front ombragé de leurs ailes, les ordres du Seigneur. Mais parmi ces anges, il en est sept principaux, au nombre desquels on compte Raphaël. Il tire son nom de la racine hébraïque rafa, il guérit, et el (Dieu) comme qui dirait médecin de Dieu. On sait quel rôle il remplit dans l'admirable légende biblique de Tobie. Voici comment Milton dépeint son arrivée dans le Paradis terrestre qu'habitent nos premiers pères :
« Pour ombrager ses formes divines, le séraphin porte six ailes. Deux, attachées à ses épaules, sont ramenées sur son sein comme les pans d'un manteau impérial; celles du milieu se roulent autour de lui comme une écharpe étoilée,... les deux dernières, teintes d'azur, battent à ses talons rapides. Il secoue ses plumes qui répandent des odeurs célestes.
« l s'avance dans le jardin du bonheur, au travers des bocages de myrte et des nuages de nard et d'encens; solitudes de parfums, où la nature, dans sa jeunesse, se livre à tous les caprices... Adam, assis à la porte de son berceau, aperçoit le divin messager. Aussitôt il s'écrie : « Ève ! accours ! viens voir ce qui est digne de ton admiration ! Regarde vers l'orient parmi ces arbres. Aperçois-tu cette forme radieuse qui semble se diriger vers notre berceau? On la prendrait pour une autre aurore, qui se lève au milieu du jour... »
Reconnaissons avec Chateaubriand que les Mercure et les Apollon de la Mythologie ne soutiennent pas la comparaison avec cette suave et sublime description d'un des envoyés du Très-Haut.
Staal
Atala.
« Cependant une barre d'or se forma dans l'Orient. Les éperviers criaient sur les rochers et les martres rentraient dans le creux des ormes : c'était le signal du convoi d'Atala. Je chargeai le corps sur mes épaules; l'ermite (le père Aubry) marchait devant moi une bêche à la main. Nous commençâmes à descendre de rochers en rochers; la vieillesse et la mort ralentissaient également nos pas. A la vue du chien qui nous avait trouvés dans la forêt et qui maintenant, bondissant de joie, nous traçait une autre route, je me mis à fondre en larmes. Souvent la longue chevelure d'Atala, jouet des brises matinales, étendait son voile d'or sur mes yeux; souvent, pliant sous le fardeau, j'étais obligé de le déposer sur la mousse et de m'asseoir auprès pour reprendre des forces. Enfin nous arrivâmes au lieu marqué par ma douleur; nous descendîmes sous l'arche du pont. O mon fils !... il eût fallu voir un jeune sauvage et un vieil ermite chrétien, à genoux l'un vis-à-vis l'autre dans un désert, creusant avec leurs mains un tombeau pour une pauvre fille dont le corps était étendu près de là, dans la ravine desséchée d'un torrent!
« Quand notre ouvrage fut achevé, nous transportâmes la beauté dans son lit d'argile. Hélas! j'avais espéré de préparer une autre couche pour elle! Prenant alors un peu de poussière dans ma main, et gardant un silence effroyable, j'attachai pour la dernière fois mes yeux égarés sur le visage d'Atala. Ensuite, je répandis la terre antique sur un front de dix-huit printemps. Je vis graduellement disparaître les traits de mon amante et ses grâces se cacher sous le rideau de l'éternité. Son sein surmonta quelque temps la terre noircie comme un lis blanc sort du milieu d'une sombre argile : « Lopez! m'écriai-je alors, vois ton fils inhumer sa sœur! » Et j'achevai de couvrir Atala de la terre du sommeil. »
CHATEAUBRIAND (Atala)
Saint Vincent de Paul.
Le nom de Vincent de Paul est le plus populaire et le plus béni des noms. Philosophes ou croyants, catholiques ou dissidents, riches ou pauvres, grands et petits, rois et peuples, tous le prononcent avec amour. C'est qu'il est une sublime expression de la charité. On sait qu'il naquit le 24 avril 1576 à Ranquines, petit hameau de la paroisse de Pouy, dans le diocèse de Dax, aujourd'hui département des Landes; que ses parents étaient de pauvres laboureurs, que lui Vincent, troisième de six enfants, garda d'abord les troupeaux, et fit ensuite ses études à Dax dans le couvent des Cordeliers. Il les acheva à Toulouse et fut ordonné prêtre en 1600.
