Mort du duc de Guise. N.J. Philippart, Editeur, Etudes Historiques , T, IV
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : N.-J. Philippart, 1862, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Le Maréchal Ney pendant la Retraite de Russie.
Après s'être, suivant son habitude, couvert de gloire à la bataille de la Moskowa et reçu de Napoléon le titre de prince et de brave des braves, le maréchal Ney fut chargé, pendant la désastreuse retraite de Moscou, du commandement de l'arrière-garde. Il soutint, à chaque passage, des combats opiniâtres sans artillerie et sans cavalerie, pour arrêter les Russes qui étaient abondamment pourvus de toutes les armes. Cet homme rare, dont l'âme énergique était soutenue par un corps de fer, qui n'était jamais ni fatigué, ni atteint d'aucune souffrance, qui couchait en plein air, dormait ou ne dormait pas, mangeait ou ne mangeait pas, sans que jamais la défaillance mit ses membres en défaut, était le plus souvent a pied au milieu de ses soldats, ne dédaignant pas de les conduire lui-même, comme un capitaine d'infanterie, sous la fusillade et la mitraille; tranquille, serein, se regardant comme invulnérable et paraissant l'être en effet, et ne croyant pas déchoir en faisant lui-même le coup de fusil. Sans pitié pour les autres comme pour lui, il allait de sa main éveiller les engourdis, les secouait, les obligeait à partir.
Pendant quatre jours entiers, l'Empereur, à Smolensk, le crut perdu et envoya, à sa découverte, le prince Eugène avec son corps d'armée. Celui-ci, inquiet sur le sort de son vaillant compagnon d'armes, s'avança dans l'obscurité par des chemins inconnus, s'arrêtant à chaque moment pour écouter; mais tout restait silencieux. Enfin, il fit tirer quelques coups de canon. On crut alors entendre, sur cet ocean de glace et de fumée, des signaux de détresse; c'étaient ceux du corps du maréchal Ney, qui, n'ayant pas d'artillerie, répondait au canon de celui du prince Eugène par des feux de peloton. Rien de plus touchant que la rencontre inespérée des deux corps et surtout des deux chefs. Ney et les siens furent accueillis par les restes de l'armée comme des frères qu'on retrouverait au sortir d'un péril imminent. Napoléon, en apprenant cette nouvelle, s'écria dans le transport de sa joie : « J'ai donc sauvé mes aigles ! j'aurais donné trois cents millions de mon trésor pour racheter la perte d'un tel homme. » Le prince de la Moskowa ne démentit point sa vieille renommée pendant la suite de la retraite; il demeura inébranlable à l'arrière-garde, poste si digne de lui, pendant que tout fuyait, Murât lui-même. Ney faisant face à chaque instant a l'ennemi, semblait représenter, à lui seul, la grande armée.
On sait que ce héros, né à Sarrelouis (Moselle), le 10 janvier 1769, condamné à mort par la Chambre des pairs après le second retour de Louis AVIl, fut fusillé le 7 décembre 1815, dans le Jardin du Luxembourg, au même endroit où une statue lui a été érigée en 1853.
Geofroy sa