Le frère aîné, conseiller au parlement de Bretagne. En 1787 il épouse Aline Le Peletier de Rosanbo, petite-fille de Malesherbes, et ouvre à son cadet le milieu parlementaire parisien ; il obtient aussi sa place au régiment de Navarre.
Ils émigrent ensemble en 1792. Rentré en France, il est guillotiné le 22 avril 1794 avec sa femme et Malesherbes.
En bref
| Naissance | 23 juin 1759 — Saint-Malo |
|---|---|
| Mort | Guillotiné à Paris le 22 avril 1794 (3 floréal an II), le même jour que sa femme Aline de Rosambo et que Malesherbes, grand-père de celle-ci. |
| Sépulture | cimetière des Errancis |
| Parrain | Parrain de son frère François-René, le 5 septembre 1768 (acte de baptême, Mémoires, livre I, chapitre 2). |
| Lien | Frère aîné, de neuf ans plus âgé. |
| Domiciles connus | Paris, rue des Fossés-Montmartre (1786-1787) ; chez son beau-père le président de Rosambo, rue de Bondy (1787-1789). |
| Rencontres | 1786-1787 : il accueille son cadet à l’hôtel de l’Europe, le fait présenter à la cour (19 février 1787). Juillet 1792 : ils émigrent ensemble, avec de faux passeports pour Lille. |
| Dernière rencontre | Bruxelles, fin 1792 : « Nos derniers adieux » (Mémoires, livre X, chapitre 2). |
| Héritier | Héritier « principal et noble » en 1786 : il a reçu 160 000 livres de son père, garde les archives et les titres de noblesse, et reçoit les clefs de Combourg le 13 mars 1787 (Collas, 1921). |
| Signalement | Certificat de résidence du 9 juillet 1792, rue de Bondy, n° 28 : « âgé de 33 ans, taille cinq pieds quatre pouces, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus » (Archives d’Ille-et-Vilaine, cité par Collas). |
| Après l’émigration | Rentré en France après le 10 août 1792, il fait lever deux fois le séquestre de Combourg (1793) ; après son exécution, le château est vidé et son mobilier vendu (juin 1794) (Collas). |
| Descendance | Deux fils, Louis et Christian ; le comte Louis de Chateaubriand avance 20 000 francs à son oncle en 1832 (Mémoires, livre XXXV, chapitre 10). |
| Dans les Mémoires | 92 mentions (relevé automatique, approximatif) : livres I (1, 2, 3, 4) ; II (5) ; III (8, 16) ; IV (2, 7, 8, 9, 13) ; V (4, 12, 15) ; VIII (7) ; IX (7 chapitres) ; X (2, 3, 7, 8) ; XI (6) ; XII (6) ; XIII (3) ; XIV (7) ; XV (1, 4) ; XVII (1, 6) ; XIX (9) ; XX (9, 11) ; XXIII (4, 20) ; XXVII (1) ; XXX (14) ; XXXII (6) ; XXXV (26) ; XXXVI (1) ; XXXVII (5) ; XXXVIII (5) ; XL (5) ; XLIII (9) ; textes retranchés. |
| Référence | Wikidata Q115645683 |
L’aîné et le parrain (1759-1786)
Jean-Baptiste naît à Saint-Malo le 23 juin 1759 (registres cités par Biré) ; il est le parrain de son frère cadet, baptisé le 5 septembre 1768 :
« Enfin, ma mère mit au monde un troisième garçon qu’on appela Jean-Baptiste : c’est lui qui, dans la suite, devint le petit-gendre de M. de Malesherbes. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 2. · Lire le passage
« […] il habita le premier ces mêmes et saintes entrailles dont je sortis après lui ; il s’assit avant moi au foyer paternel ; il m’attendit plusieurs années pour me recevoir, me donner mon nom en Jésus-Christ et s’unir à toute ma jeunesse. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 2. · Lire le passage

Conseiller au parlement de Bretagne, il est en 1786 l’héritier « principal et noble » : il garde les titres et reçoit les clefs de Combourg le 13 mars 1787 (Collas).
