Chez Pauline de Beaumont, été 1801 : il y achève le Génie du christianisme.
En bref
| La maison | Le domaine de Courte-Rente, maison du XVIIIe siècle « à l’entrée du village, du côté de Paris, près d’un vieux grand chemin qu’on appelle dans le pays le Chemin de Henri IV », adossée à un coteau de vignes, en face du parc du château traversé par l’Orge (Mémoires) ; nom et histoire du domaine : Léon Risch (1931) et le guide historique de la ville de Savigny. |
|---|---|
| Adresse | Sur la Grande Rue de l’époque ; l’entrée du logis principal était au 13, rue Chateaubriand (guide de la ville). La partie de la Grande Rue qui longeait Courte-Rente a été rebaptisée rue Chateaubriand par le conseil municipal le 10 février 1906 (Risch). |
| Propriétaire en 1801 | Marie-Nicolas Pigeon, ancien avocat au Parlement et conseiller du roi, qui passait l’hiver à Paris et l’été à la Cossonnerie, à Sainte-Geneviève-des-Bois ; il tenait Courte-Rente de sa femme, Madeleine-Victoire Ferry, héritière de ses parents (Risch, d’après l’état civil de Sainte-Geneviève-des-Bois). Bardoux et la lettre de Pauline citée par Beaunier écrivent « Pigeau », forme que Risch tient pour une erreur. |
| Distribution | D’après le terrier du marquisat de 1782 et l’acte de vente de 1806 (inchangée entre les deux) : entrée par une grille de fer à l’angle d’une ruelle, cour avec écurie, poulailler et toit à porcs ; en face, un grand corps de logis couvert de tuiles : logement du jardinier, grande cuisine, salle de bains, salle à manger, office et salon de compagnie au rez-de-chaussée ; à l’étage, six chambres dont trois à feu, un cabinet et une salle de billard ; trois chambres et des greniers sous le toit. Grand jardin fruitier, massifs d’arbres « étrangers », bosquets, trois bassins dont un à eau jaillissante (celui des Mémoires), une vigne avec son vendangeoir devenu pressoir, le tout clos de murs (Risch). |
| Le Chemin de Henri IV | Le nom n’est expliqué que par une tradition orale ; Risch y voit le chemin de Savigny à la ferme de Champagne, peut-être emprunté par Henri IV lors des sièges de Paris de 1589-1590 (hypothèse). |
| Dates | Location de sept mois (Bardoux ; « six mois » dans les Mémoires) : arrivée le 22 mai 1801 (Biré, Beaunier) ; retour à Paris au début de décembre 1801 (Risch ; « jusqu’en décembre » selon Bardoux). Le guide de la ville attribue à Joubert, ami des Vintimille, le choix de cette location (non vérifié ailleurs). |
| Logement | Une chambre offerte par Mme de Beaumont ; il travaille après le déjeuner, dix ou douze heures de suite selon Bardoux ; un salon dont les fenêtres donnent sur le ciel, un potager avec un bassin d’eau vive et un banc (Mémoires). |
| Avec qui | Pauline de Beaumont ; Joubert, sa femme et leur fils ; Fontanes (fin de l’été) ; Laborie, en fuite (septembre 1801) ; Lucile (automne 1801 ou 1802 : date discutée, voir ci-dessous). |
| Œuvre | Refonte et achèvement du Génie du christianisme ; René achevé (octobre 1801 selon Bardoux). |
| Après eux | Ventes successives relevées par Risch : la veuve Pigeon garde le domaine jusqu’au 26 juin 1806 (Mme Rovère, née Vachou de Belmont) ; 20 novembre 1808, M. et Mme Levacher de la Terrinière ; 7 mars 1824, M. et Mme Angiboust ; 20 septembre 1845, M. et Mme Béchet ; 16 août 1852, Mlle Euphrasie Michallet, puis la famille Berge jusqu’au début du XXe siècle. L’éditeur Nicolas Roret, gendre du fondeur Jean-Baptiste Launay (celui de la colonne Vendôme), possède une partie du jardin et les anciennes dépendances, dites « maison Roret » (Risch ; guide de la ville) ; Bardoux écrit à tort ou par raccourci que la maison passa à Roret. |
| Transformations | Vers 1842, la ligne de la compagnie d’Orléans coupe le potager et les bosquets ; les communs sur la rue disparaissent ; balcon de fer forgé et combles transformés au XIXe siècle (Risch). |
| Disparition | Le logis, abandonné à la fin du XIXe siècle, est démoli en 1904 ; ses pierres servent en partie, en 1905, à bâtir l’hôtel des Postes de Savigny (Risch). Restaient en 1931 une table de pierre, un banc de fer attribué par la tradition à Pauline de Beaumont, la cloche de l’office, un pan de mur et le portail à barreaux. Ce portail, déplacé, a été remis en valeur en 2007 et marque l’entrée du lycée Monge, place Monge (ville de Savigny). |
| Documents figurés | Une photographie de la maison peu avant sa démolition et un extrait du plan cadastral de 1811 montrant la propriété, publiés par Risch en 1931 (planches hors-texte, Gallica) ; la photographie de l’ancienne grille d’entrée, rue Chateaubriand, dans la seconde partie de l’article. |
| Certitude | Séjour certain (Mémoires) ; identification de la maison et de son emplacement : Risch (1931), qui a dépouillé le terrier, le cadastre et les actes de vente, et la ville de Savigny. |
Le lieu
Village de la vallée de l’Orge, à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris, entre Juvisy et Viry.
