Ses initiatives intempestives lui valent l’hostilité ouverte de Fesch.
Logé au palais Lancelotti, il multiplie les initiatives sans en référer à l’ambassadeur, rend visite au roi de Sardaigne détrôné, et s’attire l’hostilité de Fesch.
Parti de Paris le 26 mai, il s’arrête une quinzaine de jours à Lyon, où il voit le cardinal Fesch, puis gagne Rome par le Mont-Cenis, Turin, Milan et Florence (Georges Collas, « Chateaubriand à Rome », Annales de Bretagne, 1935). Le soir même, il écrit à Joubert :
« M’y voilà enfin ! Toute ma froideur s’est évanouie. Je suis accablé, persécuté par ce que j’ai vu; j’ai vu, je crois, ce que personne n’a vu, ce qu’aucun voyageur n’a peint […] »
Chateaubriand à Joubert, Rome, 27 juin 1803, cité par Collas (1935). · Lire le passage dans Agénor Bardoux, La comtesse Pauline de Beaumont
« J’ai couru tout ce jour, veille de la fête de Saint-Pierre […] »
Notes de Chateaubriand, 28 juin 1803, onze heures du soir, cité par Collas (1935).
« J’ai vu le Colisée, le Panthéon, la colonne Trajane, le château Saint-Ange, Saint-Pierre […] »
Mêmes notes. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis
Son guide est le secrétaire qu’il remplace, Artaud de Montor. Le 29, à l’office du pape à Saint-Pierre :
« Cérémonie superbe, dans quelques moments étonnante; mais chant médiocre, église déserte, point de peuple […] »
Notes de Chateaubriand, 29 juin 1803, cité par Collas (1935).
L’ambassadeur sortant, Cacault, qui avait écrit contre lui à Paris, l’accueille en compatriote breton. Chateaubriand écrit à Fontanes :
« J’ai la tête tournée de tout ce que je vois […] »
Chateaubriand à Fontanes, Rome, 1803, cité par Collas (1935). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« Au reste la place que j’occupe est charmante; rien à faire, maître de Rome, choyé, prôné, caressé […] »
Même lettre. · Lire le passage dans Albert Cassagne, La vie politique de François de Chateaubriand
Le cardinal Fesch arrive le 1er juillet. Après la visite du secrétaire au roi de Sardaigne, il le relègue sous les toits du palais Lancellotti et lui donne une besogne de commis. Dès le 11 juillet, Chateaubriand annonce à Chênedollé qu’il ne restera qu’un an et partira ensuite pour la Grèce. Au début d’août, une demande d’audience pour des pèlerins français, faite directement au Saint-Siège, achève la brouille : Fesch envoie à Paris un rapport hostile, et le Premier Consul s’emporte devant Fontanes. La mort de Mme de Beaumont (4 novembre) change le ton de l’ambassadeur (Collas, 1935).