Sa première lettre de voyage presse Juliette de le rejoindre en Italie.
« Voici ma première lettre: elle vous appelle à Rome, ou me ramène à Paris. Croyez que rien dans la vie ne pourra plus me distraire et me séparer de vous. »
Chateaubriand à Mme Récamier, 14 septembre 1828 (lire sur le site). · Lire le passage
Il voyage avec Céleste ; il arrive à Rome le 9 ou le 10 octobre et s’installe au palais Simonetti.
La lettre
Paris, dimanche matin, le 14 septembre
Voici ma première lettre: elle vous appelle à Rome, ou me ramène à Paris. Croyez que rien dans la vie ne pourra plus me distraire et me séparer de vous. Je ne veux point vous dire ce que je souffre, parce que vous souffrez. Songez qu’avant que j’arrive à Rome, un mois sera déjà écoulé, et je serai d’un mois plus près de vous. Il dépendra de vous d’avancer de quelques jours votre voyage. Tous les torts, si vous ne venez pas, seront de votre côté; car je vous aimerai tant, mes lettres vous le diront tant, je vous appellerai à moi avec tant de constance, que vous n’aurez aucun prétexte de m’abandonner.
Songez qu’il faut que nous achevions nos jours ensemble. Je vous fais un triste présent que de vous donner le reste de ma vie; mais prenez-le, et si j’ai perdu des jours, j’ai de quoi rendre meilleurs ceux qui seront tous pour vous.
Je vous écrirai ce soir un petit mot de Fontainebleau, ensuite de Villeneuve, et puis de Dijon, et puis en passant la frontière, et puis de Lausanne, et puis du Simplon. Faites que je trouve quelques lignes de vous, poste restante, à Milan. À bientôt! Je vais préparer votre logement et prendre en votre nom possession des ruines de Rome. Mon bon ange, protégez-moi.
Ballanche m’a fait grand plaisir: il vous avait vue; il m’apportait quelque chose de vous. Bonjour jusqu’à ce soir. Je me ravise, écrivez-moi un mot à Lausanne, là où je trouverai votre souvenir, et puis à Milan. Il faut affranchir les lettres.
Hyacinthe vous verra. Il m’apportera de vos nouvelles demain à Villeneuve.
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site) · Lire le passage