Maison de Joseph Joubert.
En bref
| La maison | La maison de Joubert, 18, rue du Pont : Joubert y vit l’été, dans l’aile sud, de 1793 à sa mort ; ses hôtes les plus fidèles sont Pauline de Beaumont, Fontanes et Chateaubriand. Inscrite aux monuments historiques en mars 1990 ; mobilier inscrit en septembre 2023 ; label « Maisons des illustres » en novembre 2024 ; ouverte au public après des travaux (2023-2025) (site de la maison). |
|---|---|
| La chambre verte | La maison présente aujourd’hui une « chambre verte dite de Chateaubriand ». Dans les lettres de Joubert, la chambre verte est d’abord celle de Pauline de Beaumont, « celle que Pauline occupait dans ses rares séjours » (Bardoux, 1884) ; Beaunier (1910) écrit qu’elle y avait « sa chambre à elle, la chambre verte ». Que Chateaubriand l’ait occupée ensuite est une tradition de la maison, non attestée par les textes consultés. |
| Le voisinage | Le château de Passy, tout proche, où Pauline de Beaumont « demeurait une partie de l’année » ; à Theil, autre séjour de Pauline. |
| Séjours | Fin de 1803 – début de 1804 : au retour de Rome, il s’arrête chez les Joubert (Collas, d’après Pailhès) ; automne 1804 : « six semaines » avec Céleste (le frère cadet de Joubert), lettres datées de Villeneuve des 9 octobre et 13 décembre 1804, et c’est là qu’il apprend la mort de Lucile (9 novembre) ; 17 septembre 1828, en route pour Rome : « que de souvenirs ! ». |
| Avec qui | Joubert et sa femme, Victoire Moreau ; le plus jeune frère de Joubert, qui vit sous le même toit (« les deux familles n’en faisaient qu’une », Pailhès) ; Céleste. |
| Céleste | Selon l’éditeur des Cahiers (d’après Raynal), Céleste se rend à Villeneuve chez Joubert en novembre (1803), non en juin. |
| La tradition | Elle est attestée au début du XXe siècle : une carte postale (collection J. D., Sens) intitule la chambre verte « Chambre de Châteaubriand » et cite A. Chevalier, Un coin de France (1902), selon qui l’une des deux chambres conservées fut celle de Chateaubriand pendant ses séjours, l’autre celle de Joubert, toutes deux restées en l’état. Ouvrage de 1902 non consulté directement. |
| La chambre aujourd’hui | Lit à colonnes sous un ciel de lit à rideaux de damas vert, cheminée de marbre rouge surmontée d’une glace et d’un buste, chevet, carreaux de terre cuite : la disposition de la carte postale est inchangée (photographies de la Maison de Joubert, non reproduites ici, droits réservés). |
| Certitude | Lieux certains ; séjour de l’automne 1804 attesté par les lettres ; dates du séjour de 1803-1804 approximatives ; attribution de la chambre verte à Chateaubriand : tradition attestée depuis 1902 au moins, non confirmée par les lettres de l’époque, qui en font la chambre de Pauline de Beaumont. |
Le lieu
Petite ville de l’Yonne, sur la rivière, entre Sens et Joigny.
Histoire
Ville neuve fondée en 1163 par Louis VII (« Villeneuve-le-Roi »), au sud de Sens, sur l’Yonne. La maison de Joubert, entre le pont Saint-Nicolas et l’église Notre-Dame, occupe l’emplacement d’une maison des Prémontrés de Saint-Marien d’Auxerre : un ensemble de maisons du XVIIIe siècle en équerre autour d’un jardin, le « clos de Joubert ». Acquise en 1783 par la famille Moreau, elle accueille Joubert après son mariage avec Victoire Moreau (1793) ; l’aile sud, inhabitée depuis sa mort (1824), a gardé ses décors, ses meubles et sa bibliothèque (site de la maison).
La chambre verte
« Elle y avait, dans la maison de Joubert, sa chambre à elle, la chambre verte. »
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
En mai 1797, Mme de Staël voudrait voir Pauline de Beaumont sur la route de Suisse ; Joubert écarte l’idée de la recevoir chez lui :
« Non assurément, je ne ferai point entrer ce tourbillon dans la paisible chambre verte […] »
Joseph Joubert à Pauline de Beaumont, mai 1797 (Bardoux, 1884). · Lire le passage
« […] chambre verte ne serait plus un lieu de recueillement […] »
Même lettre. · Lire le passage dans Agénor Bardoux, La comtesse Pauline de Beaumont
L’automne de 1804
« […] je lui dis que j’irais à Vichy rejoindre ma femme ensuite chez M. Joubert à Villeneuve, pour de là rentrer à Paris. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 6. · Lire le passage
« Je serais fort aise que vous voyiez ici Chateaubriand, pour juger de quelle simplicité de vie et mœurs, et, au milieu de tout cela, de quelle inépuisable gaîté, de quelle paix, de quel bonheur il est capable, quand il n’est soumis qu’aux influences des saisons et remué que par lui-même. Sa femme et lui me paraissent ici dans leur véritable élément. »
Joseph Joubert à Mathieu Molé, 18 novembre 1804 (Pailhès, 1896). · Lire le passage
« Je n’oublierai jamais combien furent heureuses pour nous ces six semaines passées avec de pareils hôtes. On travaillait tout le matin, et, l’après-dîner, on allait, sur les jolis coteaux ou au milieu des charmantes prairies qui entourent Villeneuve-le-Roi, se livrer à tous les jeux folâtres qu’inspire la gaîté d’un autre âge […] »
Le plus jeune frère de Joubert, Notice historique (citée par Pailhès, 1896). · Lire le passage
Passy et la maison de Joubert
« Elle demeurait une partie de l’année au château de Passy, près Villeneuve−sur−Yonne que M. Joubert habitait pendant l’été. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 7. · Lire le passage
« J’ai quitté Paris le 16 de ce mois ; j’ai passé le 17 à Villeneuve−sur−Yonne : que de souvenirs ! Joubert a disparu ; le château abandonné de Passy a changé de maître […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 2. · Lire le passage
Chronologie des séjours
| Date | Ce qui s’y passe |
|---|---|
| 1783 | La maison est acquise par la famille Moreau (site de la maison). |
| 1793 | Joubert, marié à Victoire Moreau, s’installe dans l’aile sud. |
| 1794-1800 | Séjours de Pauline de Beaumont, dans la chambre verte (Beaunier). |
| Mai 1797 | Joubert refuse d’y loger Mme de Staël, de passage : « ce tourbillon » troublerait la chambre verte (lettre à Pauline de Beaumont, Bardoux). |
| Fin 1803 – 1804 | Retour de Rome : Chateaubriand s’arrête chez Joubert, qui le presse de se réunir à sa femme. |
| Automne 1804 | Six semaines avec Céleste ; mort de Lucile (9 novembre) ; Joubert à Molé, 18 novembre. |
| 17 septembre 1828 | En route pour l’ambassade de Rome, il repasse à Villeneuve : Joubert est mort, Passy a changé de maître. |
| 1990-2024 | Inscription aux monuments historiques (1990), du mobilier (2023), label « Maisons des illustres » (2024). |
Ce qu’il en écrit
« Madame de Beaumont n’est plus ; M. Joubert n’est plus ; les peupliers sont abattus […] »
Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVIII, chapitre 6. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 7 ; livre XVII, chapitre 6 ; livre XXIX, chapitre 2 ; livre XXXVIII, chapitre 6
Agénor Bardoux, La Comtesse Pauline de Beaumont, Paris, Calmann-Lévy, 1884 (lire sur le site · Internet Archive)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910
Abbé G. Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896
Georges Collas, « Veuve d’un vivant. Céleste Buisson de la Vigne… (1792-1804) », Annales de Bretagne, t. 65, 1958, p. 169-200 (lire en ligne)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, Paris, Émile-Paul, 1909 (texte de Céleste ; les notes de l’éditeur ne sont utilisées que pour les faits qu’elles signalent)
Maison de Joseph Joubert, Villeneuve-sur-Yonne, « La maison » (site officiel, 2025 ; document du Drive, faits seulement) (lire en ligne)





