You have approximated two epochs which had been longdistinct in our minds ; the war for Spain against Buonaparte, of which undoubtedly we had not forgotten either the origin or the termination ;
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Congrès de Vérone, 1838), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
You have approximated two epochs which had been longdistinct in our minds ; the war for Spain against Buonaparte, of which undoubtedly we had not forgotten either the origin or the termination ; - with that of a century ago, the origin of which was perhaps the last thing we should like to be reminded - except its termination. And we think rather hard, after having exhausted our blood and treasure in a war of six years against France, to restore the Bourbon to the throne of Spain, to have it recalled to our recollection that there was a time when France placed them there, in spite of us.
I really think it would have been better to keep the war tout européenne as M. de Montmorency left it; than to change its nature to toute française, in the sense in which that term is now applied.
The distinction between « European » and « French » we were
paisibles que des agneaux ; nous avons besoin de la paix pour nous-mêmes, pour tout le monde, spécialement pour vous, nos voisins, parce que nous savons, par une triste expérience, à quel danger nous sommes exposés paries cum proximus ardet; mais, dans ces pacifiques dispositions, nous nous plaignons très paisiblement de ce que vous nous avez donné une tâche presque aussi difficile que celle que vous avez donnée aux Espagnols. Vous avez parlé haut, devant tout le monde, sur des sujets que, pour garder une stricte et inalterable neutralité, nous aurions dû être rendus capables de traiter comme surannés et oubliés.
Vous avez rapproche deux époques longtemps distinctes dans nos esprits : la guerre pour l'Espagne contre Bonaparte, de laquelle, sans aucun doute, nous n'avons oublié ni l'origine ni la fin; la guerre d'il y a un siècle, dont l'origine serait peut-être la dernière chose dont nous aimerions qu'on nous rappelât le souvenir, ce n'est sa conclusion ; et nous pensons qu'il serait dur, après avoir épuisé notre sang et nos trésors dans une guerre de six ans contre la France, pour rétablir les Bourbons sur le trône d'Espagne, de rappeler qu'il fut un temps où la France les y plaça en dépit de nous.
Je pense réellement qu'il aurait mieux valu garder la guerre « tout européenne, » comme M. de Montmorency l'a laissée, que de changer sa nature en « toute française, » dans le sens qu'on applique maintenant à ce mot.
Nous étions parfaitement prêts à reconnaître la distinction entre « européenne » perfectly ready to allow; — in as much as vicinity, and consequent liability to danger from contact or contagion, distinguished your claim to meddle in the concerns of Spain, from that of the remoter continent. But when consanguinity of dynasties is pleaded as the ground of interference, we cannot help recollecting that last French war in Spain (in which we triumphed) was undertaken by France to expel that dynasty; - and we do not take it kindly to be reminded that the last French war but one, (in which we were foiled) was carried on to introduce it. We might hâve been allowed to forget the battle of Almanza, when we had restored Ferdinand of Bourbon by the battle of the Pyrenees.
Besides - to revert to a suggestion in one of my former letters ; if this consanguinité be alone or in great part the cause of the French invasion of Spain (an invasion which all Europe, except the powers that were assembled at Verona, concur in deeming a great calamity) do you not, in announcing the cause, indicate the remedy? - Austria has already, whether awkwardly or maliciously, reminded the Spaniards of happy times, antecedent to the transfer of Spain, to the house of Bourbon ; and we hâve our own cure for misgovernment in 1688, too freshly and too constantly before our eyes, to hâve any objection to offer a similar expedient, if adopted by Spain. -Indeed, indeed, my valued friend, you have stirred mosinconvenientreflections !
