Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
La chapelle expiatoire et les galeries du cloître, square Louis-XVI

Lieux

Cimetière de la Madeleine et chapelle expiatoire

Square Louis-XVI, 29, rue Pasquier, 75008 Paris (entrée de l'ancien cimetière : 48, rue d'Anjou)

Le cimetière où furent jetés Louis XVI et Marie-Antoinette. Chateaubriand assiste à l’exhumation de leurs restes le 18 janvier 1815 ; la chapelle expiatoire s’élève depuis à l’endroit de la fosse.

En bref

Dates18 janvier 1815 : il assiste à l’exhumation des restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette ; 21 janvier 1815 : départ du convoi pour Saint-Denis.
Adresse d’époqueCimetière de la Madeleine, entrée au 48, rue d’Anjou-Saint-Honoré (Biré, Rochegude), à côté de la maison et du jardin de M. Desclozeaux.
Adresse actuelleSquare Louis-XVI et chapelle expiatoire, 29, rue Pasquier, 75008 Paris.
CertitudePrésence attestée par les Mémoires (livres V et XXII) et par son discours du 9 janvier 1816 à la Chambre des pairs, cité par Biré.

Le cimetière des guillotinés

Le cimetière de la Madeleine, ouvert en 1659 sur l’ancien potager des Bénédictines de la Ville-l’Évêque, reçoit les victimes du feu d’artifice de la place Louis XV (1770), les Suisses du 10 août 1792, puis les condamnés du Tribunal révolutionnaire : Louis XVI, Marie-Antoinette, Philippe-Égalité et 1 343 victimes, selon Rochegude (1910).

« Plan du cimetière de la Madeleine dans lequel est le tombeau de S. M. Louis XVI et de la Reine Marie Antoinette, rue d'Anjou n° 48 », et l'explication manuscrite des fosses
« Plan du cimetière de la Madeleine dans lequel est le tombeau de S. M. Louis XVI et de la Reine Marie Antoinette, rue d'Anjou n° 48 », et l'explication manuscrite des fosses — photo Rémi Vernier, 4 janvier 2025 (lieu de conservation à préciser)

Un plan manuscrit, photographié par l’auteur du site, situe chaque fosse. Sa légende pour le n° 4 : « Tombeau de S. M. Louis XVI. le corps du monarque a été mis dans une bière de bois, entourée de chaux. — le 16 8bre 1793, le corps de la Reine a été mis à côté de lui, avec pareille quantité de chaux. »

Un magistrat royaliste voisin, Olivier Desclozeaux, achète le terrain, dont il a vu les inhumations, et marque la place des corps du roi et de la reine (Rochegude ; Biré, note aux Mémoires : « un fidèle royaliste, qui s’était rendu propriétaire de l’ancien cimetière de la Madeleine, pour que les restes du roi et de la reine ne fussent pas profanés »). Les éditions antérieures à Biré l’appellent « Ducluzeau », comme le texte des Mémoires suivi ici.

La date de fermeture du cimetière diverge : le 25 mars 1794 selon Rochegude ; « au mois de mai 1794 » selon la légende du plan manuscrit, d’après laquelle M. Desclozeaux « n’a pu obtenir la fermeture de ce Cimetière qu’au mois de mai 1794 ».

Le tombeau de Louis XVI et de Marie-Antoinette au cimetière de la Madeleine, dans le jardin de M. Desclozeaux
Le tombeau de Louis XVI et de Marie-Antoinette au cimetière de la Madeleine, dans le jardin de M. Desclozeaux — Jean Desaulx, gravure, musée Carnavalet (G.42578) ; Paris Musées, via Wikimedia Commons, CC0
« Tombeau de Louis XVI et de Marie Antoinette » (légende manuscrite), dans le même recueil que le plan
« Tombeau de Louis XVI et de Marie Antoinette » (légende manuscrite), dans le même recueil que le plan — photo Rémi Vernier, 4 janvier 2025 (lieu de conservation à préciser)

Plan du cimetière de la Madeleine, 48, rue d'Anjou, avec la maison et le jardin de M. Desclozeaux
Plan du cimetière de la Madeleine, 48, rue d'Anjou, avec la maison et le jardin de M. Desclozeaux — Léon Leymonnerye, dessin, 29 janvier 1878, musée Carnavalet (D.8021) ; Paris Musées, via Wikimedia Commons, CC0

L’exhumation (janvier 1815)

Louis XVI en grand costume royal
Louis XVI en grand costume royal — Antoine-François Callet, vers 1778-1779 ; Wikimedia Commons, domaine public
Marie-Antoinette, dite « à la rose »
Marie-Antoinette, dite « à la rose » — Élisabeth Vigée Le Brun, 1783 ; Wikimedia Commons, domaine public

En janvier 1815, Louis XVIII fait rechercher les restes de son frère et de sa belle-sœur. Chateaubriand est présent.

