Née de Sabran, sauvée de l’échafaud en 1794, veuve du fils du général de Custine, mère d’Astolphe de Custine. Liaison à partir de 1803 ; elle achète Fervaques le 27 octobre 1803 et l’y reçoit à partir d’août 1804.
Le voyage d’Orient (1806) met fin à la liaison ; leur amitié dure jusqu’à sa mort, à Bex, en 1826.
En bref
| Naissance | 18 mars 1770 — Paris |
|---|---|
| Mort | 13 juillet 1826 — Bex |
| Lien | Liaison de 1803 à 1806 (voyage d’Orient), puis amitié jusqu’à sa mort ; fille de la comtesse de Sabran, belle-fille du général de Custine (guillotiné en 1793), veuve de son fils (guillotiné en 1794), mère d’Astolphe de Custine. |
| Lieux | Paris (rue Martel en 1803) ; Fervaques (Calvados), acheté le 27 octobre 1803 : séjours en août et à l’automne 1804, juin 1806, novembre 1821 ; il y couche dans la chambre d’Henri IV. |
| Lettres | Billets de 1803 publiés par Bardoux (1888) ; quarante lettres de 1804 à 1823 publiées par Robethon (1893), d’après les originaux qu’elle avait gardés. |
| Mort | Bex (Valais), 13 juillet 1826 ; inhumée à Fervaques ; il entend son cercueil passer la nuit dans les rues de Lausanne (Mémoires, livre XIV, chapitre 1). |
| Dans les Mémoires | 8 mentions (relevé automatique) : livres XIV (1) ; XXIII (10) ; XXVIII (10) ; XXIX (2) ; XXXVI (11). |
| Référence | Wikidata Q42529327 |
| Correspondance | 54 lettres dans la Correspondance (6 écrites, 48 reçues). |
Delphine de Sabran (1770-1792)
« Louise-Éléonore-Mélanie-Delphine de Sabran, marquise de Custine, était née à Paris, le 18 mars 1770. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Sa mère, la comtesse de Sabran, est l’amie du chevalier de Boufflers, qui l’épousera en émigration, à Breslau, en 1797 ; Boufflers appelle Delphine « la reine des roses » (Bardoux).

« Les négociations, commencées en janvier 1786, n’aboutirent qu’en juillet 1787. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Elle épouse alors François-Philippe de Custine, fils du général ; un fils leur naît, Astolphe (Bardoux).

La Terreur (1793-1794)
Le général de Custine, son beau-père, est guillotiné le 28 août 1793 ; elle avait obtenu de le revoir dans sa prison (Bardoux).
« Sa belle-fille obtint de le revoir une dernière fois. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.

Son mari est jugé à son tour pour avoir défendu son père :
« Par une froide journée, le 4 janvier 1794, la charrette conduisit Philippe de Custine sur la place de la Révolution. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Elle tente de fuir sous l’habit d’une marchande de dentelles, est arrêtée et conduite aux Carmes :
« […] ils la mènent rue de Vaugirard, aux Carmes, dans ce couvent changé en prison, et dont les murs étaient encore teints du sang des victimes massacrées le 2 septembre 1792. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.

