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L'Enchanteur 1768—1848

Première lettre de la marquise de Vichet

Inquiète de sa santé, une inconnue du Vivarais lui écrit ; il répond de sa main le 24 novembre. Ainsi commence la correspondance avec « Marie ».

Les lettres

À Chateaubriand, Hlle, 14 novembre 1827

Monsieur le Vicomte,

Depuis que je sais aimer et honorer quelque chose, vous avez tout mon respect et tout mon attachement; à mesure que votre caractère public s’est développé, ces sentiments se sont fortifiés dans mon cœur, et ils y ont enfin jeté de si profondes racines que je me crois quelques droits à votre bienveillance, parce que, depuis bien des années, les principaux événements de votre vie forment un des plus chers intérêts de la mienne.

Depuis que notre ami commun, M. Hyde de Neuville, est revenu des pays étrangers, il m’a donné de vos nouvelles de loin en loin. Mais le voilà trop occupé des élections pour que je puisse en attendre, ni même lui en demander.

Cependant, je viens de lire, dans le Journal des Débats du 9 novembre, la lettre que vous avez adressée au rédacteur du courrier. Mes yeux se sont mouillés de larmes en y voyant que «votre santé est altérée par un travail excessif et par les vives inquiétudes que vous cause une autre sauté qui vous est plus chère que la vôtre!»

En prenant, monsieur, la liberté de vous écrire et de vous dérober quelques minutes d’un temps toujours si précieux, et dans ce moment si péniblement employé, je serais coupable d’une indiscrète présomption, si le sentiment qui dicte ma lettre n’était pas de ceux qu’il est toujours doux et honorable d’inspirer, et d’accueillir. Vous êtes fait pour en être touché, et j’en suis si persuadée que j’ose vous en demander une preuve. Remettez ma lettre à votre secrétaire, et recommandez-lui de m’adresser, tous les quinze jours, deux lignes en forme de bulletin, qui me tirent d’inquiétude sur votre santé, et sur Mme de Chateaubriand!

Cependant, monsieur, si vous ne jugez pas à propos d’accorder un soin si obligeant à une personne qui vous est étrangère, et qui probablement ne vous verra jamais, je vous prie au moins de juger ma lettre d’après les circonstances qui me sont personnelles et non d’après les règles générales de la bienséance! Je ne crois cependant pas les enfreindre aujourd’hui; il me paraît simple de vous demander de vos nouvelles, et juste que vous m’en fassiez donner, car j’ai passé beaucoup d’années, je ne dis pas à vous admirer (l’admiration ne me donnerait aucun droit particulier auprès de vous), mais à vous chérir avec une attention que rien n’a pu détourner. D’ailleurs qui peut mieux que vous justifier une exception, et combien de fois ne devez-vous pas avoir reçu des marques d’attachement de personnes auxquelles le sort, ainsi qu’à moi, a refusé le bien de vous connaître et d’obtenir votre affection?

Recevez donc avec bienveillance l’assurance du profond attachement que je vous ai voué pour toujours, et celle des vœux que je ne cesse de former pour votre bonheur.

j’ai l’honneur d’être avec un tendre respect, monsieur le vicomte, votre très humble servante.

La marquise de V… née d’H.

H., 13 novembre 1827, près La Voulte en Vivarais.

Un dernier amour de René. Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…, 1903 (lire sur le site) · Lire le passage

De Chateaubriand, Paris, 24 novembre 1827

Madame la Marquise,

J’espère que vous n’avez pas cru sérieusement que je laisserais à mon secrétaire l’honneur de vous répondre. Votre lettre, madame, m’a pénétré de reconnaissance; j’accepte cordialement votre amitié étrangère, elle remplacera celle de tant de vieux amis qui ont fui avec la fortune. Je vais donc sur-le-champ vous donner les ennuis de l’intimité. Mme de Chateaubriand est un peu moins souffrante, ma santé est aussi un peu meilleure. Tout cela est à charge de revanche, madame la marquise: vous allez être obligée de me dire ce que vous faites, comment vous vous portez, ce que vous pensez? Mais ne sais-je pas d’avance ce que doit être l’amie de M. Hyde de Neuville? Réjouissez-vous, madame: le voilà nommé dans la Mayenne. Il viendra nous aider à débarrasser la France des seuls ennemis qui restent au roi, les ministres.

Je voudrais bien, madame, que mon écriture ressemblât à la vôtre; mais voilà déjà un des inconvénients de mon amitié: votre écriture est toute jeune, la mienne est vieille comme moi. Il vous faudra beaucoup de temps pour apprendre à la lire. Je suis presque tenté de désirer de n’être jamais connu de vous; j’aime trop vos illusions, madame, pour n’avoir pas peur de les dissiper par ma présence. Si vous m’écrivez, de grâce ne me parlez plus de respect! C’est moi, madame, qui mets le mien à vos pieds, avec les tendres hommages que vous me permettez de vous offrir.

CHATEAUBRIAND.

Un dernier amour de René. Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…, 1903 (lire sur le site) · Lire le passage

Son monde ce jour-là

Âge 59 ans 2 mois, 9 jours
Régime Seconde Restauration 08.VII.1815 → 29.VII.1830
Chef de l'État Charles X, roi de France 16.IX.1824 → 02.VIII.1830
Où il vit
Fonctions
Relations

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