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L'Enchanteur 1768—1848

Mort de Chateaubriand

Chateaubriand sur son lit de mort : eau-forte anonyme d'après un dessin d'Alexis-Joseph Mazerolle (1826-1889), 1848 (don Béatrice Bothier à la Maison de Chateaubriand)
Chateaubriand sur son lit de mort : eau-forte anonyme d'après un dessin d'Alexis-Joseph Mazerolle (1826-1889), 1848 (don Béatrice Bothier à la Maison de Chateaubriand) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Vers huit heures du matin, d’une fluxion de poitrine. Victor Hugo vient voir le corps et en laisse un récit saisissant dans Choses vues.

Il meurt le mardi 4 juillet 1848, au rez-de-chaussée du 110 (aujourd’hui 120) rue du Bac, après cinq jours de fluxion de poitrine. Il a reçu les derniers sacrements le dimanche précédent. Mme Lenormant, nièce de Juliette Récamier, était à son chevet :

« Il fut alité très-peu de jours, demanda et reçut les secours religieux, non-seulement avec sa pleine et parfaite connaissance, mais avec un profond sentiment de foi et d’humilité. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site). · Lire le passage

« […] chaque fois que Mme Récamier, suffoquée par la douleur, quittait la chambre, il la suivait des yeux, sans la rappeler, mais avec une angoisse où se peignait l’effroi de ne plus la revoir. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site). · Lire le passage

« Hélas! elle qui ne le voyait pas se désespérait de ce silence. La cécité faisait commencer la séparation entre eux avant la mort. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site). · Lire le passage

« M. de Chateaubriand rendit son âme à Dieu le 4 juillet 1848. On a dit que Béranger était présent à ce dernier moment, c’est une erreur; quatre personnes seulement assistaient à cette mort: le comte Louis de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, une soeur de charité et Mme Récamier. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site). · Lire le passage

Le jour même, Victor Hugo quitte l’Assemblée nationale pour aller voir le corps. Son récit, publié après sa mort dans Choses vues, est le témoignage le plus précis sur la chambre mortuaire :

« M. de Chateaubriand est mort le 4 juillet 1848 à huit heures du matin. Il était depuis cinq ou six mois atteint d’une paralysie qui avait presque éteint le cerveau et, depuis cinq jours, d’une fluxion de poitrine qui éteignit brusquement la vie. »

Victor Hugo, Choses vues, 4 juillet 1848 (lire en ligne). · Lire le passage dans Ernest Masoin, Chateaubriand, sa vie et son caractère

« M. de Chateaubriand était couché sur son lit, petit lit en fer à rideaux blancs avec une couronne de fer d’assez mauvais goût. La face était découverte ; le front, le nez, les yeux fermés apparaissaient avec cette expression de noblesse qu’il avait pendant la vie et à laquelle se mêlait la grave majesté de la mort. »

Victor Hugo, Choses vues, 4 juillet 1848 (lire en ligne).

« Il était coiffé d’un bonnet de coton blanc qui laissait voir les cheveux gris sur les tempes ; une cravate blanche lui montait jusqu’aux oreilles. Son visage basané semblait plus sévère au milieu de toute cette blancheur. »

Victor Hugo, Choses vues (lire en ligne).

« La chambre et le visage du mort étaient éclairés par quatre cierges qui brûlaient aux coins d’une table placée près du lit. Sur cette table un crucifix en argent et un vase plein d’eau bénite avec un goupillon. Un prêtre priait à côté. »

Victor Hugo, Choses vues (lire en ligne).

Hugo remarque, au pied du lit, les caisses qui contiennent le manuscrit des Mémoires :

« La plus grande contenait le manuscrit complet de ses Mémoires, divisé en quarante-huit cahiers. Sur les derniers temps, il y avait un tel désordre autour de lui qu’un de ces cahiers avait été retrouvé le matin même par M. de Preuille dans un petit coin sale et noir où l’on nettoyait les lampes. »

Victor Hugo, Choses vues (lire en ligne).

« La nouvelle parvint par M. Ampère à l’Académie, qui décida qu’elle ne tiendrait pas de séance. »

Victor Hugo, Choses vues (lire en ligne).

Les témoignages divergent sur les présents. Le Goffic, d’après l’abbé Deguerry, ajoute Ampère, Béranger et le barbier Adolphe Pâques, et décrit Juliette Récamier se jetant sur le corps ; Mme Lenormant, témoin direct, conteste la présence de Béranger. Le Goffic date à tort la mort du 3 juillet.

« Peu d’instants avant sa mort, écrivait au Journal des Débats l’abbé Deguerry, M. de Chateaubriand, qui avait été administré dimanche dernier, embrassait encore la croix avec l’émotion d’une foi vive et d’une ferme confiance […] »

Charles Le Goffic, L’Âme bretonne (lire en ligne). · Lire le passage dans François-Zénon Collombet, Châteaubriand

L’acte de décès n’existe plus : les registres de l’état civil parisien antérieurs à 1860 ont brûlé en 1871, dans les incendies de l’Hôtel de Ville et du Palais de Justice (Revue française de généalogie). Il en reste une fiche des fichiers de l’état civil reconstitué, conservés aux Archives de Paris : « Décès. Année 1848 », n° 1726, ancien 10e arrondissement, « Chateaubriand, François René », « 4 juillet 1848 ».

Fiche de l'état civil reconstitué : « Décès. Année 1848 », n° 1726, ancien 10e arrondissement, « Chateaubriand, François René », « 4 juillet 1848 »
Fiche de l'état civil reconstitué : « Décès. Année 1848 », n° 1726, ancien 10e arrondissement, « Chateaubriand, François René », « 4 juillet 1848 » — Archives de Paris, fichiers de l'état civil reconstitué ; reproduite dans Philippe Mouazan, Yacinthe Pilorge, le porte-plume de Chateaubriand, 2025, photographiée par Rémi Vernier

« Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité. »

Lire le passage dans Adhémar d'Antioche, Chateaubriand, ambassadeur à Londres (1822)

— Mémoires d’outre-tombe, dernières lignes, livre XLIII (conclusion), chapitre 9.

Son monde ce jour-là

Âge 79 ans 10 mois, 0 jour
Régime Deuxième République 24.II.1848 →
Chef de l'État 24.VI.1848 →
Où il vit
Fonctions
Relations
Œuvres publiées 0

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