Histoire
Pauline de Beaumont y loue une maison pour l’été 1801. Autour d’elle et de Chateaubriand se retrouvent Joubert et les amis du petit cercle ; il y reprend le Génie du christianisme. À l’été de 1801, après le succès d’Atala, Pauline de Beaumont lui offre une chambre à la campagne, à Savigny, où il reprend le Génie du christianisme dont deux volumes étaient déjà imprimés.
La maison du Chemin de Henri IV
« […] madame de Beaumont me proposa de me donner une chambre à la campagne, dans une maison qu’elle venait de louer à Savigny. Je passai six mois dans sa retraite, avec M. Joubert et nos autres amis. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
« La maison était située à l’entrée du village, du côté de Paris, près d’un vieux grand chemin qu’on appelle dans le pays le Chemin de Henri IV ; elle était adossée à un coteau de vignes et avait en face le parc de Savigny, terminé par un rideau de bois et traversé par la petite rivière de l’orge. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
« Sur la gauche s’étendait la plaine de Viry jusqu’aux fontaines de Juvisy. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
« […] nous nous réunissions au retour de la promenade, auprès d’un bassin d’eau vive placé au milieu d’un gazon dans le potager […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
L’arrivée, le 22 mai 1801
Le lendemain, Pauline de Beaumont raconte l’installation à Joubert : le propriétaire absent, puis l’état des lieux à signer, avec un supplément de volailles (« douze poules et deux coqs » selon Beaunier, « deux poules et deux coqs » selon Bardoux), et le soir une promenade aux fontaines de Juvisy.
« Il n’y a pas jusqu’à M. Pigeau qui n’ait été un sujet de joie pour nous. Nous redoutions sa figure sur le seuil de la porte : il était absent! »
Pauline de Beaumont à Joubert, 23 mai 1801, citée par A. Beaunier. · Lire le passage
« Elle loua à Savigny, pour sept mois, une maison appartenant à M. Pigeau. Cette maison a passé ensuite entre les mains de M. Roret, l’éditeur des Manuels. »
A. Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, 1884. · Lire le passage
Un été de travail
Les deux premiers mois, Chateaubriand va souvent à Paris : il y prend son courrier chez Joubert, rue Saint-Honoré, voit Fontanes, surveille les éditions d’Atala et presse sa radiation de la liste des émigrés. Le 28 mai, il écrit à Mme de Staël qu’il part « m’ensevelir à la campagne ». Radié par arrêté des consuls du 21 juillet 1801, il l’apprend le lendemain par un exprès que Mme Bacciochi envoie à Savigny, et court à Paris la remercier. À partir de la fin de juillet, il ne quitte plus guère Courte-Rente (Risch, d’après la Correspondance générale).
« Le matin, nous déjeunions ensemble ; après le déjeuner, je me retirais à mon travail […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
Fin août, Joubert, qui vient de perdre sa mère, y passe une semaine et discute Kant avec ses hôtes. À la mi-septembre, Fontanes y lit des vers inédits. Entre-temps, Pauline et Chateaubriand ont fait un court séjour au château du Marais, chez Mme de La Briche, belle-mère de Molé ; c’est là qu’ils rencontrent Mme de Vintimille (Risch, d’après une lettre de Pauline à Joubert du 19 septembre 1801). Le 27 septembre, il écrit de Savigny à Mme Bacciochi qu’une fièvre d’automne le retient et qu’il s’est blessé à la main droite.
Les hôtes de Courte-Rente
« Un soir, nous vîmes dans notre retraite quelqu’un entrer à la dérobée par une fenêtre et sortir par une autre : c’était M. Laborie ; il se sauvait des serres de Bonaparte. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
« Madame de Caud vint à Savigny comme elle l’avait annoncé. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
Les Mémoires placent la venue de Lucile après un billet du 30 septembre 1802 ; Risch la situe en octobre 1801, d’après une lettre de Pauline à Joubert du 20 octobre 1801 où Lucile est « auprès d’elle », et Collas fait aussi revenir Lucile de Savigny en 1801. Mme de Beaumont ayant gardé un pied à Savigny en 1802, les deux dates ne sont pas inconciliables, mais une seule visite est attestée de façon certaine.
La « maison de Pauline » en 1892
Sur le conseil d’Alphonse Daudet, Adolphe Brisson visite la propriété en ruine en septembre 1892 et publie « La maison de Pauline » dans Le Gaulois du 21 septembre (repris dans les Annales le 3 octobre 1897). Il décrit le gardien, la salle à manger, le salon au parquet de chêne en losanges, l’étage désert, et cueille une rose devant le perron ; Risch note que ces rosiers, des « Aimée Vibert », ne pouvaient remonter à 1801.
Ce qu’il en écrit
« Le succès d’Atala m’ayant déterminé à recommencer le Génie du Christianisme, dont il y avait déjà deux volumes imprimés, madame de Beaumont me proposa de me donner une chambre à la campagne […] »
Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8 ; livre XXIII, chapitre 5
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Agénor Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, Paris, Calmann-Lévy, 1884 (lire sur le site · Internet Archive)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (lettres de Pauline de Beaumont à Joubert) (lire sur le site · Internet Archive)
Léon Risch, « Chateaubriand à Savigny-sur-Orge », Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1931, p. 157-205 (Gallica ; faits seulement) (lire en ligne)
Ville de Savigny-sur-Orge, D’hier à aujourd’hui, guide historique, 2024, p. 41, 71-72 et 77-78 ; page « Saviniens célèbres » (lire en ligne)