Elle y partage la captivité de Joséphine de Beauharnais ; Alexandre de Beauharnais, l’ami du général, lui remet avant l’échafaud un talisman arabe monté en bague (Bardoux). Un maître maçon jacobin, Gérôme, commissaire du comité, s’éprend d’elle et retarde son procès ; son fils l’a raconté :
« Une fois le nom de ma mère se trouva le premier ; Gérôme frémit et le remit sous les autres. »
Astolphe de Custine, cité par Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
« Au moment, où le 9 thermidor arriva, il ne restait plus que trois feuilles dans le carton de Fouquier-Tinville. »
Astolphe de Custine, cité par Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Chateaubriand s’en souviendra en passant par Bex :
« Elle avait été célèbre au tribunal révolutionnaire par sa longue chevelure. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 3. · Lire le passage
« […] elle parvint par son énergie, et aussi par la sympathie qu’elle sut inspirer à Fouché lui-même, à reconquérir en partie ses biens confisqués […] »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
1803 : les billets
Où se sont-ils rencontrés ? Bardoux le dit :
« Ce ne fut pourtant pas dans le salon de Corinne, mais chez Mme de Rosambo, une de ses compagnes des Carmes, et alliée au frère aîné de Chateaubriand, que Mme de Custine vit celui-ci pour la première fois. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Robethon croit la rencontre plus ancienne, et la reconnaît dans une page des Mémoires sur les billets parfumés qui suivirent le Génie :
« […] comment on ramassait une enveloppe suscrite par moi, et comment, avec rougeur, on la cachait, en baissant la tête, sous le voile tombant d’une longue chevelure. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 6. · Lire le passage
Au printemps de 1803, nommé à Rome, il lui écrit des billets pressants, rue Martel, faubourg Poissonnière ; Mlle de Saint-Léon porte les réponses (Bardoux). Elle est venue le voir à son hôtel :
« Mais une sainte apparition qui m’a visité dans ma demeure m’a rendu l’éloignement insupportable. Songez, je vous en prie, à ce château d’Henri IV, cela peut me consoler. »
Chateaubriand à Mme de Custine, 1803, cité par Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
Il lui demande aussi de venir à Rome. Robethon le juge sévèrement :
« Ainsi Chateaubriand, avec une légèreté difficile à justifier, convoquait simultanément trois personnes à le suivre dans la Ville éternelle: Madame de Chateaubriand, Madame de Beaumont et Madame de Custine. »
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
C’est Pauline de Beaumont qui partit. Pendant son absence, Delphine achète Fervaques :
« […] elle acheta, le 27 octobre 1803, près de Lisieux, le château et le domaine de Fervaques […] »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888.
Les lettres de Rome ne se sont pas retrouvées (Robethon).
Rue de Miromesnil, 1804
Rentré en février 1804, réuni à Céleste rue de Miromesnil, il reprend la liaison ; il soumet d’abord à Mme de Custine sa lettre de démission après l’exécution du duc d’Enghien (Robethon). Elle conserva quarante de ses lettres, numérotées de sa main pour les premières :
« Toutes ces lettres sont de la main même de Chateaubriand, de cette grande écriture dont on ne peut plus oublier les traits quand on les a vus une fois. »
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« Ce sera comme dans un conte de fée : Il voyagea bien loin, bien loin (et les enfants aiment qu’on appuie sur le mot loin), et il arriva à Fervaques […] »
Chateaubriand à Mme de Custine, Paris, mercredi 30 mai 1804, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« Je vous porterai les deux premiers livres de certains martyrs de Dioclétien dont vous n’avez aucune idée. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Paris, 29 prairial [an XII] (18 juin 1804), publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
En juillet, il lui reproche d’avoir parlé d’un service qu’il lui avait demandé de Rome :
« Ces choses-là tiennent à l’honneur […] »
Chateaubriand à Mme de Custine, lundi 16 juillet [1804], publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Fervaques, août 1804
« Me voilà à Mantes, c’est-à-dire à quinze lieues plus près de vous. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Mantes, 15 août [1804], publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« J’aime à vous aimer ; c’est Madame de Sévigné qui dit cela. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Mantes, 15 août [1804], publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage

« J’assistai à sa prise de possession de Fervaques, et j’eus l’honneur de coucher dans le lit du Béarnais […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 1. · Lire le passage
« Il fallait embarquer dans la voiture Astolphe de Custine enfant, M. Berstecher, le gouverneur, une vieille bonne alsacienne ne parlant qu’allemand, Jenny la femme de chambre, et Trim, chien fameux qui mangeait les provisions de la route. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 1. · Lire le passage
« […] j’occupais la chambre de ce Henri IV ; mon lit était énorme : le Béarnais y avait dormi avec quelque Florette ; j’y gagnai le royalisme, car je ne l’avais pas naturellement. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 11. · Lire le passage
Il lit sur une cheminée les vers attribués à Henri IV, « La dame de Fervaques / Mérite de vives attaques » (Mémoires, livre XIV, chapitre 1). Chênedollé les rejoint. De retour à Paris :
« Je regrette Fervaques, les carpes, vous, Chênedollé, et même Madame Auguste. »
Chateaubriand à Mme de Custine, lundi 3 septembre [1804], publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Elle lui reproche l’oubli d’un souvenir :
« […] qu’au milieu de votre nombreuse énumération, il n’y ait pas eu le plus petit mot pour la grotte et pour le petit cabinet orné de deux myrtes superbes […] »
Mme de Custine à Chateaubriand, 1804, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Les plaintes (1804-1805)
Il revient à Fervaques à l’automne ; de Villeneuve-sur-Yonne, chez Joubert, il répond à ses reproches :
« J’ai été deux fois vous voir contre tout sens commun […] »
Chateaubriand à Mme de Custine, Villeneuve-sur-Yonne, 9 novembre 1804, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« […] sachez-moi un peu de bien de mes voyages, que, je vous le proteste, je n’aurais pas faits pour d’autres que pour vous. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Villeneuve-sur-Yonne, 9 novembre 1804, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Juin 1806 : l’adieu
En juin 1806, il vient lui dire adieu à Fervaques avant son voyage d’Orient. Elle écrit à Chênedollé :
« Le Génie est ici depuis quinze jours ; il part dans deux, et ce n’est pas un départ ordinaire, ce n’est pas un voyage ordinaire non plus. Cette chimère de Grèce est enfin réalisée. Il part pour remplir ses vœux et détruire tous les miens. »
Mme de Custine à Chênedollé, Fervaques, 24 juin 1806, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Il quitte la France le 13 juillet 1806, impatient, écrit Bardoux, de rejoindre celle dont il est alors épris (voir la fiche de Natalie de Noailles). Bardoux recueille un mot de Mme de Custine, bien des années après, devant « un confident du passé » :
« Voilà le cabinet où je le recevais. — C’est donc ici qu’il a été à vos genoux ? — C’était peut-être moi qui étais aux siens. »
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888. · Lire le passage dans Hippolyte Buffenoir, De Châteaubriand à Ernest Renan
L’amitié (1806-1820)
Elle « continua d’être son amie pendant vingt ans » (Bardoux). Sous la Restauration, elle reçoit Fouché, avec qui elle correspond de 1814 à 1816 (Bardoux) :
« Après les Cent-Jours, madame de Custine me força de dîner chez elle avec Fouché. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 10. · Lire le passage
Fervaques retrouvé (1821-1823)
« J’aime ses murs, ses eaux et son antique chambre de Henri IV […] »
Chateaubriand à Mme de Custine, Paris, 20 octobre 1821, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« A vous cet attachement qui vous poursuit partout et dont je vous accable depuis je ne dirai pas combien d’années. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Paris, 20 octobre 1821, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Il y passe quatre jours en novembre :
« J’ai laissé la paix et le bonheur à Fervaques. »
Chateaubriand à Mme de Custine, mardi 27 novembre 1821, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Ambassadeur à Londres, il accueille Astolphe :
« Je suis comblé dans ce pays, mais j’aime mieux Fervaques. »
Chateaubriand à Mme de Custine, Londres, 2 juillet 1822, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
« M. le marquis de Custine, dont j’avais vu l’enfance à Fervaques […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 5. · Lire le passage