et « française, » en tant que votre voisinage, et par conséquent votre exposition au danger par contact ou contagion, distinguait votre droit de vous mêler des affaires d'Espagne, de celui des peuples d'un continent plus éloigné. Mais lorsque la parenté des races est mise en avant comme cause d'intervention, nous ne pouvons nous empêcher de nous souvenir que la dernière guerre française en Espagne (dans laquelle nous triomphâmes) fut entreprise par la France pour expulser cette race; et nous ne prenons pas bien qu'on nous remémore l'avant-dernière guerre française (dans laquelle nous fûmes vaincus) qui fut déclarée pour l'introduire. Nous aurions pu oublier la bataille d'Almanza, après avoir rétabli Ferdinand de Bourbon par la
En outre, pour revenir à ce que je disais dans une de mes lettres précédentes, si cette parenté est seule, ou en grande partie la cause de l'invasion française en Espagne (invasion que toute l'Europe, excepté les puissances rassemblées à Vérone, s'accorde à considérer comme une grande calamité); en annonçant la cause, ne pouvez-vous indiquer le remède? L'Autriche a déjà, soit maladroitement, soit malicieusement, rappelé aux Espagnols les temps heureux qui précédèrent le transfert de 1 Espagne à la maison de Bourbon ; et la guérison que nous avons appliquée, en 1688, à un mauvais gouvernement, est trop vive et trop constamment devant nos veux, pour que nous ayons aucune objection à faire à un semblable expédient, s'il est adopté par l'Espagne. En vérité, en vérité, mon estimable ami, vous avez agite les réflexions les plus embarrassantes.
And what is the result to which these reflections lead me? - Why - as before, to the onee, only praticable and wholesome result - Peace, peace. If 1 thought this object desirable for France (as for all the world), before the speech of the king of France, I think it doubly so since. «Peace with honour !» To be sure, you place your honour in obtaining security - security from the dangers to which you say your vicinity exposes you. Be it so, we will labour with you, and for you, to obtain for you that security ; we advise you to take it small; because in good truth, the Spaniards hâve not much to give, be they ever so willing. But we advise you, taking it, to make the most of it; to cry it up as sufficient to justify you in discountenancing your preparations for invasion, in laying down your arms, if by that expression, M. de Villèle means withdrawing the army of observation.
Leave the Spanish révolution to burn itself out, within its own crater. You hâve nothing to apprehend from the eruption, if you do not open a channel for the lava through the Pyrenees.
Such are my opinions, honestly and sincerely given. Such, Lord Liverpool tells me he believed to be yours before you left this country in the summer. He regrets, as much as he is surprised at the change.
It is not yet too late to save the world from a series of calamities. The key to the flood gâte is yet in your hands. Unlock it, and who
Et quel est le résultat auquel ces réflexions m'amènent? Eh bien ! tout comme d'abord, à un seul, à un seul praticable et salutaire résultat : la paix! la paix ! Si j'ai pensé qu'elle était à désirer pour la France (aussi bien que pour le monde) avant le discours du roi, je le pense doublement depuis. La paix avec honneur ! Certainement votre honneur consiste à obtenir des sécurités, sécurités contre les dangers auxquels vous dites que votre voisinage vous expose. Qu'il en soit ainsi, nous travaillerons avec vous, et pour vous, afin de vous obtenir ces sécurités ; nous vous conseillons de les prendre toutes petites qu'elles soient ; car, en bonne vérité, les Espagnols n'ont pas beaucoup à donner, le voulussent-ils jamais. Mais notre avis est, tout en les prenant, de les vanter beaucoup ; de vous écrier qu'elles sont suffisantes pour justifier la cessation de vos préparatifs d'invasion, et pour mettre bas vos armes, si par cette expression M. de Villèle entend retirer l'armée d'observation.
Laissez la révolution espagnole se consumer d'elle-même dans son propre cratère ; vous n'avez rien à craindre de l'éruption, si vous n'ouvrez pas à la lave un passage à travers les Pyrénées.
Telles sont mes opinions, données avec franchise et sincérité. Lord Liverpool me dit que telles il croyait être les vôtres avant que vous ne quittiez ce pays dans l'été : il regrette votre changement autant qu'il en est surpris.
Il n'est pas encore trop tard pour sauver le monde d'une série de calamités. La clef de l'abîme est encore entre vos mains : ouvrez-le; et qui pourra répondre de shall answer for the extent of devastation? « The beginning o strife is as the letting out of waters. » So says inspired wisdom. Genius is akin to inspiration; and I pray that it may on this occasion profit by the warning of the parable; and pause!