« Le 18 janvier furent exhumés les restes de Marie-Antoinette et de Louis XVI. J’assistai à cette exhumation dans le cimetière où Fontaine et Percier ont élevé depuis, à la pieuse voix de madame la Dauphine et à l’imitation d’une église sépulcrale de Rimini, le monument peut-être le plus remarquable de Paris. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage

La date diverge selon les sources : le 18 janvier selon les Mémoires ; « les 18 et 19 janvier 1815 » selon Biré ; « le 20 janvier 1815 » selon Rochegude. La médaille frappée pour l’événement porte les jours XVIII, XIX et XXI de janvier.

Il revient sur la scène au livre V, à propos du sourire que la reine lui avait adressé à Versailles en 1789 :

« Marie-Antoinette, en souriant dessina si bien la forme de sa bouche, que le souvenir de ce sourire (chose effroyable) me fit reconnaître la mâchoire de la fille des rois, quand on découvrit la tête de l’infortunée dans les exhumations de 1815. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage

Un an plus tard, le 9 janvier 1816, il la raconte à la Chambre des pairs :

« J’ai vu, Messieurs, les ossements de Louis XVI mêlés dans la fosse ouverte avec la chaux vive qui avait consumé les chairs, mais qui n’a pu faire disparaître le crime ! J’ai vu le squelette de Marie-Antoinette, intact à l’abri d’une espèce de voûte qui s’était formée au-dessus d’elle, comme par miracle ! La tête seule était déplacée ! »

Chateaubriand, discours à la Chambre des pairs, 9 janvier 1816, cité par Edmond Biré, note aux Mémoires, t. I. · Lire le passage

Médaille de l'exhumation, revers : « Diebus XVIII, XIX et XXI jan. MDCCCXV, corpora Ludovici XVI et Mar. Ant. Aust. conjugis suae detecta, defossa, regiisque atavorum sepulchris reddita. Pietas fraterna »
Médaille de l'exhumation, revers : « Diebus XVIII, XIX et XXI jan. MDCCCXV, corpora Ludovici XVI et Mar. Ant. Aust. conjugis suae detecta, defossa, regiisque atavorum sepulchris reddita. Pietas fraterna » — Bertrand Andrieu, 1815, musée Carnavalet (ND719) ; Paris Musées, via Wikimedia Commons, CC0

Le 21 janvier 1815, jour anniversaire de la mort du roi, le convoi part pour Saint-Denis (voir la fiche Saint-Denis).

« En voyant le catafalque qui partait du cimetière de Ducluzeau, chargé des restes de la reine et du roi, je me sentis tout saisi ; je le suivais des yeux avec un pressentiment funeste. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage

La chapelle expiatoire

Louis XVIII fait poser la première pierre de la chapelle le 21 janvier 1815, à l’endroit de la fosse ; elle est achevée en 1826 (Rochegude ; article « Chapelle expiatoire » de Wikipédia). L’autel de la crypte s’élève « à l’endroit précis où on a découvert en 1815, à la place indiquée par Desclozeaux, les restes du roi et de la reine » (Rochegude). Les Mémoires nomment Fontaine et Percier ; selon l’article de Wikipédia, Percier, qui n’approuvait pas le projet, n’y prit pas part.

« Ce cloître, formé d’un enchaînement de tombeaux, saisit l’imagination et la remplit de tristesse. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage

La duchesse d’Angoulême, « madame la Dauphine » des Mémoires, en suit les travaux (voir sa fiche). Les deux groupes de marbre, L’Apothéose de Louis XVI de Bosio et Marie-Antoinette soutenue par la Religion de Cortot, sont installés dans la nef en 1834-1835 (panneau exposé dans la chapelle).

L'Apothéose de Louis XVI, groupe de François-Joseph Bosio, dans la nef
L'Apothéose de Louis XVI, groupe de François-Joseph Bosio, dans la nef — photo Rémi Vernier, 3 avril 2024
Marie-Antoinette soutenue par la Religion, groupe de Jean-Pierre Cortot, dans la nef
Marie-Antoinette soutenue par la Religion, groupe de Jean-Pierre Cortot, dans la nef — photo Rémi Vernier, 3 avril 2024

L'autel de la crypte, élevé à la place où furent retrouvés les restes du roi et de la reine (Rochegude)
L'autel de la crypte, élevé à la place où furent retrouvés les restes du roi et de la reine (Rochegude) — photo Rémi Vernier, 3 avril 2024

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V et XXII
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Plan manuscrit du cimetière de la Madeleine et son explication, photographiés par l’auteur du site le 4 janvier 2025 (lieu de conservation à préciser)
Panneaux exposés dans la chapelle expiatoire, relevés par l’auteur du site le 3 avril 2024
Article « Chapelle expiatoire », Wikipédia (lire en ligne)

Ajouter un commentaire

Les informations de cette page sont aussi précises que possible, mais des erreurs ont pu s'y glisser. N'hésitez pas à utiliser ce champ pour en signaler une, proposer une source ou démarrer une conversation.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *