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L'Enchanteur 1768—1848

Avertissement (suite 4)

Mémoire sur la captivité de Madame la duchesse de Berry · 15 min de lecture · p. 97–116 · chapitre 4 sur 5

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Le Normant, 1833 (édition originale), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Les meneurs politiques sont aujourd'hui également usés dans les divers gouvernemens : notre royauté bourgeoise a communiqué sa faitardise aux royautés féodales. Mais, si les hommes rêvent la paix, les choses imposent la guerre. Le cabinet français -rachèterait en vain par des excuses quelques velléités belliqueuses, réparerait une fanfaronnade par une lâcheté, évacuerait Ancône, la Morée, Alger, la Belgique sur la signification d'un huissier de l'Alliance; il n'y gagnerait rien : le désir de renverser la monarchie républicaine, désir dont l'accomplissement est éventuel, ajourné, n'en resterait pas moins invétéré au cœur des Princes.

Si les traités de 1815 ne concordent plus avec la politique de juillet, ces traités sont de même réputés insuffisans aujourd'hui par et pour les Puissances. Il existe une carte de la France où la victoire outrecuidée traça, en 1816, une ligne qui retranchait de notre territoire une partie de nos provinces de l'Est et du Nord : ces provinces nous furent laissées en considération de la légitimité.

Lorsque le gouvernement provisoire en 1815 envoya des commissaires au quartiergénéral du duc de Wellington afin de parlementer de la couronne, il fut répondu que si la position du souverain qui régnerait sur la France devait alarmer l'Europe pour son avenir, les puissances seraient amenées par cette circonstance à chercher des garanties ‹dans des cessions de territoire. Louis XVIII, à l'avis du duc de Wellington, pouvait seul réunir les qualités qui empêcheraient l'Europe de recourir à de semblables précautions, d'exiger de tels sacrifices. Un des commissaires ayant nommé M. le duc d'Orléans, le général anglais répliqua : « Ce ne serait « qu'un usurpateur bien né. »

La légitimité écartée, les traités dont la légitimité était la base, tombent; les alliés continentaux reprendront leur projet de garanties contre ce qu'ils appellent la France révolutionnaire, et, quand ils le pourront, ils se saisiront de ces garanties. De sorte que les traités de la Restauration sont détruits pour tout le monde, hors pour ila quasi-légitimité, pauvresse à qui tout convient, parce qu'elle est nue et difforme, et qu'également suspecte à la légitimité et à la révolution, elle s'estime trop heureuse de s'affubler de leur vieux manteau.

La France de 1830 dit u parte: « Il me faut la frontière du Rhin pour garantir mon indépendance. » L'Europe de 1815 dit en secret : « Il me faut l'Alsace, la Lorraine et la Flandre pour garantir ma paix intérieure » Tel est le fond des choses; voilà ce qui sort des entrailles des faits; ce que couve le remps.

Que des souverains fatigués de trente années de guerre, veuillent dormir; que des ambassadeurs aiment mieux être à Paris des personnages que des hommes oubliés chez eux; que dans des intérêts dont ils se rendent ou ne se rendent pas compte, ils dérobent à leur cour la vérité, cela se conçoit : mais laissez venir un jour et passer un homme, et yous verrez • Pendant l'intervalle qui s'écoulera jusqu'au moment inévitable du choc, le drapeau tricolore aura perdu le prestige qui soulevait les peuples et frappait de terreur le soldat ennemi. On nous le rapportera sous l'escorte d'un commissaire de Guillaume IV, aux applaudissemens de l'Angleterre qui n'oublie pas, au nombre des prospérités qu'elle nous souhaite, de demander au Génie d'Aboukir et de Poitiers notre ruine et notre déshonneur.

On peut se convaincre de ce que les véritables hommes de juillet auraient pu faire, par ce que font aujourd'hui nos grenadiers emmaillotés dans la prudence quasi-légitime. On a reconnu devant Anvers la racé de Marengo, de Friedland, de Navarin et d'Alger; on a gémi seulement de voir le juste-milieu employer tant de valeur et sacrifier tant d'hommes, pour éteindre le feu de la gauche, pour se créer une majorité de chambres, et prendre, avec une naïveté stupide; une forteresse au profit de nos voisins. Nous, nous hâtant de repasser la frontière, et, après que chacun de nos soldats aura répondu à l'appel du contrôleur anglais, nous nous chargerons des frais d'une expédition brillante, mais qui.

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ne finit rien, ni pour la France, ni pour la Hollande, ni pour la Belgique*; tournois meurtrier dont le résultat médiat deviendra la guerre dans un temps plus ou moins éloigné, et dont le résultat immédiat sera l'ouverture, de l'Escaut au commerce, de la Grande-Bretagne. Celle-ci qui n'a pas risqué un mousse, au jeu sanglant, n'a hasardé que quelques guinées placées a gros intérêts : cinq ou six mille soldats morts du boulet ou de maladie, plusieurs braves et habiles officiers tués et blessés, une quarantaine de millions de francs pris dans la poche de nos contribuables, sont la dot que nous aurons l'honneur et l'heur d'offrir à l'épousée de l'anglo-préfet de la Belgique.

* Il y a pourtant un moyen d'en finir, c'est d'accorder au roi Guillaume les conditions onéreuses qu'il veut bien imposer à la Belgique; alors celle-ci resterait avec les ruines de la citadelle d'Anvers, et les entraves mises à son commerce par la Hollande. Je ne serais pas étonné que le juste-milieu consentit à cet arrangement , et qu'il s'écriât : Nous avons la paix !!! ↩

Le juste-milieu gardé à vue par l'Europe et traqué dans un cordon sanitaire de 700 mille soldats, se rassure à tout prix. « Les Rois, dit-il, sont sans argent; ils n'oseraient nous attaquer, car le sol est miné sous leurs trônes; les principes sortis de notre révolution ont avancé leur sape. Aucun monarque n'est sûr de ses peuples et de ses troupes. »

Cette raison de sécurité est assez bizarre : si les principes ont cheminé pendant la paix, de manière à ébranler les trônes, périr pour périr, les Rois s'obstinant à né faire à leurs sujets aucune concession de libertés, ne seront-ils pas tentés d'essayer le sort des combats, qui leur laisse du moins une chance de succès? L'idée que nous nous détruirons par notre propre anarchie, sera tôt abandonnée des sonverains, quand ils verront que nous existons nonobstant les journées de juillet. Cette idée peut servir de chevet à des diplomates somnolens, mais que la France se tienne sur ses gardes. La République saurait inspirer assez de terreur pour conjurer la guerre, la légitimité assez de « confiance pour assurer la paix; la quasi-le-

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gitimité enfoncée dans une paix armée qui la ruine et la déshonore, doit finir par une guerre funeste, à moins; que la France ne change intérieurement ses destinées, ou que l'Europe ne tombe extérieurement en révolution. Dans ce dernier cas, tout serait emporté de la même explosion, la légitimité et la quasi légitimité, sa puérile parodie. »

Mais si la guerre, à laquelle on a donné pour nous de mauvaises chances qu'elle n'avait pas, peut menacer le trône, de Louis-Philippe, la duchesse de Berry n'a pas mis son espérance dans l'étranger; elle aimerait mieux que Henri Y ne régnât jamais que de devoir sa couronne au patronage d'une Coalition nouvelle. Lorsque faussement informée, MADAME, crut avec le public, que l'Europe se levait, elle dit vive ment : « Je ne veux pas que ces gens-là « aillent faire les logemens de mon fils;» et elle prit l'avance. Amicale sans doute envers ces rois qui sont tous ses parens ou ses alliés, elle désirerait entretenir avec eux un - échange de bons offices; mais, s'ils faisaient de l'ordre perdu en France un motif de con-. quête, et que la force du nombre leur ménageât un second Waterloo, elle était arrivée pour leur dire : « Vous prétendez respecter la légitimité, en protéger le principe : eh bien! la légitimité est en France, car j'y suis. Retirez-vous devant mon fils. Vous renonçâtes, en 1815, au démembrement de la France en considération de Louis A VII, renoncez-y en faveur 'de Henri Y, sinon je suis votre ennemie. Je marche contre vous en avant de la nation, à la tête de tous les Français qui veulent comme moi l'honneur et l'indépendance de la patrie.