Ever, my dear friend, your friend and your admirer.
Canning
M. Canning a m. de Chateaubriand
London, february 7, 1823
I scarcely know how to write to you to-day, my dear M. de Chateaubriand. I hesitate between the duty of sincerity, and the fear of offence, till I hâve almost a mind not to write at all. But there is no end of such difficulties ; or rather, if such difficulties are suffered to prevail, there is an end of our correspondence. And that, I may say without flattery to you, or vanity on my own part, would, in the présent crisis of affairs, be a national, if not a European misfortune. I write therefore, and will write the truth; subject, I am afraid, to some possible misconstruction and to the risk of what may be distasteful, but with no other intention (ita me Deus adjuvet!), than that of consulting your ease and honour as well as my own, and the
l'étendue de la dévastation ? « Le commencement des querelles est comme l'éruption des eaux, » dit la Sagesse inspirée. Le génie est parent de l'inspiration ; et je prie que, dans cette occasion, il puisse profiter de l'avertissement de la parabole, et s'arrêter !
Pour toujours, mon cher ami, votre ami et votre admirateur.
Je sais à peine comment vous écrire aujourd'hui, mon cher monsieur de Chateaubriand ; j'hésite entre le devoir de la sincérité et la crainte de l'offense, à un point qu'il me vient presque à l'esprit de ne pas écrire du tout. Mais de telles difficultés ne finiraient pas; ou plutôt, si nous laissons prévaloir ces difficultés, c'est notre correspondance qui finira. Et cela, je puis le dire sans flatterie pour vous comme sans vanité pour mon propre compte, serait, dans la crise présente d'affaires, un malheur national, sinon « européen. » J'écris donc, et j'écrirai la vérité; exposé, j'en ai peur, à quelque malentendu, et au risque de paraître désagréable, mais sans aucune autre intention (ita me Deus adjuvet !) que celle de consulter votre convenance et votre honneur aussi bien que les miens, et les intérêts de nos deux gouinterests of both our governments; and in the confidence that, even il you distrust my judgment, you cannot doubt my friendship.
Well then, to begin at once with what is most unpleasant to utter, you hâve united the opinions of this whole nation, as those of one man, against France. You hâve excited against the présent sovereign of that kingdom, the feelings which were directed against the usurper of France and Spain, in 1808, nay, the consent, I am grieved to say, is more perfect now than on that occasion : for then the Jacobins were loath to inculpate their idol; now, they, and the Whigs and Tories, from one end of the country to the other, are all one way. Surely such a spontaneous and universal burst of national sentiment must lead any man, or any set of men, who are acting in opposition to it, to doubt whether they are acting quite right. The government has not on this occasion led the public; quite otherwise. The language of the government has been peculiarly measured and temperate; and its discretion far more guarded than usual; so much so, that the mass of the nation were in suspense as to the opinions of the government, and that portion of the daily press, usually devoted to them, was (for some reasons better known perhaps on your side of the water than on ours) turned in a directly opposite course. I was not without expectation of such an ebullition. M. de Marcellus will probably hâve told you that I did express such an expectation to him, and that I assured him of my perfect conviction that if the word vernements ; dans la confiance enfin que, si vous rejetez mon jugement, vous ne douterez pas de mon amitié.
