Lettre n° XLVI de la correspondance publiée en 1903. « Mon cher maître, j’espère que cette lettre ira vous trouver dans votre route. »
La lettre
À Chateaubriand, H…, 23 septembre 1828
Mon cher maître, j’espère que cette lettre ira vous trouver dans votre route. L’époque de votre fête et de votre jour de naissance s’approche. J’ai vu dans l’Itinéraire que c’est le 4 d’octobre, jour de Saint François. Je ne veux pas perdre l’occasion de faire comme ceux que vous aimez. Comme eux, je vous souhaite une bonne fête, et c’est avec un cœur plein des meilleurs sentiments pour vous. Puissiez-vous ne conserver dans votre éloignement que des souvenirs doux et tendres! Puissiez-vous trouver, sur les bords étrangers qui vont vous retenir, la santé, la paix, et la joie! Je vous envoie une violette des rives ignorées où vous êtes aimé. Lorsqu’elle vous parviendra, ses couleurs se seront effacées, ses parfums se seront perdus, mais le cœur de votre amie n’aura pas changé.
L’entier rétablissement de maman m’a permis de revoir ma solitude. Après deux mois et demi d’absence, j’y suis rentrée dépouillée d’espérances chéries, le cœur meurtri de peines présentes et surchargé de regrets; vous avez dit quelque part que Dieu n’approuve pas les préférences exclusives, et je le reconnais, au profond abattement de mon âme. Si vous voulez me soutenir, envoyez-moi de Rome une prière faite par vous et écrite de votre main, que je puisse attacher dans un livre d’heures!
J’ai reçu votre lettre de Paris 13 septembre, veille de votre départ: j’y répondrai quand vous serez à Rome.
Adieu, monsieur le vicomte; adieu, mon maître trop admiré et trop chéri! Ne m’oubliez pas!
MARIE.
Violette odorante de la lisière du bois des pins, sur les bords de l’Érieu.
H…, 23 septembre 1828.
Un dernier amour de René. Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…, 1903 (lire sur le site) · Lire le passage