Et la femme à qui son courage donnerait le droit d'être crue quand elle parlerait de la sorte, la femme venue dans un pareil dessein, est criminelle aux yeux de ces hommes qui attachent la France au pilori de l'étranger, qui prétendent faire peur à l'Europe par des boutades guerrières promptement suivies d'excuses, de soumissions et de retraites « stipulées d'avance; triomphe tremblant et prosterné qui chevrette la fierté des obéissances et la gloire des humiliations de la patrie!

Mais MADAME a été mal instruite des temps; elle a paru lorsque rien n'était mûr; elle avait une meilleure route à prendre., une route que lui montraient ses serviteurs les. plus dévoués. Quand cela serait; quand des hommes qui vivent dans un passé ou dans un avenir impossible; quand des hommes qui n'auraient jamais dû être écoutés et qui perdraient tous les gouvernemens nés et à naître; quand ces hommes eussent trompe mora E sans le vouloir, la mère de Henri V, ses droits en seraient-ils aliénés ?

Il est arrivé après l'entreprise de la Vendée, ce qui arriva après les ordonnances de juillet. Ceux qui ont le plus poussé à l'entreprise, comme ceux qui avaient le plus sollicité les ordonnances, se sont hâtés de désavouer leur ouvrage. Pour défendre la malencontre de leurs absurdes conseils, ils ont une seconde fois laissé sur le champ de bataille le Renégat et le Jacobin. Avant l'évènement j'ai pu dans mes écrits publics et dans mes lettres particulières manifester mon opinion sur des résultats que je prévoyais ; L'événement advenu, et surtout advenu malheureux, je n'ai plus que de l'admiration pour le magnanime abandonnement d'une mère aux intérêts d'un fils. Ne jugeons' point des choses extraordinaires par des motifs communs. La gloire a ses instincts secrets, ses raisons cachées, qui paraissent de la folieaux yeux du vulgaire. Lorsqu'Alexandre entreprenait la conquête de l'Asie avec trente-cinq mille hommes, n'était-il pas insensé? Lorsque Napoléon escaladait le Saint-Bernard pour tomber à Marengo, au milieu d'une immense armée ennemie, n'était-il pas insensé? Lorsqu'il quittait l'île d'Elbe avec cent cinquante soldats pour venir droit à Paris, n'était-il pas insensé? Elle était insensée cette femme, partie de Massa pour reconquérir seule un royaume. Elle n'a pas réussi; Napoléon n'a pas succédé davantage : ces défaites sont des victoires à qui la fortune a seulement refusé ses ailes. Toutes les âmes supérieures ont du poète; leur demander pourquoi elles ne se conduisent pas d'après les règles établies, c'est leur demander pourquoi elles agissent d'après le mécanisme de leur organisation et les nécessités de leur génie. La quasi-légitimité ne commettra jamais les fautes de Marie-Caroline : elle périra par sa misère, comme la légitimité par sa grandeur.

Vous en voulez à une femme à cause de l'alarme qu'elle a jetée dans vos banquets; mais poûr attendrir votre victoire, vain», queurs, daignez un moment arrêter vos regards sur les vaincus. Voyez celui qui fut votre Roi, recevant sur son lit de douleur la nouvelle de la catastrophe de sa fille; souvenez-vous que son fils a péri au milieu de nous; vous savez comment. Rappelez le temps ou vous reçûtes ce Français de plus : vous vous serriez autour de lui pour toucher son cheval, baiser son habit, presser la main qu'il tendait à votre bon accueil; vous poussier des cris d'allégresse; vous vous sentiez, protégés par sa présence. Il vous était arrivé nu de l'exil; il est retourné nu dans l'exil. Combien d'entre vous qui l'ont trahi, jouissent aujourd hui des largesses, de la puissance et des honneurs dont il les avait comblés ?

Les deux orphelins du château des Stuarts ont déjà commencé leur course sur la terre; ils ont quitté la première station de leur pèlerinage, et au nouveau foyer qu'ils embrassent, ils ne sont plus déjà assez jeunes pour ne pas sentir le coup dont vous venez. de les frapper dans leur mère.

