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L'Enchanteur 1768—1848
Trois idées politiques Avant-propos

Avant-propos

Trois idées politiques · 2 min de lecture · p. 1912–VI · chapitre 1 sur 17

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

L'année 1898, traversée d'agitations profondes, ne pouvait manquer d'introduire la politique et la religion dans ses trois grandes commémorations littéraires : le centenaire de la naissance de Michelet, le cinquantenaire de la mort de Chateaubriand, l'érection du buste de Sainte-Beuve. Mes réflexions d'alors aboutirent à des conclusions générales qui n'ont pas perdu tout leur intérêt aujourd'hui, car elles ne furent pas étrangères à la fondation de notre Action française sept mois plus tard. Je leur dois mes premières relations intellectuelles avec quelques-uns de ceux dont je suis le collaborateur depuis quatorze ans. Ce souvenir précieux me fera pardonner l'amitié que je garde à ce petit livre et le plaisir avec lequel j'ai cédé à mes vieux amis les éditeurs Honoré et Edouard Champion, quand ils m'ont proposé de le réimprimer dans la maison où il a vu le jour.

Il me paraît bien vain d'y changer grand'chose, hormis quelques paroles aiguës que j'ai plaisir à effacer. S'il fallait tout récrire, je n'aurais pas de peine à m'abstenir d'un certain courant d'épigrammes. L'expression d'un sentiment qui se cherchait encore côtoie ici, à chaque ligne, le formulaire d'une pensée qui se trouvait.

Les défenseurs de l'anarchie démocratique et libérale, seuls visés et atteints par la direction générale de ma critique, ne manqueront pas de la représenter de nouveau comme ennemie secrète d'une organisation religieuse que je vénère. C'est pourquoi il ne m'a pas semblé inutile de fixer, dans cette nouvelle édition, page 61, en note, la preuve décisive de l'intention calomnieuse acharnée à dénaturer ma pensée.

Je ne traite pas de Chateaubriand, de Michelet, ni de Sainte-Beuve; mais on n'a point traité de Sainte-Beuve, de Michelet, ni de Chateaubriand dans les solennités dont ils ont fourni le prétexte.

Je veux parler de ce qui fut l'unique sujet des * discours et des écrits publiés à propos de ces trois écrivains. Je dirai quel sens politique peut être sans erreur prêté à leurs ouvrages. Ce n'est pas de ma faute si on leur en a prêté un.

Que les partis en quête d'un aïeul représentatif se trompent parfois de grand homme, je n'y peux rien non plus ; ils m'auraient épargné de relever l'erreur s'ils l'eussent d'abord évitée. Comme disent les philosophes, tout cela m'est donné. Mais, sur cette donnée, je me préoccupe d'avoir raison ; il me semble douteux que ces réflexions souffrent de conteste sérieuse.

La vieille France croit tirer un grand honneur de Chateaubriand, elle se trompe. La France moderne accepte Michelet pour patron, mais elle se trompe à son tour. En revanche, ni l'une ni l'autre des deux Frances ne nous montre un souci bien vif de Sainte-Beuve ; c'est encore une faute, un Sainte-Beuve peut les remettre d'accord.

L'anarchie

La soumission est la base

du perfectionnement.