Eh bien donc! pour commencer par ce qu'il y a de plus déplaisant à prononcer, vous avez uni contre la France les opinions de tout ce peuple comme celles d'un seul homme. Vous avez excité contre le présent souverain de ce royaume les sentiments dirigés contre l'usurpateur de la France et de l'Espagne, en 1808 ; bien plus, l'assentiment, je suis forcé de le dire, est plus parfait à présent qu'il n'était alors ; car alors les jacobins avaient de la répugnance à blâmer leur idole ; maintenant, eux, whigs et torys, d'un bout du pays à l'autre, sont tous du même avis. Sûrement une explosion spontanée et universelle de sentiments nationaux doit amener tout homme, ou toute masse d'hommes agissant en opposition à ces sentiments, à douter si ce qu'on fait est bien. Dans cette occasion, le gouvernement n'a pas conduit le public; il en est tout autrement. Le langage du gouvernement a été particulièrement mesuré et tempéré, et il s'est tenu sur la réserve bien plus que de coutume ; si bien que la masse de la nation était en suspens touchant les opinions du gouvernement, et que la partie de la presse quotidienne qui lui est habituellement dévouée se trouvait (par des raisons mieux connues peut-être de votre côté de l'eau que du nôtre) tournée dans un sens directement opposé. Je n'étais pas sans m'attendre à un tel bouillonnement : M. de Marcellus vous aura probablement dit que je lui avais exprimé mon attente, et que je l'avais assuré de mon entière conviction que si le mo: « neutrality » had found its way into the speech, we should hâve had to combat the combined efforts of all parties in the House of Commons, to get rid of it. Even if you distrust us, what hinders your negociating for yourselves? Only negociate, at least, before you invade.
Ever, my dear M. de Chateaubriand, with the sincerest regard and admiration, yours.
Canning
« neutralité » s'était trouvé placé dans le discours, nous aurions eu à combattre les efforts combinés de tous les partis de la chambre des communes, pour le faire retrancher. Si même vous nous repoussiez, qui vous empêche de négocier pour vous-mêmes ? Seulement, négociez au moins avant d'envahir.
Pour toujours, mon cher monsieur de Chateaubriand, avec l'amitié et l'admiration les plus sincères, votre tout dévoué.
Communication de l'ambassadeur de Russie
Extrait de la dépêche russe au général Pozzo di Borgo du 3115 mars et
des pièces qui s'y trouvent annexées.
L'empereur se flattait encore que la modération prévaudrait dans les conseils du gouvernement anglais, qui ne voudra pas, par une rupture avec la France, s'exposer à détruire tous les liens qui l'unissent au continent. Mais si, contre toute attente, l'Angleterre déclarait la guerre à la France, pour empêcher le gouvernement de Sa Majesté très-chrétienne de rendre à l'Espagne le plus essentiel des services, Sa Majesté impériale autorise son ambassadeur à assurer dès à présent le cabinet des Tuileries que ses intentions ne changent pas, et que, pour sa part, il regarderait l'attaque dirigée contre la France comme une attaque générale contre tous les alliés, et qu'il accepterait, sans hésiter, les conséquences de ce principe.
Certain de cet appui, l'empereur exhorte le roi à consommer ses propres déterminations et à marcher avec confiance contre les hommes des troubles et des malheurs.
Agissant dans cet esprit, l'empereur rappelle la question agitée au congrès relative à la réunion d'une armée russe sur les frontières occidentales de l'Empire comme moyen de sûreté européenne.
Les cabinets alors se séparèrent sans rien arrêter à cet égard ; mais la matière a de nouveau été prise en considération. Sa Majesté impériale est prête à réunir une armée d'observation dans ses Etats.
Extrait de la dépêche du comte de Nesselrode à M. de Tatischeff, en
date du 3/15 mars.
Dans cette dépêche à M. de Tatischeff, l'empereur répond à l'ouverture du roi de Naples. Sa Majesté impériale fait des vœux pour que ce souverain retourne dans ses États, afin de veiller au gouvernement de ses royaumes.
Extrait de la dépêche adressée au comte de Liewen
L'empereur ordonne à son ambassadeur d'exprimer au cabinet britannique les mêmes sentiments; de lui rappeler que, dans des circonstances pareilles, l'opposition avait rencontré d'éloquents adversaires dans les membres du ministère, que lord Liverpool avait été souvent de ce nombre, et qu'il s'était appliqué plus d'une fois à resserrer les liens de l'alliance, qu'il semble méconnaître dans cette circonstance.
