Avant-propos
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Lecène, Oudin et cie., 1893, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Nous n'avons pas eu la pensée d'apporter sur Chateaubriand des vues nouvelles. Aucun écrivain n'est plus connu que lui; aucun n'a plus été l'objet d'enthousiasmes sincères et aussi quelquefois d'appréciations malignes. Nous n'avons d'autre titre, pour nous permettre de le juger après des maîtres éminents, qu'une admiration constante, que les années n'ont pu affaiblir1.
(1) Il nous suffit de rappeler les deux dernières Etudes sur Chateaubriand, celle de M. Faguet dans ses Etudes Littéraires et celle de M. des Essarts dans ses Portraits de Maîtres. ↩
Pour aider à le bien connaître, convenait-il de choisir une autre méthode que la nôtre ? Fallait-il diviser notre travail autrement que nous l'avons conçu, distinguer dans Chateaubriand le critique, le romancier, le voyageur, le polémiste, et grouper sous chacun de ces titres les ouvrages s'y rapportant ?
Nous connaissons des esprits, et des plus fins, qui ont ainsi procédé.
Il nous a semblé qu'une démarcation absolue entre ses diverses qualités était impossible, quand on voulait apprécier Chateaubriand : que c'était toujours lui qui était en spectacle; que son âme était la trame de toutes ses conceptions et de toutes ses productions; et nous avons cru que la clarté de notre étude gagnerait à un examen particulier de chacune des œuvres de cet homme de génie, en suivant la date de la publication. Il n'y avait qu'un péril à éviter, celui des répétitions.
Nous avons dû faire beaucoup de citations ; notre but est en effet d'arriver à donner une idée complète de l'écrivain, alors même que le lecteur n'aurait pas dans sa bibliothèque la collection des œuvres de Chateaubriand. Nous ne pensons pas cependant avoir abusé de ce procédé. Nous n'avons pas cité quand ce n'était pas utile pour mieux faire comprendre ou justifier notre jugement.
Qui pourrait se plaindre, au surplus ?
C'est comme si, à la Tribune de Florence, ou dans le Salon carré du Louvre, on craignait d'offusquer les regards d'un visiteur attentif et ami du beau, en augmentant d'un plus grand nombre d'admirables toiles, l'exposition d'un des plus illustres maîtres.
Mars 1893.