Le Dauphin fut l'objet de vos admirations et de vos espérances : ses vertus brillèrent en Espagne. S'il eut quelque faiblesse, c'était d'avoir trop de foi en ses ennemis et de ne pas sentirassez le prix des anciens dévouemens : à vos yeux cette faiblesse ne peut être un crime.

Et que dire de ce parangon de vertu et de douleur, dé madame la Dauphine! Pour achever la majesté de sa vie sans démentir sa destinée, la fille de Louis XVI a été Reine l'espace du moment que le Dauphin a mis à signer son abdication. Rejetée dans l'exil après quarante années de calamités, elle voit finir par la captivité de sa sœur une révolution qui commença par la sienne. Respectez votre ouvrage, car je vous l'ai dit ailleurs : « Les souffrances de madame la Dauphine sont montées si haut, qu'elles sont devenues une des grandeurs i de la révolution. » Voilà le monde de larmes qui a reçu sous les voûtes du château de Prague, la nouvelle échappée du château de Blaye.

Il y avait autrefois en Bohême un de ces rois comme on n'en trouve plus : il s'appelait Jhoan. Un jour on lui apprit qu'Edouard III avait envahi la France; il dit aussitôt à ses barons : « Ah ! ah! quoiqu'aveugle je n'ai mie oublié les chemins de France. Je veux aller défendre mes chiers amis et les enfans de ma fille que les Angleches veuillent rober. » Jhoan vint à Crécy; poussé de courage, s'adressant à ses chevaliers : « Compagnons, nous sommes nés en une même terre, sous un même soleil, élevés et nourris à même destinée, aussi vous proteste de ne vous laisser aujourd'hui, tant que vie me durera, Je vous requiers que vous a me meniez si avant que je puisse férir un coup d'épée. Les chevaliers répondirent, que volontiers ils le feraient, et adonc, afin qu'ils ne le perdissent dans la presse, ils lièrent son cheval au frein de leurs chevaux, et le roi de Bohême alla si avant qu'il ferit un coup de son épée, voire plus de quatre, et aussi firent ceux de sa compagnie, et si avant s'y boutèrent sur les Anglois que tous y demeurèrent et furent le lendemain trouvés sur la place autour de leur seigneur et a tous leurs chevaux liés ensemble.

Caroline de Sicile a remplacé Jhoan de Bohême; elle n'avait mie oublié les chemins de France; elle est accourue pour défendre ses enfans et ses chers amis les Français; elle s'est boutée si avant dans la mêlée qu'elle y est restée; cette Aveugle de la gloire et de la tendresse maternelle, n'y a pas perdu la vie, mais la liberté. Renvoyez-la en Bohême au manoir de l'antique fidélité. N'attendez pas que votre vieux Roi Charles vienne avec son bâton blanc et les reliefs de ses misères, mendier sa fille à la porte du château des Tuileries. Lui refuseriez - vous cette dernière couronne?

Quoi qu'ils fassent, mes compatriotes ne peuvent être insensibles à l'honneur : pendant les derniers troubles, qui n'a dit et qui ne répète encore : « Si madame la duchesse de Berry s'était présentée à Paris, nous eussions proclamé Henri V?» Elle n'a pas pu venir alors; elle est venue aussitôt qu'elle l'a pu, et certes nul n'avait en 1830 l'idée que l'on a conçue aujourd'hui de cette intrépide mère. Si la Princesse n'eût tenté son entreprise, qui aurait connu ces rares qualités que le malheur découvre? MADAME n'a pas gagné seule à sa valeureuse infélicité : son fils et la nation y profiteront plus qu'elle. La France aime ce qui résiste au sort; elle cultivera comme une vigoureuse espérance, le rejeton de cette tige qui, loin de se courber, s'est redressé sous l'orage : femme-Roi pendant l'absence de l'Orphelin, Caroline aura par son mâle courage monté au trône vacant sans violer la loi salique.