Le comte de Liewen a ordre de s'expliquer dans ce sens envers M. Canning, et de lui observer que Sa Majesté impériale a été surprise de voir que l'Angleterre trouvait alarmant dans la bouche du roi de France le principe qu'elle a implicitement admis dans toutes les transactions qui ont eu la France pour objet, et qu'elle déclarait juste et inattaquable en Espagne une cause qu'elle n'a soutenue ni à Naples ni dans le Piémont.
M. de Chateaubriand a m. Canning
Paris, 10 mars 1823.
Il y a bien longtemps, mon honorable ami, que je vous dois une réponse : mon excuse est la multitude des affaires dont je me suis trouvé accablé. Je ne puis reprendre les choses au point où les avait laissées votre lettre, car elles ont fait depuis bien du chemin.
Vous voyez que nous n'avons cessé de temporiser, pour laisser aux hommes sages, à Madrid, l'occasion de mettre, sans effusion de sang, un terme aux malheurs de leur patrie; mais il y a une fin à tout, et vous sentez qu'il serait impossible de prolonger l'état où nous nous trouvons, sans les plus graves inconvénients pour nous ; si, enfin, nous sommes forcés d'entrer en Espagne, soyez certains que nous n'y entrerons qu'avec les intentions les plus pacifiques et le désir sincère d'en sortir promptement, et d'écouter toute proposition propre à faire cesser les calamités de la guerre. Notre affaire avec l'Espagne, si on ne fait rien pour la compliquer, ne remuera rien en Europe. Nous ne demandons rien, nous ne voulons rien, nous ne nous plaignons de personne; car, mon honorable ami, nous aurions pu nous plaindre amicalement de la permission donnée par votre gouvernement pour l'exportation des armes : en défendant l'exportation pour nos côtes, la neutralité eût été la même, et nous aurait été moins désavantageuse. Mais enfin, si cela fait tuer quelques-uns de nos soldats de plus, ils sont accoutumés à faire bon marché de leur vie, et nous en avons un million pour les remplacer; ainsi nous ne vous adressons aucune représentation.
Je pourrais aussi me plaindre un peu de votre amitié ; cependant, si elle n'a pas cru devoir me défendre contre les ignobles et calomnieuses attaques de M. Brougham, c'est qu'elle a eu des raisons particulières. Pour moi, mon honorable ami, si jamais on vous attaque à notre tribune, vous pouvez être sûr qu'aucune raison politique ne m'empêchera de dire tout le bien que je pense de vos talents et de votre caractère.
Continuez-nous, mon honorable ami, votre bienveillance; j'attends, pour vous envoyer un ambassadeur, que la mob ne casse plus les vitres. Quand les radicaux auront fini avec le duc de San-Lorenzo et qu'il sera tombé dans l'oubli, alors peut-être obtiendrons-nous grâce.
Vous connaissez, mon honorable ami, mon entier et parfait dévouement.
A vous de tout cœur,
M. de Chateaubriand au général Guilleminot
Paris, ce 23 mars 1823.
J'ai l'honneur de vous envoyer, général, la proclamation de monseigneur le duc d'Angoulême en français et en espagnol. Nous avons pensé qu'il nous serait impossible de la faire imprimer ici sans qu'on en dérobât quelques exemplaires chez l'imprimeur. Vous la recevrez telle qu'elle a été délibérée au conseil et approuvée du roi, et vous la ferez imprimer à Bayonne dans les deux langues. Vous y mettrez la date : nous pensons qu'elle pourra être datée du 2 ou du 3 avril. Vous en enverrez sur-le-champ une quantité considérable à Perpignan pour l'armée de Catalogne, et vous la ferez répandre avec profusion en Espagne. Le ministre de la guerre pense que l'invasion aura lieu le 7 avril; ainsi la proclamation vous précédera de cinq jours.
M. de Caux, notre agent diplomatique, est arrivé de Berlin. Il partira mardi pour vous rejoindre. Vous en serez content : il a passé une grande partie de sa vie en Espagne, sait l'espagnol comme le français, et joint à une grande modération de caractère l'habitude du travail. M. de Martignac, le commissaire civil, part demain.
