Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
La bataille de Poitiers, première rédaction Le cardinal de Périgord (f. 245 à 255)

Le cardinal de Périgord (f. 245 à 255)

La bataille de Poitiers, première rédaction · 6 min de lecture · chapitre 4 sur 6

Manuscrit, folio 246
f. 246 · BnF, NAF 14089 · Gallica

mauvais succès de ses tentatives, s'attachant aux pas des princes rivaux il étoit arrivé à l'instant même où ils alloient vuider leur querelle.

Messager de paix il se jette entre les deux armées, court d'abord vers le Roi aussitôt qu'il l'apperçoit au milieu de ses chevaliers, il s'incline et le supplie à mains jointes de suspendre un moment l'ordre de l'attaque

Très cher sire, s'écria-t-il, vous avez ici toute la fleur de la chevalerie de votre Royaume réunie contre un petit nombre d'ennemis. si vous pouvez obtenir ce que vous désirez sans les combattre, vous épargnerez le sang chrétien, et la vie de vos sujets vous savez que dieu tient dans sa main

Manuscrit, folio 247
f. 247 · BnF, NAF 14089 · Gallica

le sort des armes, je vous conjure au nom de ce dieu et de la charité de me permettre d'aller vers le prince de galles, lui représenter son péril et l'avantage de la paix.

Le Roi répondit „ il nous plaît que cela soit ainsi, mais retournez vite „

Le cardinal vole aussitôt au camp anglois, au nom de la religion les barrières des deux armées s'abaissent et laissent passer le saint ministre, il trouva le fils d'Edouard couvert de son armure noire, et portant la devise des princes de galles, prise de l'écusson du vieux Roi de Bohême tué à la bataille de Créci. le jeune héros étoit à pied au milieu de ses chevaliers au fond de la vigne de Maupertuis, il reçut le cardinal avec bénignité, „ cher

Manuscrit, folio 248
f. 248 · BnF, NAF 14089 · Gallica

beau fils lui dit l'envoyé de Rome, si vous aviez examiné avec soin l'armée du Roi de france, vous me permettriez de tacher de conclure un traité avec lui, le prince répondit „ Sire, j'entendrai à tout fors à la perte de mon honneur et de celui de mes chevaliers, le cardinal répliqua „ beau fils vous dites bien „ et il retourna en toute hâte au camp français.

il pria le Roi Jean de suspendre son attaque jusqu'au lendemain afin de choisir [?] il donner à ses ennemis qui ne pouvoient lui échapper, le tems de traiter et de se rendre, Jean s'y refusa d'abord sur l'avis de la plus grande partie de son conseil, mais par respect pour le saint siège, il consentit enfin à ce

Manuscrit, folio 249
f. 249 · BnF, NAF 14089 · Gallica

délai qui donna le tems aux anglois de se fortifier ralentit l'ardeur du soldat et fut la principale cause de la perte de la bataille.

Le Roi fit dresser une belle tente de couleur vermeille dans l'endroit même où il se trouvoit, les troupes furent renvoyées dans leur camp à l'exception du corps commandé par le connétable et par les deux maréchaux

Le cardinal retourné au camp anglois et revenu ensuite au camp français rapporta au Roi les propositions du prince de galles, celui ci offroit de rendre tous les prisonniers qu'il avoit faits ainsi que les villes et chateaux qu'il avoit pris depuis trois années, il s'engageoit pendant sept ans à ne point porter les armes contre la france. Villani ajoute qu'il consentoit

Manuscrit, folio 250
f. 250 · BnF, NAF 14089 · Gallica

à payer 200 mille nobles ou écus d'or pour les dégats commis par son armée, qu'il demandoit en mariage une fille du Roi, et pour dot de cette princesse le seul duché d'angoulême, le prince de galles finissoit par solliciter la liberté du Roi de navarre, et s'engageoit à faire consentir le Roi d'angleterre à toutes les conditions du traité

Le Roi que nos historiens représentent comme un prince téméraire, n'avoit déjà été que trop modéré en accordant aux anglois une suspension d'armes, il alloit donner une nouvelle preuve de son esprit conciliant en acceptant les offres du prince noir, lorsque Renaud de Chauveau, évêque de Chalon en champagne, se leva dans le conseil, les mœurs de ce siècle permettoient encore

Manuscrit, folio 251
f. 251 · BnF, NAF 14089 · Gallica

aux prélats de porter les armes et de marcher sous la bannière de leur Roi.

