Le père. Cadet sans fortune d’une vieille maison bretonne, il refait la fortune familiale comme armateur à Saint-Malo, notamment par la course et la traite négrière, puis achète Combourg en 1761 et se fait appeler comte.
Les Mémoires en font une figure taciturne et redoutée, arpentant le soir la grande salle du château. Il meurt à Combourg le 6 septembre 1786, un mois après le départ de son fils pour Cambrai.
En bref
| Naissance | 23 septembre 1718 — manoir des Touches |
|---|---|
| Mort | 6 septembre 1786, au château de Combourg (acte de sépulture de la paroisse de Combourg recopié dans les Mémoires, livre IV, chapitre 5). |
| Mariage | 3 juillet 1753, à Bourseul, avec Apolline de Bedée (acte relevé par Biré). |
| Sépulture | Combourg ; ses cendres sont « arrachées de son tombeau » sous la Révolution (Mémoires, livre III, chapitre 16). |
| Lien | Père. |
| Lieux | Saint-Malo (armateur), Combourg (acheté, puis résidence de 1777 à sa mort). |
| Dernière rencontre | Été 1786 : l’adieu de Combourg, quand son fils part pour le régiment de Navarre ; il meurt quelques semaines plus tard. |
| Sa mort | D’apoplexie, le 6 septembre 1786, « environ les huit heures du soir », seul au château : sa femme est malade à Saint-Malo, ses enfants absents ; inhumé le 8 dans l’enfeu seigneurial de Combourg devant des prêtres et des voisins (Collas, 1921, d’après les actes). |
| Armateur | Capitaine de la Brillante, de Nantes, pour Saint-Domingue en 1752 ; armateur de 1760 (l’Amaranthe) à 1776 (second Saint-René) ; il paie Combourg 370 000 livres ; à sa mort, sa succession hors Combourg est estimée 265 260 livres (Collas). |
| Sa chambre | Un lit à rideaux de toile blanche estimé 60 livres, un fauteuil de velours rouge, une petite table de marbre ; mais une garde-robe de douze habits et quatre-vingt-six chemises, et 147 marcs d’argenterie (Collas, inventaire de 1787). |
| Après la mort | Selon une lettre de Lamennais (1823), son corps fut déterré et brûlé sur la place de Combourg sous la Révolution (Collas). |
| Les actes | Mariage : contrat du 30 juin 1753 devant Ledeau, notaire de Plancoët, et donation mutuelle du 4 juillet 1753 (Collas). |
| Combourg | Prise de possession du comté le 9 août 1761 par son beau-frère Antoine de Bédée, en son nom, selon le cérémonial symbolique (entrer, ouvrir les fenêtres, faire feu, boire et manger, arracher des herbes) ; en 1768, il écrit n’avoir eu « absolument aucune connoissance de la terre » en l’achetant (catalogue de la Bibliothèque nationale, 1948, d’après les Archives d’Ille-et-Vilaine). |
| Sa garde-robe | L’inventaire de 1787 énumère « quatre-vingt-six chemises », des vestes de satin galonnées d’argent, des habits de velours rouge et gris (cité par le catalogue de 1948) : ce que son fils disait, « presque toujours magnifiquement vêtu ». |
| Ses enfants | D’après le catalogue de 1948 : une fille morte au berceau (1754), Geoffroy (1758, mort en bas âge), Jean-Baptiste (1759), Marie-Anne (1760), Bénigne (1761), Julie (1763), Lucile (1764), Auguste (1766) et Calixte (1767), morts en bas âge, François-René (1768). |
| Dans les Mémoires | 97 mentions (relevé automatique, approximatif) : livres I (7 chapitres) ; II (8 chapitres) ; III (2, 3, 4, 14, 15, 16) ; IV (5, 6) ; X (11) ; XI (1) ; XII (4) ; XVIII (3, 6) ; XIX (16) ; XXIV (11) ; XXV (7) ; XXX (14) ; XXXVI (1) ; XXXVII (5) ; XXXIX (1) ; XL (2, 5) ; XLIII (1, 9) ; textes retranchés. |
| Référence | Wikidata Q80800110 |
Un cadet sans fortune (1718-1734)
René-Auguste de Chateaubriand naît le 23 septembre 1718 (Mémoires), dans une branche pauvre d’une vieille maison bretonne. La marine royale coûte trop cher ; à quinze ans, il part :
« Il avait environ quinze ans : s’étant aperçu des inquiétudes de sa mère, il approcha du lit où elle était couchée et lui dit : « Je ne veux plus être un fardeau pour vous. » Sur ce, ma grand-mère se prit à pleurer (j’ai vingt fois entendu mon père raconter cette scène). »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« « René, » répondit-elle, « que veux-tu faire ? Laboure ton champ. – Il ne peut pas nous nourrir ; laissez-moi partir. – Eh bien, » dit la mère, « va donc où Dieu veut que tu ailles. » Elle embrassa l’enfant en sanglotant. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
La mer et les Îles (1734-1753)
« Mon père mit pied à terre et se trouva au mémorable combat que quinze cents Français, commandés par le brave Breton, de Bréhan comte de Plélo, livrèrent le 29 mai 1734, à quarante mille Moscovites, commandés par Munich. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« Naufragé sur les côtes de l’Espagne des voleurs l’attaquèrent et le dépouillèrent dans les Galices ; il prit passage à Bayonne sur un vaisseau et surgit encore au toit paternel. Son courage et son esprit d’ordre l’avaient fait connaître. Il passa aux Iles ; il s’enrichit dans la colonie et jeta les fondements de la nouvelle fortune de sa famille. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage

Capitaine de la Brillante, de Nantes, pour Saint-Domingue en 1752, il est ensuite armateur à Saint-Malo, de 1760 (l’Amaranthe) à 1776 (Collas).
Le portrait
« M. de Chateaubriand était grand et sec ; il avait le nez aquilin, les lèvres minces et pâles, les yeux enfoncés, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares. Je n’ai jamais vu un pareil regard : quand la colère y montait, la prunelle étincelante semblait se détacher et venir vous frapper comme une balle. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« Une seule passion dominait mon père, celle de son nom. Son état habituel était une tristesse profonde que l’âge augmenta et un silence dont il ne sortait que par des emportements. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« Il avait certainement du génie : je ne doute pas qu’à la tête des administrations ou des armées, il n’eût été un homme extraordinaire. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
Le mariage et les dix enfants (1753-1768)
« Ce fut en revenant d’Amérique qu’il songea à se marier. Né le 23 septembre 1718, il épousa à trente-cinq ans, le 3 juillet 1753, Apolline-Jeanne-Suzanne de Bedée […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
« Il est probable que mes quatre soeurs durent leur existence au désir de mon père d’avoir son nom assuré par l’arrivée d’un second garçon ; je résistais, j’avais aversion pour la vie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 2. · Lire le passage

Le comte de Combourg (1761-1786)
Il achète en 1761 le château et la seigneurie de Combourg ; son beau-frère en prend possession en son nom le 9 août 1761 (catalogue de la Bibliothèque nationale, 1948). La famille s’y installe en 1777.

« Mon père se levait à quatre heures du matin, hiver comme été : il venait dans la cour intérieure appeler et éveiller son valet de chambre, à l’entrée de l’escalier de la tourelle. On lui apportait un peu de café à cinq heures ; il travaillait ensuite dans son cabinet jusqu’à midi. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage
« Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu’à l’heure de son coucher. Il était vêtu d’une robe de ratine blanche, ou plutôt d’une espèce de manteau que je n’ai vu qu’à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d’un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage
« Il nous disait, en passant : « De quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage



« Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 3. · Lire le passage
Un frondeur
« Son sang breton le rendait d’ailleurs frondeur en politique, grand opposant des taxes et violent ennemi de la cour. Il lisait la Gazette de Leyde, le Journal de Francfort, le Mercure de France et l’Histoire philosophique des deux Indes, dont les déclamations le charmaient, il appelait l’abbé Raynal un maître homme. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 6. · Lire le passage
« S’il eût vécu jusqu’à la Révolution et s’il eût été plus jeune, il aurait joué un rôle important, ou se serait fait massacrer dans son château. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage
Le dernier adieu (1786)
Au début de l’été 1786, il rappelle son fils de Saint-Malo :
« « Monsieur le chevalier, me dit-il, il faut renoncer à vos folies. Votre frère a obtenu pour vous un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre. Vous allez partir pour Rennes, et de là pour Cambrai. Voilà cent louis ; ménagez-les. Je suis vieux et malade ; je n’ai pas longtemps à vivre. Conduisez-vous en homme de bien et ne déshonorez jamais votre nom. » […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage
« Il m’embrassa. Je sentis ce visage ridé et sévère se presser avec émotion contre le mien : c’était pour moi le dernier embrassement paternel. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage

« Ce fut en retenant ainsi son bras et après m’avoir remis sa vieille épée, que sans me donner le temps de me reconnaître, il me conduisit au cabriolet qui m’attendait dans la Cour Verte. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage
La mort (6 septembre 1786)
« Lucile m’annonça que mon père avait été emporté d’une attaque d’apoplexie, le surlendemain de cette fête de l’Angevine, une des joies de mon enfance. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 5. · Lire le passage
« Le corps de haut et puissant messire René de Chateaubriand, chevalier, comte de Combourg, seigneur de Gaugres, le Plessis-l’Epine, Boulet, Malestroit en Dol et autres lieux […] »
acte de sépulture de la paroisse de Combourg, cité dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 5. · Lire le passage
Il meurt seul au château, sa femme malade à Saint-Malo, ses enfants absents ; il est inhumé le 8 dans l’enfeu seigneurial de l’église de Combourg (Collas, d’après les actes). Sous la Révolution, son corps est tiré du tombeau :
« […] les cendres de mon père ont été arrachées de son tombeau. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage
« Mon père m’eût-il apprécié ? »
« Je pleurai M. de Chateaubriand : sa mort me montra mieux ce qu’il valait ; je ne me souvins ni de ses rigueurs ni de ses faiblesses. Je croyais encore le voir se promener le soir dans la salle de Combourg ; je m’attendrissais à la pensée de ces scènes de famille. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 6. · Lire le passage
« Une renommée littéraire aurait blessé sa gentilhommerie ; il n’aurait vu dans les aptitudes de son fils qu’une dégénération ; l’ambassade même de Berlin, conquête de la plume, non de l’épée, l’eût médiocrement satisfait. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 6. · Lire le passage
Divergences entre les sources
Âge à sa mort : « soixante-neuf ans environ » (acte de sépulture) ; soixante-sept ans d’après sa naissance du 23 septembre 1718 (Mémoires). Le corps : « arraché » du tombeau (Mémoires) ; déterré et brûlé sur la place de Combourg, selon une lettre de Lamennais de 1823 (Collas). Armand, le fils de son frère Pierre, fusillé « le Vendredi-Saint de l’année 1810 » selon ce chapitre (livre I, chapitre 1) : en 1809, selon un acte cité par Biré.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I (1, 2), III (3, 16), IV (5, 6)
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921 (faits seulement) (lire en ligne)
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, 1898-1900, notes du t. I
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I à IV
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)