Il est donc des adoucissemens à nos maux: l'arrestation que nous déplorons, funeste en ce qui concerne la victime, est un événement qui loin d'abattre le parti légitimiste, le relève : le naufrage élevé peut servir au salut du fils. MADAME continuant d'errer dans les bois, ou repassant sur le sol étranger, n'aurait jeté ni l'éclat, ni acquis la puissance qui jaillissent de sa captivité: en cela ses ennemis ont encore été déçus. Les circonspects qui blâmaient sa témérité; les poltrons qui tremblaient des dangers qu'ils ne couraient pas, et dont on ne les aurait jamais accusés, louent aujourd'hui, délivrés qu'ils sont de leur prudence et de leur peur. MADAME, prisonnière, est dans une position plus grave; elle commande le respect même à ses ennemis. Walter Scott pourrait écrire la première partie de l'histoire de la veuve de Blaye, Tacite la seconde, et si la légitimité devait clore à la fille du Béarnais,

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Robert-le-Fort trouverait la fin digne de l'origine.

Que deviendra la Princesse dont j'ai osé plaider la cause, moins consciencieux de mes talens que de mon zèle? On assure que des monarques se sont intéressés à son sort: la fille des Rois leur fait assez d'honneur pour la revendiquer. Je doute néanmoins d'une intervention fructueuse : peut-être la diplomatie, par un vigoureux effort, a-t-elle osé supplier? peut-être quelques d'Ossat plus hardis seront-ils allés jusqu'à demander que l'on traite bien la détenue, qu'on lui envoie même des livres, de la musique, des crayons, si la chose est compatible avec la sûreté de l'État ! Il y a deux natures dans les souverains : la nature humaine et la nature princière; la première, souvent excellente, est trop souvent aussi neutralisée par la seconde: Respectons, honorons, servons la Royauté; mourons pour elle puisqu'elle est, dit-on, la source de l'ordre; mais ne prenons les Rois que pour ce qu'ils valent en tant que Rois.

La Monarchie légitime en Europe, assiste l'arme au bras à l'exécution de la Légitimité dans la citadelle d'Anvers et dans le château de Blaye; la Monarchie démocratique, en France, a assisté l'arme au bras à l'exécution du Principe Populaire à Varsovie et à Bologne; fautes similaires qui produiront des conséquences analogues : avec une semblable politique on amènera la république universelle pour en finir, et comme vengeresse de toutes ces lâchetés. Que le Joas exilé s'instruise à ces exemples, s'il doit subir l'épreuve d'une couronne; qu'il pratique la voie droite; qu'il ne laisse point ses ministres lui persuader de trahir la cause qui lui semblera juste , lui prouver que le mal est le bien et que le bien est le mal; que surtout il ne transgresse jamais la loi de nature écrite au cœur de l'homme : les devoirs envers ses parens et la reconnaissance envers ses serviteurs.

Mais pourquoi s'occuper de l'Europe? N'y aurait-il pas plus de dignité à terminer de Français à Français nos différens ? La captivité de MADAME ne peut-elle devenir entre nous l'objet d'une négociation d'où sortiraient plus brillans que jamais l'honneur et la liberté de la patrie? Le Directoire, Buonaparte, le général Lamarque n'ont-ils pas traité avec la Vendée, lorsque la Vendée n'avait pas même comme aujourd'hui son véritable chef à sa tête? Qui empêche de s'entendre avec la royale prisonnière, de ré gler à la fois les intérêts privés des individus et les intérêts généraux de la France, de stipuler pour toutes les libertés, de reviser le pacte national?

Cette conduite à tenir est indiquée par le mouvement des opinions & des pétitions, des protestations, des réclamations en faveur de MADAME affluent de tous les coins du royaume : les particuliers, les villages, les bourgs, les villes rivalisent d'émulation, et font entendre les vérités les plus hardies : un long pèlerinage s'est établi à Notre-Dame de Blaye. Est-il permis de rester sourd à la voix publique quand elle exprime une si frappante unanimité de sentimens? Il ne faut qu'écarter ce qui ne peut plus être : les hommes de jadis, malades du temps et de leurs années, ne doivent plus prétendre aux affaires. Henri V et sa mère, environnés d'hommes jeunes, vivant des idées de leur siècle, ont tout ce qui convient au bonheur de la France. Quand saint Louis fut pris à La Massoure, ses ennemis, vainqueurs, lui offrirent une couronne : Marie -Caroline de Naples est petite-fille de Blanche de Castille.