« L’Occitanienne », jeune admiratrice qui lui écrit dès 1827. Ils se retrouvent à Cauterets en août 1829 ; il la revoit en 1838 à Toulouse, devenue comtesse de Castelbajac. La nature exacte de leur relation reste discutée ; ses souvenirs ont été publiés.
En bref
| Naissance | 1803 |
|---|---|
| Mort | 5 avril 1897 |
| Lien | « L’Occitanienne » : jeune admiratrice qui lui écrit à partir de 1827 ; il la rencontre à Cauterets en 1829. |
| Lieux | Cauterets (été 1829) ; Toulouse (1838 : il la revoit, devenue comtesse de Castelbajac). |
| Dans les Mémoires | Une mention nominative (« l’Occitanienne », livre XXXI, chapitre 1, relevé automatique) ; le chapitre de Cauterets la peint sans la nommer. |
| Dans les Mémoires | 1 mention (relevé automatique) : livres XXXI (1). |
| Correspondance | 79 lettres dans la Correspondance (7 écrites, 72 reçues). |
Une jeune fille du Languedoc
Léontine de Villeneuve naît en 1803 dans une famille noble du Languedoc et grandit dans le Tarn, sous l’Empire et la Restauration : c’est le sujet de ses propres Mémoires, souvenirs de famille et de jeunesse qu’elle rédige bien plus tard. Nourrie de lectures, exaltée, elle voue à l’auteur d’Atala et de René une admiration de jeune fille, comme tant de lectrices de sa génération.
La correspondance secrète (1827-1829)
Vers 1827, elle lui écrit sans se faire connaître. Chateaubriand lui répond ; la correspondance, d’abord anonyme, dure près de deux ans, au moment même où il échange d’autres lettres avec une autre inconnue, la marquise de Vichet. Il lui donne dans les Mémoires un nom de province et de poésie : « l’Occitanienne ». Quelque soixante-dix lettres de lui ont été conservées par sa famille.
Cauterets, juillet-août 1829
Démissionnaire de fait, épuisé par l’ambassade de Rome, Chateaubriand part prendre les eaux de Cauterets à la fin de juillet 1829. La vallée l’enchante et le rend mélancolique :
« Plus j’étais heureux à Cauterets, plus la mélancolie de ce qui était fini me plaisait. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, IIIe partie, livre XIII. · Lire le passage
C’est là que l’inconnue se dévoile :
« Voilà qu’en poétisant je rencontrai une jeune femme assise au bord du gave ; elle se leva et vint droit à moi : elle savait, par la rumeur du hameau, que j’étais à Cauterets. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. · Lire le passage
« Il se trouva que l’inconnue était une Occitanienne, qui m’écrivait depuis deux ans sans que je l’eusse jamais vue […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. · Lire le passage
« Un soir qu’elle m’accompagnait lorsque je me retirais, elle me voulut suivre ; je fus obligé de la reporter chez elle dans mes bras. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. · Lire le passage
« Jamais je n’ai été si honteux : inspirer une sorte d’attachement à mon âge me semblait une véritable dérision […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. · Lire le passage
Il quitte Cauterets le 19 août en lui laissant une lettre d’adieu. Dans les Mémoires, il conclut avec une désinvolture calculée :
« […] la spirituelle, déterminée et charmante étrangère de seize ans m’a su gré de m’être rendu justice : elle est mariée. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe. · Lire le passage
« Seize ans » est une coquetterie de mémorialiste : née en 1803, Léontine en a vingt-six en 1829. Le portrait conservé par sa famille la montre, elle, à seize ans, en 1819.
Les soixante-dix lettres
Le Roman de l’Occitanienne et de Chateaubriand (1925) publie soixante-dix lettres de Chateaubriand à Léontine, du 24 novembre 1827 au 30 septembre 1847, gardées dans un coffret qu’elle a confié à M. Louis Deloume ; on les lit sur le site et sur la page des correspondances. Une note de l’édition précise que soixante-huit seulement sont autographes : la lettre LXX est de la main d’un secrétaire, et la lettre XLVI, détruite, a été recopiée de mémoire par la destinataire. Elle signe tour à tour Adèle et Léontine. Le mot d’« Occitanienne » est déjà dans la première réponse :
« Si nous nous rencontrons un jour, mademoiselle, je verrai sans doute quelque jeune et belle Occitanienne, pleine de grâce et de nobles sentiments comme sa lettre ; vous verrez un vieux bonhomme tout blanc par la tête et qui n’a plus du chevalier que le cœur. »
Chateaubriand à Léontine de Villeneuve, lettre I, Paris, 24 novembre 1827, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage
Il croit d’abord écrire à un homme (« Définitivement, Mademoiselle, vous êtes un homme », 11 décembre 1827). Elle se nomme, et fait parler d’elle par son cousin Auguste de Cambon, député du Tarn. Quand elle lui demande conseil, il répond par une mise en garde :
« Toutes les personnes qui se sont attachées à moi s’en sont repenties ; toutes ont souffert ; toutes sont mortes de mort prématurée ; toutes ont perdu plus ou moins la raison avant de mourir. »
Chateaubriand à Léontine de Villeneuve, lettre XI, Paris, 5 avril 1828, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage
L’ambassade de Rome renvoie d’un an le rendez-vous des Pyrénées, prévu à Saint-Sauveur :
« Je suis nommé ambassadeur à Rome ! Ainsi, voilà tous nos beaux projets réduits en fumée […] »
Chateaubriand à Léontine de Villeneuve, lettre XV, Paris, 28 mai 1828, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage
Après Cauterets, son billet d’adieu et sa lettre de Bordeaux disent tout autre chose que les Mémoires :
« Je vous reverrai, nous nous reverrons. Je pars, aimant un million de fois plus Léontine après l’avoir vue que lorsqu’elle était invisible. »
Chateaubriand à Léontine de Villeneuve, lettre XXXVII, « Mercredi matin » (19 août 1829 selon une note de l’édition), Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage
« Le premier volume de notre correspondance est un roman ; le second sera une histoire. »
Chateaubriand à Léontine de Villeneuve, lettre XXXVIII, Bordeaux, 22 août 1829, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage
Après le mariage, la correspondance se poursuit, plus rare, avec un silence que la lettre du 29 avril 1832 dit de trois ans. En 1842, il lui écrit qu’il a tout détruit :
« J’ai brûlé à la hâte toutes les lettres en ma possession, laissant à votre mémoire de prolonger ma vie. »
Chateaubriand à Léontine de Castelbajac, lettre LXVIII, Paris, 13 avril 1842, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage dans Léontine de Villeneuve, Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand
Le dernier billet, du 30 septembre 1847, annonce une visite :
« Je serai demain à votre porte. Je vous remercie de vous être souvenue de moi […] »
Chateaubriand à Léontine de Castelbajac, lettre LXX, Paris, 30 septembre 1847, Le Roman de l’Occitanienne, 1925. · Lire le passage dans Léontine de Villeneuve, Le Roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand
La comtesse de Castelbajac
Elle épouse le 23 novembre 1829, trois mois après Cauterets, Adolphe de Castelbajac, trente-quatre ans, conseiller à la Cour royale, en présence de Villèle (Gheusi, d’après les registres). Son mari entre en 1837 à l’Académie des Jeux floraux et y présente Chateaubriand l’année suivante, lors du voyage dans le Midi. En mai 1839, Chateaubriand accueille à Paris le frère de Léontine, qui lui apporte un billet d’elle :
« Votre beau jeune frère me fera grand plaisir de venir me voir. Je suis aussi sauvage qu’il est timide. »
Chateaubriand à Léontine de Castelbajac, mai 1839, cité par P.-B. Gheusi, préface des Mémoires de l’Occitanienne, 1927. · Lire le passage dans Léontine de Villeneuve, Mémoires de l'Occitanienne
Elle découvre après la mort de Chateaubriand, dans le feuilleton de La Presse, les mots « dans mes bras ». Elle écrit alors dans son testament :
« […] ma réputation à relever m’obligera peut-être, selon les circonstances, à appeler sur les lettres de M. Chateaubriand une publicité que je leur aurais refusée […] »
Testament de Léontine de Castelbajac, cité par P.-B. Gheusi, préface des Mémoires de l’Occitanienne, 1927. · Lire le passage dans Léontine de Villeneuve, Mémoires de l'Occitanienne
C’est ce testament qui fait publier ses lettres, à partir de décembre 1924 dans le Figaro. Elle meurt le 5 avril 1897, 3, Jardin Royal, à Toulouse, laissant ses Mémoires et des Confidences où elle revient sur l’épisode. Gheusi donne deux dates de naissance : le 9 pluviôse an XI, soit le 29 janvier 1803, et, plus loin, le 31 janvier 1803, rue-place Mage à Toulouse. Ses Mémoires s’arrêtent à la Restauration et ne nomment pas Chateaubriand : « Il ne fallait pas s’attendre à trouver dans les pages qui précèdent une allusion directe », note l’éditrice.
Confusions et éditions
L’Occitanienne a longtemps été confondue avec d’autres « inconnues » : la marquise de Vichet, dont la correspondance paraît en 1903, ou d’autres admiratrices du Midi. La publication par sa petite-fille, la comtesse de Saint-Roman, de ses souvenirs et des lettres de Chateaubriand (Le Roman de l’Occitanienne et de Chateaubriand, 1925 ; Mémoires de l’Occitanienne, avec une préface de P.-B. Gheusi) a permis de l’identifier. Une édition moderne réunit les Mémoires, les Confidences et soixante-dix lettres de Chateaubriand (éd. Sandrine Fillipetti, Mercure de France, 2022).
Sources et documents
Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac, Mémoires de l’Occitanienne : souvenirs de famille et de jeunesse, publiés par la comtesse de Saint-Roman, préface de P.-B. Gheusi — à lire sur le site (lire sur le site · original)
Le Roman de l’Occitanienne et de Chateaubriand, publié par la comtesse de Saint-Roman (1857-1941), préface de Robert de Flers, Plon, 1925 — à lire sur le site (lire sur le site · original)
Mémoires de l’Occitanienne, suivi de Confidences, avec soixante-dix lettres de Chateaubriand, éd. S. Fillipetti, Mercure de France, 2022 (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, IIIe partie, livre XIII (Cauterets)
Victor Giraud, étude sur l’épisode de Cauterets, Revue des Deux Mondes, 1er avril 1899