Paris, l’ambition (1786-1787)
« Mon frère m’embrassa. »
Paris, 1786 : Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2.
« Il demeurait rue des Fossés-Montmartre ; j’allais tous les jours dîner chez lui à trois heures ; nous nous quittions ensuite, et nous ne nous revoyions que le lendemain. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 8. · Lire le passage
« Mon pauvre frère me prédit que je mourrais inconnu, inutile à moi et à ma famille. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 8. · Lire le passage
Il fait présenter son cadet à la cour :
« Au moment d’entrer au service et d’épouser mademoiselle de Rosambo, mon frère n’avait pourtant point encore quitté la robe ; par cette raison il ne pouvait monter dans les carrosses. Son ambition pressée lui suggéra l’idée de me faire jouir des honneurs de la cour afin de mieux préparer les voies à son élévation. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 7. · Lire le passage
« Vainement il me supplia de rester à Versailles, afin d’assister le soir au jeu de la Reine : « Tu seras, me disait-il, nommé à la Reine, et le Roi te parlera. » Il ne me pouvait pas donner de meilleures raisons pour m’enfuir. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 9. · Lire le passage
Le gendre des Rosambo (1787-1792)
Il épouse en 1787 Aline Le Peletier de Rosambo, petite-fille de Malesherbes, et vit chez son beau-père, rue de Bondy (Collas).
« […] la famille de la femme de mon frère fut naturellement pour nous le centre de cette dernière société. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 13. · Lire le passage
« Mon frère faisait partie d’un club d’enragés. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 6. · Lire le passage
Londres et Spa (1788)
Au printemps de 1788, quelques mois après son mariage, Jean-Baptiste est à Londres, hôte de l’ambassadeur, le chevalier de La Luzerne, pour « prendre l’air de la carrière » diplomatique, sans y avoir de poste. Le 25 juillet, il arrive à Bruxelles et projette une cure à Spa ; il ne rentre sans doute qu’en septembre, après le rappel de Necker (Collas, d’après les lettres de la famille). Il écrit à sa femme :
« Me voici d’hier au soir à Bruxelles, ma chère amie. »
Jean-Baptiste de Chateaubriand à sa femme, Bruxelles, samedi 26 juillet [1788], publié par Collas (1953).
« […] mes voyages et conséquemment mes ennuis loin de mon petit Lou ne peuvent guère finir qu’avec les troubles parlementaires […] »
Même lettre.
Saisie en 1793 parmi les papiers de la famille, cette lettre servira à prouver son émigration : elle est de 1788 (le 26 juillet tombait un samedi en 1788) et parle des troubles des parlements, non de la Révolution.
L’émigration avec son frère (juillet 1792)

« Mon frère et moi, nous nous procurâmes de faux passeports pour Lille : nous étions deux marchands de vin, gardes nationaux de Paris, dont nous portions l’uniforme, nous proposant de soumissionner les fournitures pour l’armée. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 6. · Lire le passage
« Le jour de notre émigration fut fixé au 15 de juillet, lendemain de la seconde fédération. Nous passâmes le 14 dans les jardins de Tivoli, avec la famille de Rosambo, mes soeurs et ma femme. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 6. · Lire le passage
Leur valet de chambre, somnambule, est arrêté en route :
« […] les dépositions de ce malheureux homme servirent à prouver notre émigration, et à envoyer mon frère et ma belle-soeur à l’échafaud. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 7. · Lire le passage
Bruxelles : les derniers adieux (1792)
Blessé à Thionville, malade, Chateaubriand le retrouve à Bruxelles :
« […] comme j’approchais de la porte, j’aperçus le comte de Chateaubriand, descendant de voiture avec le baron de Montboissier. Il fut effrayé de mon spectre. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 2. · Lire le passage
« Mon frère m’amena un chirurgien et un médecin. Il avait reçu des lettres de Paris ; M. de Malesherbes l’invitait à rentrer en France. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 2. · Lire le passage
Il rentre en France après le 10 août et fait lever deux fois le séquestre de Combourg en 1793 (Collas).
