Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
La bataille de Poitiers, première rédaction Jean marche à l'ennemi : Romorantin, Chauvigny (f. 222 à 229)

Jean marche à l'ennemi : Romorantin, Chauvigny (f. 222 à 229)

La bataille de Poitiers, première rédaction · 4 min de lecture · chapitre 2 sur 6

Manuscrit, folio 222
f. 222 · BnF, NAF 14089 · Gallica

Jean de retour à Paris apprend que le Prince de galles après avoir ravagé l'auvergne, commençoit à s'approcher du Berri. il fait aussitôt le serment de marcher à ce Prince et de le combattre partout où il le rencontreroit. il convoque tous les Barons, grands vassaux, nobles seigneurs gentilshommes et chevaliers de son Royaume ordonnant qu'aucun d'eux ne se dispensât de se trouver au rendez vous sur les marches de Blois et de la Touraine. aussitot toute la noblesse de france monte à cheval et accourt au rendez-vous dans les plaines de chartres, Craon, Boucicaut et l'hermite de chaumont se portant d'abord en avant avec trois cents hommes d'armes et commencent à harceler l'ennemi.

Manuscrit, folio 223
f. 223 · BnF, NAF 14089 · Gallica

le prince noir avoit eu d'abord le dessein de rejoindre dans le Perche l'armée du duc de Lancastre, mais trouvant tous les passages de la Loire gardés et apprenant que le Roi de france rassembloit des forces considérables, il reprit le chemin de Bordeaux par la Touraine et le Poitou, il perdit quelques tems à assiéger et à prendre le chateau de Romorantin où Boucicault s'étoit enfermé, c'est le premier siège comme Créci est la première Bataille où l'on se soit servi de Canon. le Prince de galles avoit donc du Canon dans son armée il est remarquable qu'il ne l'employa pas à la Bataille de Poitiers de même que nos grands Barons

Manuscrit, folio 224
f. 224 · BnF, NAF 14089 · Gallica

dédaignèrent aussi d'en faire usage à la bataille d'Azincourt quoiqu'ils eussent avec eux une artillerie formidable pour le tems. une valeur généreuse et chevaleresque méprisoit alors les armes qui peuvent être employées également par le lache et par le brave. on trouvoit honteux de se servir contre des hommes foibles des mêmes moyens qu'on employoit pour abattre des pierres et renverser des remparts. cet esprit se conserva si long temps que Bayard même sortant de son caractère ne faisoit jamais de quartier à tout soldat porteur d'un mousquet, il semble que le chevalier sans peur et sans reproche eut un secret pressentiment de sa mort.

Les conseils de Dieu sont incompréhensibles. le Prince de galles en s'arrêtant devant

Manuscrit, folio 225
f. 225 · BnF, NAF 14089 · Gallica

Romorantin avoit fait une faute qui devoit le perdre et ce fut cette faute qui le couvrit de gloire et la france de deuil. elle donna à Jean le temps d'atteindre l'armée anglaise qui [blanc] fut rentrée en guyenne sans combattre. les français traversèrent la Loire sur différents points, à orléans à Meung [?] à Saumur à Blois. Jean lui même arriva à la haye en Touraine il en partit pour se rendre à Chauvigny où il campa le quinze 7bre 1356. dans une prairie le long de la petite rivière de la Creuse. il passa le lendemain cette rivière sur le pont de Chauvigny et prit la route directe de Poitiers dans l'espoir de rencontrer les anglois qu'il ne trouva point

Manuscrit, folio 226
f. 226 · BnF, NAF 14089 · Gallica

or il arriva que le grand nombre de troupes qui passa la Creuse le 16 7bre, obligea les sires de Craon et de Coucy et le comte de Joigny de demeurer toute cette journée à Chauvigny, d'où ils ne partirent que le 17 au matin, au lieu de suivre le grand chemin comme le Roi, ils prirent pour arriver à Poitiers la voie de champs et le chemin des bruyères. Comme ils faisoient le tour d'un bois ils apperçurent environ 60 armures de fer. c'étoit un escadron ennemi que le prince de galles envoyoit à la découverte. ils baissèrent leurs lances et fondirent sur les anglois qui tournèrent bride. les seigneurs français au lieu de faire avertir le Roi, s'échauffèrent à la

Manuscrit, folio 227
f. 227 · BnF, NAF 14089 · Gallica

poursuite de cet escadron et le poussèrent si vivement qu'ils vinrent se précipiter avec lui dans l'armée du prince de galles. Raoul de Coucy, le comte de Joigny, le vicomte de Brosse et le sire de Chauvigny furent pris et le reste fut également pris ou tué, les anglois qui commençoient à manquer de vivres apprirent par les prisonniers la véritable position des françois. ils surent que le Roi les avoit devancés sur la route de Poitiers le prince noir avoit sans doute fait un détour pour éviter cette ville qui étoit entre les mains de ses ennemis et qui l'auroit arrêté. ce mouvement avoit permis au Roi qui suivoit la ligne la

Manuscrit, folio 228
f. 228 · BnF, NAF 14089 · Gallica

la plus courte de se porter en avant des anglois, et cela explique comment ceux-ci dont on ignoroit la marche furent rencontrés par le sire de Craon qui prit comme eux et par hasard le chemin de bruyères.

Le Prince de galles vit à l'instant que sa retraite étoit coupée et qu'il ne pouvoit passer sans combattre, il continua cependant de marcher en bon ordre pour trouver un camp jusqu'à deux heures de l'après midi. quand il s'arrêta il n'étoit plus qu'à deux petites lieues de Poitiers il envoya alors à la découverte deux cents armures de fer tous montés dit l'historien sur la fleur des coursiers et commandés

Manuscrit, folio 229
f. 229 · BnF, NAF 14089 · Gallica

par le fameux Captal de Buch. ils tombèrent bientôt dans la grosse bataille du Roi et virent tous les champs couverts de gens d'armes. ils fondirent sur la queue de l'armée et enlevèrent quelques prisonniers. le bruit de l'attaque parvint jusqu'à Jean qui dans ce moment même étoit prêt d'entrer dans Poitiers. il revint aussitôt sur ses pas et ramena son armée qu'il fit camper dans les champs.

Les coureurs anglais retournés vers le Prince de galles lui racontèrent ce qu'ils avoient vu et combien les troupes du Roi de france étoient nombreuses et formidables. „ Dieu y ait part répondit le jeune guerrier „ or il faut savoir à présent comment nous