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L'Enchanteur 1768—1848
La maison de Courte-Rente, à Savigny-sur-Orge, où Pauline de Beaumont accueillit Chateaubriand de mai à décembre 1801 : « un des derniers aspects » de la demeure avant sa démolition en 1904 (le balcon de fer forgé est un ajout du XIXe siècle)

Lieux

Savigny-sur-Orge

Savigny-sur-Orge (Essonne)

Chez Pauline de Beaumont, été 1801 : il y achève le Génie du christianisme.

En bref

La maisonLe domaine de Courte-Rente, maison du XVIIIe siècle « à l’entrée du village, du côté de Paris, près d’un vieux grand chemin qu’on appelle dans le pays le Chemin de Henri IV », adossée à un coteau de vignes, en face du parc du château traversé par l’Orge (Mémoires) ; nom et histoire du domaine : Léon Risch (1931) et le guide historique de la ville de Savigny.
AdresseSur la Grande Rue de l’époque ; l’entrée du logis principal était au 13, rue Chateaubriand (guide de la ville). La partie de la Grande Rue qui longeait Courte-Rente a été rebaptisée rue Chateaubriand par le conseil municipal le 10 février 1906 (Risch).
Propriétaire en 1801Marie-Nicolas Pigeon, ancien avocat au Parlement et conseiller du roi, qui passait l’hiver à Paris et l’été à la Cossonnerie, à Sainte-Geneviève-des-Bois ; il tenait Courte-Rente de sa femme, Madeleine-Victoire Ferry, héritière de ses parents (Risch, d’après l’état civil de Sainte-Geneviève-des-Bois). Bardoux et la lettre de Pauline citée par Beaunier écrivent « Pigeau », forme que Risch tient pour une erreur.
DistributionD’après le terrier du marquisat de 1782 et l’acte de vente de 1806 (inchangée entre les deux) : entrée par une grille de fer à l’angle d’une ruelle, cour avec écurie, poulailler et toit à porcs ; en face, un grand corps de logis couvert de tuiles : logement du jardinier, grande cuisine, salle de bains, salle à manger, office et salon de compagnie au rez-de-chaussée ; à l’étage, six chambres dont trois à feu, un cabinet et une salle de billard ; trois chambres et des greniers sous le toit. Grand jardin fruitier, massifs d’arbres « étrangers », bosquets, trois bassins dont un à eau jaillissante (celui des Mémoires), une vigne avec son vendangeoir devenu pressoir, le tout clos de murs (Risch).
Le Chemin de Henri IVLe nom n’est expliqué que par une tradition orale ; Risch y voit le chemin de Savigny à la ferme de Champagne, peut-être emprunté par Henri IV lors des sièges de Paris de 1589-1590 (hypothèse).
DatesLocation de sept mois (Bardoux ; « six mois » dans les Mémoires) : arrivée le 22 mai 1801 (Biré, Beaunier) ; retour à Paris au début de décembre 1801 (Risch ; « jusqu’en décembre » selon Bardoux). Le guide de la ville attribue à Joubert, ami des Vintimille, le choix de cette location (non vérifié ailleurs).
LogementUne chambre offerte par Mme de Beaumont ; il travaille après le déjeuner, dix ou douze heures de suite selon Bardoux ; un salon dont les fenêtres donnent sur le ciel, un potager avec un bassin d’eau vive et un banc (Mémoires).
Avec quiPauline de Beaumont ; Joubert, sa femme et leur fils ; Fontanes (fin de l’été) ; Laborie, en fuite (septembre 1801) ; Lucile (automne 1801 ou 1802 : date discutée, voir ci-dessous).
ŒuvreRefonte et achèvement du Génie du christianisme ; René achevé (octobre 1801 selon Bardoux).
Après euxVentes successives relevées par Risch : la veuve Pigeon garde le domaine jusqu’au 26 juin 1806 (Mme Rovère, née Vachou de Belmont) ; 20 novembre 1808, M. et Mme Levacher de la Terrinière ; 7 mars 1824, M. et Mme Angiboust ; 20 septembre 1845, M. et Mme Béchet ; 16 août 1852, Mlle Euphrasie Michallet, puis la famille Berge jusqu’au début du XXe siècle. L’éditeur Nicolas Roret, gendre du fondeur Jean-Baptiste Launay (celui de la colonne Vendôme), possède une partie du jardin et les anciennes dépendances, dites « maison Roret » (Risch ; guide de la ville) ; Bardoux écrit à tort ou par raccourci que la maison passa à Roret.
TransformationsVers 1842, la ligne de la compagnie d’Orléans coupe le potager et les bosquets ; les communs sur la rue disparaissent ; balcon de fer forgé et combles transformés au XIXe siècle (Risch).
DisparitionLe logis, abandonné à la fin du XIXe siècle, est démoli en 1904 ; ses pierres servent en partie, en 1905, à bâtir l’hôtel des Postes de Savigny (Risch). Restaient en 1931 une table de pierre, un banc de fer attribué par la tradition à Pauline de Beaumont, la cloche de l’office, un pan de mur et le portail à barreaux. Ce portail, déplacé, a été remis en valeur en 2007 et marque l’entrée du lycée Monge, place Monge (ville de Savigny).
Documents figurésUne photographie de la maison peu avant sa démolition et un extrait du plan cadastral de 1811 montrant la propriété, publiés par Risch en 1931 (planches hors-texte, Gallica) ; la photographie de l’ancienne grille d’entrée, rue Chateaubriand, dans la seconde partie de l’article.
CertitudeSéjour certain (Mémoires) ; identification de la maison et de son emplacement : Risch (1931), qui a dépouillé le terrier, le cadastre et les actes de vente, et la ville de Savigny.

