Ville natale. L’hôtel familial de la rue des Grands-Degrés (n° 479, aujourd’hui n° 4) est une résidence ignorée des Mémoires, établie par Collas (1921). C’est aussi rue des Grands-Degrés, à l’hôtel Le Fer, qu’a lieu le mariage secret de 1792.
En bref
| Domiciles | 1) hôtel de la Gicquelais, rue des Juifs (naissance, 1768) ; 2) maison White, place Saint-Vincent, premier étage (vers 1771-1776) ; 3) l’hôtel de la rue des Grands-Degrés (n° 479 d’alors, aujourd’hui n° 4), pied-à-terre où la mère vient quelques semaines vers Pâques, puis où elle se retire après la mort du père (1786) ; elle y est encore en 1796 (Collas, 1921). |
|---|---|
| L’hôtel des Grands-Degrés | Inventaire du 23 septembre 1786 : une « salle de compagnie » (vingt fauteuils, devant de cheminée à trumeau, paravent de papier : 572 livres), un « salon à manger », deux chambres à coucher, une cuisine, une mansarde et une pièce de domestiques ; meubles et linge pour 1 963 livres. Plus de bureaux : le père a cessé d’armer. François-René y loge en avril-mai 1786 (départ manqué pour les Indes), en décembre 1788 (tonsure), au printemps de 1791 (avant l’Amérique) et de janvier à mars 1792 (mariage), selon Collas, qui s’étonne du silence des Mémoires. |
| Séjours adultes | Janvier 1791 : deux mois de préparatifs avant l’embarquement pour l’Amérique (8 avril 1791). Janvier – mai 1792 : retour d’Amérique, mariage avec Céleste Buisson de La Vigne (21 février 1792), célébré en secret par un prêtre non assermenté, à la demande de sa mère (Mémoires, livre IX, chapitre 1). |
| Sépulture | Îlot du Grand Bé (inhumé le 19 juillet 1848). |
| Le baptême | Baptisé le 5 septembre 1768 à la cathédrale ; parrain, son frère Jean-Baptiste ; marraine, Françoise-Marie-Gertrude de Contades, comtesse de Plouër (acte exposé en 1948). Il s’est longtemps cru né le 4 octobre 1769 (catalogue de 1948). |
| Première signature | Au mariage de Claude-Modeste-Thérèse Leux, « la Villeneuve », sa bonne, le 13 avril 1779 à Saint-Malo : première signature connue de Chateaubriand (registres paroissiaux, catalogue de 1948). |
| La rougeole de 1779 | Lettre de Desportes, fondé de pouvoir du comte, Saint-Malo, 24 juillet 1779 : l’enfant a eu la rougeole et « est hors de risque » ; il craint de retourner chez M. Savary (catalogue de 1948, collection de la comtesse de Durfort). |
| Souvenir | La chambre natale à l’hôtel de France, figurée en 1848 avec des cheveux de Chateaubriand par son coiffeur, Adolphe Pâques (musée Carnavalet, selon le catalogue de 1948). |
| Le père armateur | En 1752, René-Auguste commande la Brillante, de Nantes, pour Saint-Domingue ; ses navires vont de l’Amaranthe (1760) au second Saint-René (1776) ; son frère Pierre commande la Villegénie (1757-1760), source de la fortune familiale (Collas, d’après l’inventaire de 1787). |
| Certitude | Domiciles 1 et 2 : Mémoires et Cunat ; domicile 3 : actes de 1786-1787 publiés par Collas (1921), que les Mémoires ignorent. |
Le lieu
La ville close occupe un ancien îlot granitique à l’embouchure de la Rance, face à Dinard, sur la côte d’Émeraude. Elle ne tient au continent que par une étroite chaussée, le Sillon. Les marées y sont parmi les plus fortes d’Europe : à basse mer, les grèves découvrent les îlots du Grand Bé et du Petit Bé, qu’on gagne alors à pied sec.
Histoire
Cité épiscopale puis république marchande jalouse de son indépendance, Saint-Malo arme au XVIIe et au XVIIIe siècle les navires de la course et du grand commerce : Jacques Cartier en part en 1534, Duguay-Trouin et Surcouf y sont nés. Les remparts, agrandis au début du XVIIIe siècle par Garangeau, l’ingénieur de Vauban, enserrent les hôtels des armateurs. En août 1944, les combats de la Libération détruisent les quatre cinquièmes de la ville close, reconstruite pierre à pierre dans les décennies suivantes.
Les deux mois de 1791
« Je choisis Saint−Malo pour m’embarquer, afin d’embrasser ma mère. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 15. · Lire le passage
« Je demeurai deux mois à Saint−Malo, occupé des préparatifs de mon voyage, comme jadis de mon départ projeté pour les Indes. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 15. · Lire le passage
Ce qu’il en écrit
« Rien ne ressemblait davantage à Venise (au soleil et aux arts près) que cette petite république malouine par sa religion, ses richesses et sa chevalerie de mer. »
Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 4. · Lire le passage
Ce qu’en ont écrit d’autres
« Saint-Malo, bâti sur la mer et clos de remparts, semble, lorsqu’on arrive, une couronne de pierres posée sur les flots dont les mâchicoulis sont les fleurons. Les vagues battent contre les murs ou, quand il est marée basse, déferlent à leur pied sur le sable. »
Gustave Flaubert, Par les champs et par les grèves, voyage en Bretagne de 1847 (Wikisource).
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I, V et IX
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Charles Cunat, Recherches sur plusieurs des circonstances relatives aux origines, à la naissance et à l’enfance de M. de Chateaubriand, Saint-Malo, 1850 (cité par Biré ; non consulté directement)
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg (1786-1796), d’après des documents inédits », Annales de Bretagne, t. 35, 1921, p. 1-31 et 268-299 (inventaires de 1786-1787, de 1793 et de l’an II ; faits seulement) (lire en ligne)
Chateaubriand, 1768-1848. Exposition du centenaire, Paris, Bibliothèque nationale, 1948 (catalogue ; faits seulement) (lire en ligne)