Arrestation et prisons (décembre 1793 – avril 1794)
D’après Georges Collas, « Dans les prisons de la Terreur », Annales de Bretagne, t. 60, 1953, p. 5-47, qui a dépouillé les dossiers du Tribunal révolutionnaire : rentré de l’armée des princes, Jean-Baptiste vit au château de Malesherbes avec la famille de sa femme ; le secret de ses quelques semaines d’émigration a été gardé. Une perquisition à l’hôtel Rosanbo, rue de Bondy, découvre les protestations du parlement de Paris que le président de Rosanbo y avait cachées. Le président est arrêté à Malesherbes le 16 décembre 1793 ; le 18, Malesherbes, sa fille, ses petits-enfants et leurs maris sont emmenés à Paris. Malesherbes avait obligé Jean-Baptiste à se cacher une nuit dans une ferme ; il était revenu. Ses deux fils, Louis et Christian, restent au château avec leur gouvernante.
Après une nuit au poste, Jean-Baptiste est écroué le 21 décembre à la Force avec son beau-frère Tocqueville, dans une cellule de droit commun, puis au « département des dettes » ; le 5 janvier 1794 (16 nivôse an II), la famille est réunie à Port-Libre, l’ancien Port-Royal, dite la Bourbe. Le 21 avril (2 floréal), le juge Scellier l’interroge :
« Qu’il n’a entretenu avec les émigrés aucune correspondance criminelle ni contraire aux intérêts de la République depuis la loi qui le défend. »
Interrogatoire de Jean-Baptiste de Chateaubriand, 2 floréal an II (Archives nationales, W 351), publié par Collas (1953).
Il n’a pas de défenseur ; on lui nomme d’office Chauveau-Lagarde. Le lendemain, avec Malesherbes, Mme de Rosanbo et Aline, il est jugé dans la même fournée que Thouret, Le Chapelier et d’Eprémesnil. Aline et lui sont condamnés comme émigrés rentrés : Aline n’avait jamais quitté la France, et la seule pièce contre Jean-Baptiste est la lettre de Bruxelles de 1788.
L’échafaud (22 avril 1794)
« Les feuilles publiques annoncèrent la mort de M. de Malesherbes ; celle de sa fille, madame la présidente de Rosambo ; celle de sa petite-fille, madame la comtesse de Chateaubriand ; et celle de son petit-gendre, le comte de Chateaubriand mon frère, immolés ensemble, le même jour à la même heure, au même échafaud. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
« L’exécution aura lieu aujourd’hui, à cinq heures précises, sur la place de la Révolution de cette ville. »
ordre du tribunal révolutionnaire signé de Fouquier-Tinville, 3 floréal an II, cité dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage
« Mon sang, mêlé à son sang dans le vase révolutionnaire aurait eu la même saveur, comme un lait fourni par le pâturage de la même montagne. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 2. · Lire le passage
Après l’exécution, le château de Combourg est vidé et son mobilier vendu (juin 1794) ; en 1796, sa mère est la tutrice de fait de ses deux fils, Louis et Christian (Collas).
Divergences entre les sources
L’ordre de Fouquier écorche les noms : « Chateau Brian et sa femme », « Lanmoignon Malsherbes » ; Chateaubriand relève que « des noms sont mal orthographiés, d’autres sont effacés ». Son âge : « âgé de 33 ans » au certificat de résidence du 9 juillet 1792 (Collas) : il en avait trente-trois depuis le 23 juin.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I (2), IV (2, 7, 8, 9, 13), IX (6, 7), X (2, 8)
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921 (faits seulement) (lire en ligne)
Georges Collas, « Dans les prisons de la Terreur », Annales de Bretagne, t. 60, 1953, p. 5-47 (faits seulement ; pièces d’archives citées) (lire en ligne)
Georges Collas, « Dans les prisons de la Terreur », Annales de Bretagne, t. 60, 1953, p. 5-47 (faits seulement ; pièces d’archives citées) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I, IV, IX, X et XXXV
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)