On sait que gardien de troupeaux, puis esclave à Tunis, il devint un prêtre illustre par sa science et par ses œuvres ; on sait qu'il est le fondateur de l'hôpital des Enfants-Trouvés, de celui des Pauvres-Vieillards ; de la congrégation des prêtres de la Mission, des conférences de Dames de charité, etc. Il fut puissamment secondé par Mademoiselle Legras qui, de concert avec lui, établit les Sœurs de charité.
Dès l'année 1636, Vincent avait commencé ses missions militaires ; sa parole pénétrait au cœur de nos soldats. Le renouvellement de la foi dans les armées préparait nos plus brillants triomphes. On vit le saint apôtre dans des temps difficiles se multiplier au milieu des pauvres, des blessés et des mourants. Après la mort de Louis XIII, Anne d'Autriche l'appela dans le conseil et voulut qu'il fût cardinal, mais le saint prêtre refusa cet honneur. Il se retira bientôt de la cour et retourna à ses œuvres de charité. Mais depuis longtemps sa santé était défaillante, ses jambes ne pouvaient plus le porter ; il supporta ses maux avec une héroïque résignation ; enfin le 22 septembre 1660, il s'éteignit à la maison Saint-Lazare. Ses obsèques furent célébrées avec une pompe digne de sa charité. Le peuple y assistait en foule; les princes y étaient mêlés aux pauvres. Henri de Maupas, évêque du Puy, fit son oraison funèbre. Déjà l'église s'apprêtait à le glorifier; on le bénissait comme un bienfaiteur, bientôt on l'honora comme un saint. Il fut béatifié par Benoit XIII, le 12 août 1129, et canonisé par Clément XII le 16 juin 1737.
Eudore et el Cymodocée dans le Cirque.
Une des portes de l'arène venant à s'ouvrir laisse voir Eudore dans l'enceinte du cirque ; Cymodocée s'élance comme une flèche légère et va tomber dans les bras de son époux.
Cent mille spectateurs se lèvent sur les gradins de l'amphithéâtre et s'agitent en tumulte. On se penche en avant, on regarde dans l'arène, on se demande quelle est cette femme qui vient se jeter dans les bras du chrétien. Ceux-ci disaient :
« C'est son épouse, c'est une chrétienne qui va mourir, elle porte la robe des condamnés. »
Ceux-là :
« C'est l'esclave d'Hiéroclès, nous la connaissons ; c'est cette Grecque qui s'est déclarée ennemie des Dieux lorsque nous voulions la sauver. »
Quelques voix timides :
« Elle est si jeune et si belle. »
Mais la multitude :
« Eh bien ! qu'elle soit livrée aux bêtes avant de multiplier dans l'Empire la race des impies ! »
L'horreur, le ravissement, une affreuse douleur, une joie ineffable ôtaient la parole au martyr; il pressait Cymodocée sur son cœur .
Le couple angélique tombe à genoux au milieu de l'arène ; Eudore met l'anneau trempé de son sang au doigt de Cymodocée.
« Servante de Jésus-Christ, s'écrie-t-il, recevez ma foi. Vous êtes aimable comme Rachel, sage comme Rébecca, fidèle comme Sara, sans avoir eu sa longue vie. Croissons, multiplions pour l'éternité, remplissons le Giel de nos vertus. »
A l'instant le Gel, ouvert, célèbre ces noces sublimes : les Anges entonnent le Cantique de l'Épouse ; la mère d'Eudore presente à Dieu ses enfants unis, qui vont bientôt paraître aux pieds du trône éternel; les Vierges martyres tressent la couronne nuptiale de Cymodocée ; Jésus-Christ bénit le couple bienheureux, et l'Esprit-Saint lui fait don d'un intarissable amour.
coffroy. se