„ Sire, dit il, s'il m'en souvient bien, le Roi „ d'angleterre, son fils, et son frère le duc de Lancastre „ vous ont à plusieurs reprises insulté et ont „ rempli votre Royaume de meurtres et de ruines, „ ils ont sur terre humilié votre père Philippe „ et massacré votre noblesse sur mer ils ont „ assailli vos vaisseaux et brulé vos ports comme „ des pirates. Sire, quelle vengeance en avez „ vous tiré ? pourroit on sans honte consentir „ à la paix qu'on vous propose ? quoi ! pour „ prix de ces brigandages vous donneriez votre „ fille à des mains teintes du sang français ! „ Dieu vous livre votre principal ennemi, les „ orgueilleux anglois, les gascons infidelles, ces „ laches qui viennent d'égorger les patres

Manuscrit, folio 252
f. 252 · BnF, NAF 14089 · Gallica

et les laboureurs, les incendiaires qui ont porté la flamme dans les hameaux qui fument encore autour de vous, et vous les laisseriez échapper ! et croyez vous qu'ils sont de bonne foi dans ce qu'ils vous proposent ? ne connoissez vous pas leur perfidie ? sous le prétexte spécieux de faire ratifier les conditions par le monarque anglois. ils gagneront du temps, Edouard refusera de confirmer le traité accepté par son fils. cependant le duc de Lancastre maintenant en normandie, aura rejoint le prince de galles avec son armée, alors la victoire que vous laissez échapper passera peut être aux mains de vos ennemis, Dieu préserve alors votre majesté de plus grands malheurs ! je demande qu'aucun délai ne

Manuscrit, folio 253
f. 253 · BnF, NAF 14089 · Gallica

soit accordé aux vaincus, et que votre vengeance Royale cesse d'être suspendue par des propositions insidieuses et les lenteurs de votre Conseil

Ce discours dont le prélat soutient la vigueur la pique à la main, fit bouillonner dans le sein du Roi l'ardeur guerrière. les barons crièrent, aux armes „ allez, dit Jean au cardinal allez signifier au prince „ de galles, qu'il faut qu'il se rende prisonnier „ lui et [cent chevaliers, encadré dans le manuscrit] de ses principaux chevaliers „ à cette condition je laisserai passer son armée „ le prince instruit de ces paroles du Roi, répondit „ mes chevaliers ne seront jamais pris que les armes à la main, quand à moi quelque chose qui arrive, l'angleterre n'aura jamais à payer ma rançon.

Ces différents pour parlers occupèrent toute la journée du dimanche, pendant la

Manuscrit, folio 254
f. 254 · BnF, NAF 14089 · Gallica

tenue du conseil, divers chevaliers des deux armées chevauchèrent le long des batailles. dans l'une de ces courses le maréchal de Cle⁠rmont rencontra par hazard Jean Chandos, ils portoient tous les deux dans leurs armes le même emblême, c'étoit une dame vêtue d'une couleur bleue, au milieu des rayons d'un Soleil „ Chandos, dit le maréchal depuis quand avez vous pris ma devise ! et vous de même, répliqua Chandos ? si nos gens reprit Cle⁠rmont n'étoit au moment de jouer des mains. je vous prouverois tout à l'heure que vous ne devez pas porter cette devise eh ! s'écria Chandos, demain nous nous retrouverons. et je vous prouverai que la dame bleue est plutôt mienne que votre !

Manuscrit, folio 255
f. 255 · BnF, NAF 14089 · Gallica

cette querelle de chevalerie couta la vie au maréchal qui fut tué dans la bataille par Chandos.

La nuit étant venue les français abondamment pourvus de vivres, se fiant dans leur nombre et leur valeur, la passèrent tranquillement à dormir, les anglois manquant de tout, d'hommes de vivres, et de fourrage, veillèrent et se retranchèrent, ils creusèrent autour du camp et devant leurs archers des fossés profonds qu'ils revêtirent de palissades, dans la partie la plus foible de leur poste ils se couvrirent avec leurs bagages et leurs chariots. le prince de galles commanda d'apporter le butin enlevé par son armée, il en fit faire trois grands