Votre grande affaire sera la formation du conseil espagnol. L'archevêque de Tarragone, qui en est nommé président, ne veut ni se séparer de M. Mata-Florida, ni adopter M. Eguia. Celui-ci a les pouvoirs de Ferdinand, et il sera presque impossible de ne pas l'admettre au conseil ; mais, d'un autre côté, son nom épouvante les hommes qui ont pris parti pour les Cortès. J'espère que la présence de monseigneur le duc d'Angoulême arrangera tout cela; il faut aller comme nous pourrons jusqu'à Madrid : arrivés là, nous établirons le gouvernement provisoire, et il sera plus facile de concilier les amours-propres et les intérêts. MM. Erro et Calderon, membres désignés du conseil, qui sont encore ici, partent demain pour Bayonne.
Je parle toujours au ministre de la guerre de ses approvisionnements: il me répond toujours que vous ne manquerez de rien. En attendant, j'invite à tout hasard des hommes d'affaires à faire partir des vaisseaux chargés d'avoine, de fourrages et d'autres approvisionnements pour Bayonne, afin d'y ouvrir un marché en cas de nécessité. Si, comme je l'espère, les ports de la côte espagnole s'ouvrent pour vous, à mesure que vous avancerez en Espagne, vous pourrez par ces ports recevoir beaucoup de secours.
N'épargnez surtout rien, général, pour avoir des places ; non-seulement elles assureront votre marche, mais si elles tombent devant vous à votre entrée en Espagne, l'effet moral de ces redditions sera immense dans la Péninsule. Je ne suis pas sans quelque inquiétude sur la Catalogne. Mina a tout réuni de ce côté, et certainement les réfugiés français et piémontais, joints à des Anglais qui sont arrivés en amateurs, tiendront ferme et peuvent étonner au premier moment nos troupes qui sont jeunes. Ne pensez-vous pas que 1,000 ou 1,200 hommes de la garde auraient été utiles de ce côté? L'Angleterre vient de déclarer sa neutralité, mais nous ne pouvions pas nous attendreà ses bons offices : sans paraître, elle nous fera tout le mal qu'elle pourra. Il sera bien essentiel d'insurger et d'armer les Galices, qui couperont toutes les communications avec la Corogne; c'est là qu'arrivent tous nos mécontents et les secours des radicaux de l'Angleterre. Si on pouvait s'emparer de ce port, ou le faire tomber aux mains des royalistes, ce serait une chose considérable. Peut-être qu'une entreprise par mer réussirait.
Voilà, monsieur le comte, une bien longue lettre. Écrivez-moi, je vous prie, quand vous en aurez le temps, et comptez entièrement sur moi.
Croyez à tout mon dévouement et recevez la nouvelle assurance de ma considération la plus distinguée.
Chateaubriand
M. Gentz a m. de Chateaubriand
Monsieur le vicomte,
Je viens de faire la seconde lecture d'un des plus beaux discours qui aient jamais été prononcés dans une assemblée publique. Il ne me convient presque pas d'en témoigner mon admiration à Votre Excellence : ce serait comme si je n'avais pas prévu qu'elle n'élèverait sa voix dans cette grande question que pour la traiter avec une supériorité décisive. Aussi n'est-ce pas à l'éloquence de ce discours que je paie le tribut de mes hommages ; elle est si inhérente à toutes vos compositions, monsieur le vicomte, elle est d'un genre si caractéristique, et si élevée, que ce n'est pas à propos d'un discours que l'on peut en parler positivement. Mais la force du raisonnement et de la logique, le choix des arguments, l'à-propos des réflexions les plus profondes, la manière victorieuse dont les objections les plus saillantes y sont coulées à fond, voilà ce qui, à mes yeux, constitue le mérite distinctif de ce chef-d'œuvre.
Votre Excellence n'a ni le temps de lire de longues lettres, ni aucun besoin de mes éloges. Je n'entre dans aucune question problématique. C'est un sentiment irrésistible qui me dicte ces lignes ; et c'est une conviction intime qui me fait croire que, si l'expédition d'Espagne est exécutée comme elle vient d'être défendue, elle tournera infailliblement à la gloire de la France et au salut de l'Europe.