Le lieu

Village de la vallée de l’Orge, à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris, entre Juvisy et Viry.

Histoire

Pauline de Beaumont y loue une maison pour l’été 1801. Autour d’elle et de Chateaubriand se retrouvent Joubert et les amis du petit cercle ; il y reprend le Génie du christianisme. À l’été de 1801, après le succès d’Atala, Pauline de Beaumont lui offre une chambre à la campagne, à Savigny, où il reprend le Génie du christianisme dont deux volumes étaient déjà imprimés.

La maison du Chemin de Henri IV

« […] madame de Beaumont me proposa de me donner une chambre à la campagne, dans une maison qu’elle venait de louer à Savigny. Je passai six mois dans sa retraite, avec M. Joubert et nos autres amis. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

« La maison était située à l’entrée du village, du côté de Paris, près d’un vieux grand chemin qu’on appelle dans le pays le Chemin de Henri IV ; elle était adossée à un coteau de vignes et avait en face le parc de Savigny, terminé par un rideau de bois et traversé par la petite rivière de l’orge. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

« Sur la gauche s’étendait la plaine de Viry jusqu’aux fontaines de Juvisy. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

« […] nous nous réunissions au retour de la promenade, auprès d’un bassin d’eau vive placé au milieu d’un gazon dans le potager […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

L’arrivée, le 22 mai 1801

Le lendemain, Pauline de Beaumont raconte l’installation à Joubert : le propriétaire absent, puis l’état des lieux à signer, avec un supplément de volailles (« douze poules et deux coqs » selon Beaunier, « deux poules et deux coqs » selon Bardoux), et le soir une promenade aux fontaines de Juvisy.

« Il n’y a pas jusqu’à M. Pigeau qui n’ait été un sujet de joie pour nous. Nous redoutions sa figure sur le seuil de la porte : il était absent! »

Pauline de Beaumont à Joubert, 23 mai 1801, citée par A. Beaunier. · Lire le passage

« Elle loua à Savigny, pour sept mois, une maison appartenant à M. Pigeau. Cette maison a passé ensuite entre les mains de M. Roret, l’éditeur des Manuels. »

A. Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, 1884. · Lire le passage

Un été de travail

Les deux premiers mois, Chateaubriand va souvent à Paris : il y prend son courrier chez Joubert, rue Saint-Honoré, voit Fontanes, surveille les éditions d’Atala et presse sa radiation de la liste des émigrés. Le 28 mai, il écrit à Mme de Staël qu’il part « m’ensevelir à la campagne ». Radié par arrêté des consuls du 21 juillet 1801, il l’apprend le lendemain par un exprès que Mme Bacciochi envoie à Savigny, et court à Paris la remercier. À partir de la fin de juillet, il ne quitte plus guère Courte-Rente (Risch, d’après la Correspondance générale).

« Le matin, nous déjeunions ensemble ; après le déjeuner, je me retirais à mon travail […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

Fin août, Joubert, qui vient de perdre sa mère, y passe une semaine et discute Kant avec ses hôtes. À la mi-septembre, Fontanes y lit des vers inédits. Entre-temps, Pauline et Chateaubriand ont fait un court séjour au château du Marais, chez Mme de La Briche, belle-mère de Molé ; c’est là qu’ils rencontrent Mme de Vintimille (Risch, d’après une lettre de Pauline à Joubert du 19 septembre 1801). Le 27 septembre, il écrit de Savigny à Mme Bacciochi qu’une fièvre d’automne le retient et qu’il s’est blessé à la main droite.

Les hôtes de Courte-Rente

« Un soir, nous vîmes dans notre retraite quelqu’un entrer à la dérobée par une fenêtre et sortir par une autre : c’était M. Laborie ; il se sauvait des serres de Bonaparte. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

« Madame de Caud vint à Savigny comme elle l’avait annoncé. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

Les Mémoires placent la venue de Lucile après un billet du 30 septembre 1802 ; Risch la situe en octobre 1801, d’après une lettre de Pauline à Joubert du 20 octobre 1801 où Lucile est « auprès d’elle », et Collas fait aussi revenir Lucile de Savigny en 1801. Mme de Beaumont ayant gardé un pied à Savigny en 1802, les deux dates ne sont pas inconciliables, mais une seule visite est attestée de façon certaine.

La « maison de Pauline » en 1892

Sur le conseil d’Alphonse Daudet, Adolphe Brisson visite la propriété en ruine en septembre 1892 et publie « La maison de Pauline » dans Le Gaulois du 21 septembre (repris dans les Annales le 3 octobre 1897). Il décrit le gardien, la salle à manger, le salon au parquet de chêne en losanges, l’étage désert, et cueille une rose devant le perron ; Risch note que ces rosiers, des « Aimée Vibert », ne pouvaient remonter à 1801.

Ce qu’il en écrit

« Le succès d’Atala m’ayant déterminé à recommencer le Génie du Christianisme, dont il y avait déjà deux volumes imprimés, madame de Beaumont me proposa de me donner une chambre à la campagne […] »

Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8 ; livre XXIII, chapitre 5
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Agénor Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, Paris, Calmann-Lévy, 1884 (lire sur le site · Internet Archive)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (lettres de Pauline de Beaumont à Joubert) (lire sur le site · Internet Archive)
Léon Risch, « Chateaubriand à Savigny-sur-Orge », Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1931, p. 157-205 (Gallica ; faits seulement) (lire en ligne)
Ville de Savigny-sur-Orge, D’hier à aujourd’hui, guide historique, 2024, p. 41, 71-72 et 77-78 ; page « Saviniens célèbres » (lire en ligne)

La propriété de Courte-Rente en 1811, sur le plan cadastral de Savigny-sur-Orge : l'enclos cerné d'un trait épais, le logis et ses dépendances le long de la Grande Rue (en bas), le jardin et ses allées ; le plan reproduit l'état que Chateaubriand connut en 1801 (Risch)
La propriété de Courte-Rente en 1811, sur le plan cadastral de Savigny-sur-Orge : l'enclos cerné d'un trait épais, le logis et ses dépendances le long de la Grande Rue (en bas), le jardin et ses allées ; le plan reproduit l'état que Chateaubriand connut en 1801 (Risch) — Extrait du plan cadastral de Savigny-sur-Orge (1811), publié par Léon Risch, Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, juillet 1931, planche hors-texte — Bibliothèque nationale de France, Gallica (domaine public)
L'ancienne porte d'entrée de Courte-Rente, rue Chateaubriand, vers 1931 : la grille de fer de l'acte de 1806, seul vestige notable de la propriété ; déplacée, elle marque aujourd'hui l'entrée du lycée Monge
L'ancienne porte d'entrée de Courte-Rente, rue Chateaubriand, vers 1931 : la grille de fer de l'acte de 1806, seul vestige notable de la propriété ; déplacée, elle marque aujourd'hui l'entrée du lycée Monge — Photographie publiée par Léon Risch, Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, octobre 1931, planche hors-texte face à la p. 204 — Bibliothèque nationale de France, Gallica (domaine public)

Quand il y vécut ou séjourna

Dans le journal

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