Il reçoit le long récit de l’enfance et du mariage malheureux de sa correspondante.
« J’ai lu et relu votre terrible et touchante histoire. »
Chateaubriand à la marquise de Vichet, Paris, 28 mai 1828 (lire sur le site). · Lire le passage
Voir le dossier de la marquise de Vichet pour le contenu de sa lettre du 18 mai.
La lettre
De Chateaubriand, Paris, 28 mai 1828
J’ai lu et relu votre terrible et touchante histoire. Mais votre comtesse de Ganges est-elle la marquise de Ganges? Je n’ose le croire. Non, cela n’est pas possible! Et ce fils dont vous me parlez tout à coup, pourquoi a-t-il disparu, pourquoi revient-il? Vous m’en dites trop ou trop peu. Et quand reçois-je ces confidences? à l’instant où ma vie change encore une fois, où ma bizarre destinée me rappelle encore sur la scène du monde et me pousse hors de ma patrie. Ne vous verrai-je donc jamais? Je vais à Rome. Y viendrez-vous? Pouvez-vous y venir? Puis-je vous rencontrer sur la route? Moi-même serai-je longtemps dans cet exil? Suis-je longtemps quelque part? La roue de ma fortune tourne encore plus vite que ne passent mes années, qui touchent à leur terme.
Je suis, je vous assure, tout bouleversé de votre lettre et de ma nouvelle position. J’attends avec impatience une lettre de vous. Je demande peut-être de la force à la faiblesse: mais deux roseaux s’appuient mutuellement.
Il me serait impossible d’écrire quelques lignes de plus. Votre histoire me poursuit comme un mauvais songe. Quelle femme ai-je donc rencontrée? Venez à moi! L’abri n’est pas bien sûr, mais on se cache quelquefois dans des ruines.
J’aime celle qui ne m’est plus inconnue que de visage.
Un dernier amour de René. Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…, 1903 (lire sur le site) · Lire le passage