Agréez, monsieur le vicomte, l'assurance de tous les sentiments respectueux avec lesquels je suis,
De Votre Excellence,
Le très-obéissant et dévoué serviteur,
Gentz
Vienne, le 8 mars 1823.
L'empereur de Russie a m. de Chateaubriand
Saint-Pétersbourg, ce 13 mars 1823
J'ai reçu, monsieur le vicomte, la lettre que vous m'avez écrite le 1e mars. Vos principes me donnaient les meilleures espérances, et chaque jour fournit une preuve nouvelle de vos honorables intentions. Vous les avez développées è la tribune avec une rare supériorité de talent. La bonne cause a trouvé en vous le plus éloquent défenseur, et profondément convaincu vous-même, vous avez dû, j'aime à le croire, opérer la conviction. Ma franchise habituelle ne me permet pas néanmoins de vous dissimuler un regret: je crois qu'il y a eu méprise dans la manière de nous comprendre. Dans nos entretiens à Vérone, je ne m'étais attaché à vous fournir qu'une juste définition de l'alliance. Identifié à mes alliés, et connaissant leurs pensées les plus intimes, je vous ai exprimé à cet égard nos sentiments communs. Vous avez cité les miens particulièrement, ce qui leur prête un caractère exclusif et particulier. En vous bornant à rapporter la définition des engagements qui unissent les monarques alliés, en la présentant comme celle qu'ils leur donnent tous, vous vous seriez rapproché davantage et de mes désirs et des termes réels de nos conversations1. La nuance est délicate sans doute, mais vous êtes fait pour l'apprécier, et je ne peux m'empêcher de la relever ici, car elle tient aux intérêts de l'alliance. Vous savez qu'à mes yeux ces intérêts sont les premiers de tous.
1 Voyez la page 115 de ce volume. ↩
Croyez, monsieur le vicomte, que je saisirai toujours avec plaisir les occasions de vous réitérer l'assurance de mon estime particulière.
Alexandre
M. de la Ferronnays a m. de Chateaubriand
Saint-Pétersbourg, le 26 mars 1823
Je vous envoie de bien volumineuses dépêches, monsieur le vicomte, et vous trouverez tout simple qu'il me reste peu de chose à ajouter aux détails qu'elles contiennent ; je craindrais d'être accusé d'une trop grande prolixité, si je ne pensais qu'à l'énorme distance qui me sépare de ceux de qui j'attends des conseils et ma direction, il peut importer beaucoup de ne rien laisser ignorer, et que les moindres nuances, les plus minutieux détails peuvent quelquefois avoir leur gravité et leur utilité; j'aime donc mieux encourir le reproche de trop dire que celui de ne pas assez parler, je vous demande seulement pardon de tout l'ennui que vous causera cette longue lecture.
Je crois avoir épuisé, dans mes conversations avec l'empereur et avec son ministre, tous les arguments que l'on peut faire contre les conférences : je n'ai pas la consolation d'y avoir réussi ; l'on y tient plus fortement que jamais.
J'ai reçu des lettres qui me mandent qu'à Vienne les Anglais se démènent de leur mieux, pour donner contre nous et notre bonne foi toutes les préventions possibles ; M. de Metternich se montrerait bien disposé, dit-on, à les accueillir et à les étendre, surtout jusqu'ici; ce serait de la plus mauvaise grâce du monde et avec tous les ménagements que permet la convenance, que le chef du cabinet autrichien se verrait forcé de dire à ses bons amis de Londres que leur conduite n'est dans ce moment ni sage, ni loyale, et que, malgré toute son affection pour eux, il pourrait mal leur arriver de prendre parti contre nous. Il faut que cela ait quelque chose de vrai, que cette partialité pour l'Angleterre soit apparente, puisque tout le monde la voit. Il doit exister entre ces deux cabinets quelques liens secrets dont il serait important de connaître la force et la nature : ce serait un excellent moyen d'ouvrir ici les yeux qui sont jusqu'à présent fascinés de la manière la plus extraordinaire et la plus fâcheuse.