Conclusions
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Le Normant, 1833 (édition originale), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Les lois (une seule exceptée; la loi Bricqueville), dans le système de la révolution de juillet, ne pouvant être exercées contre la mère de Henri V qu'au mépris de l'équité, et aux risques de la paix publique:
• Aucune de ces lois, dans le système des partisans de la légitimité, ne pouvant s'appliquer à MADAME, parce qu'elle n'a fait qu'user d'un droit qu'elle a dû croire de bonne foi lui être acquis, et que sa personne ! est inviolable:
Pour conclusions, je demande que la captive de Blaye soit à l'instant mise en liberté.
Depuis que je traîne sous le ciel, se sont écoulées des générations retentissantes qui ont laissé après elles un bruit qu'elles n'entendent plus. Mes premiers regards rencontrèrent Washington en Amérique; je vis ensuite en Europe les personnages fameux de nos troubles, et ensuite Buonaparte, qui effaça tout. Les hautes renommées militaires, politiques et littéraires qui forment le siècle de la Révolution autour de cet. homme, ont successivement passé devant moi en courant s'abîmer dans la tombe. Spectateur étranger à cette grande famille de morts, resté presque seul sur le pas de la fosse, de nouvelles ruines m'ont soudain environné. Le trône de France est demeuré debout au milieu de ces ruines : il se montra vide d'abord entre deux prétendans dignes de l'occuper par la splendide possession de leur race. Ce qui caractérise le moment ou nous sommes, est qu'on ait préféré aux deux Conscrits de la couronne le Remplaçant de rois qui s'est présente.
Mais comme il faut que tout change en un clin d'œil à ces époques de transformation où le fleuve du monde se précipite plus vite, le duc de Reichstadt, beau, jeune, fils inconnu mais fils charmant d'une renommée qui remplit la terre, le duc de Reichstadt, qui n'avait encore pour trophée que son berceau, comme il le disait lui-même*, a expiré l'anniversaire du jour qui lui apprit • la mort de Napoléon; il a remis à Dieu sa vie de vingt ans dans ce palais de Schœnbrünn où le prisonnier de Sainte-Hélène avait dicté des lois à l'Europe.
* Le duc de Reichstadt, par M. de Muntbal Le duc de Reichstadt, ib: ↩
Plus jeune de neuf années, plus près de l'âge de l'innocence que de celui des passions, le duc de Bordeaux languit exilé dans un autre palais de l'Autriche. Les derniers mots du fils de Napoléon ont été : Ma mère! ma mère*! Le dernier mot qui nous est parvenu de l'enfant d'Henri IV a été: Ma mère! ma mère! Puisse une reine que tout le monde plaint, aime, respecte, et qui vient d'éprouver ce que peut craindre une mère, puisse-t-elle ne jamais entendre cette dernière exclamation d'un fils!
Illustre captive de Blaye, MADAME! que votre héroïque présence sur une terre qui se connaît en héroïsme, amène la France à vous répéter ce que mon indépendance politique m'a acquis le droit de vous dire : Votre fils est mon Roi! Si la Providence m'inflige encore quelques heures, en consolation de ces heures, verrai-je vos triomphes, après avoir eu l'honneur d'embrasser vos adversités? Recevrai-je ce loyer de ma foi? - Au moment où vous redeviendriez heureuse, j'irais avec joie achever dans la retraite des jours commencés dans l'exil, et qui ne sont bons à personne. Hélas ! je me désole de ne pouvoir rien pour vos présentes destinées! Mes faibles paroles se perdront inutilement autour des murs de votre prison: le bruit des vents, des flots et des hommes, au pied de la forteresse solitaire, ne laissera pas même monter jusqu'à vous ces derniers accens d'une voix fidèle.
Paris, 24 décembre 1832.
Librairie ve Le Normant.