Ministre des Affaires étrangères, il tente encore de venir la voir en novembre 1823 ; sa voiture casse et un courrier le rappelle. À Noël :
« Ne croyez pas que je vous oublie et que vous n’êtes dans ma vie au nombre de mes plus doux et de mes plus impérissables souvenirs. »
Chateaubriand à Mme de Custine, mercredi 24 décembre 1823, publiée par Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Bex, juillet 1826
« J’ai vu celle qui affronta l’échafaud d’un si grand courage, je l’ai vue, plus blanche qu’une Parque, vêtue de noir, la taille amincie par la mort, la tête ornée de sa seule chevelure de soie, je l’ai vue me sourire de ses lèvres pâles et de ses belles dents, lorsqu’elle quittait Sécherons, près Genève, pour expirer à Bex, à l’entrée du Valais […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 1. · Lire le passage
Le gouverneur d’Astolphe lui écrit :
« C’en est fait, monsieur, votre amie n’existe plus ; elle a rendu son âme à Dieu, sans agonie, ce matin à onze heures moins un quart. »
Berstoecher à Chateaubriand, Bex, 13 juillet 1826, cité dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 10. · Lire le passage
« […] j’ai entendu son cercueil passer la nuit dans les rues solitaires de Lausanne, pour aller prendre sa place éternelle à Fervaques […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 1. · Lire le passage
En 1833, sur la route d’Italie :
« A Bex, tandis qu’on attelait à ma voiture les chevaux qui avaient peut-être traîné le cercueil de madame de Custine, j’étais appuyé contre le mur de la maison où était morte mon hôtesse de Fervaques. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 3. · Lire le passage
« Fervaques a été vendu. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 1.
Divergences entre les sources
Première rencontre : chez Mme de Rosambo (Bardoux) ; peut-être dès 1801 (hypothèse de Robethon, d’après les Mémoires). Prise de possession de Fervaques : les Mémoires disent qu’il y assista ; elle acheta le domaine le 27 octobre 1803 (Bardoux), quand il était à Rome, et son premier séjour connu est d’août 1804. Fin de la liaison : le voyage d’Orient de 1806 ; Bardoux parle d’« abandon », Robethon conteste le « lâche abandon » dont on accuse Chateaubriand. Lettres : celles de 1803 publiées par Bardoux, quarante de 1804 à 1823 par Robethon ; celles de Rome sont perdues.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 6 ; livre XIV, chapitre 1 ; livres XXIII, XXVII, XXVIII, XXXVI et XXXIX
Agénor Bardoux, « Madame de Custine », Revue des Deux Mondes, 1888, t. 85 et 86 (lettres de 1803, récit de son fils sur la Terreur) (lire en ligne)
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine : épisodes et correspondance inédite, Plon, 1893 (quarante lettres de Chateaubriand, 1804-1823) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XIV, XXVIII et XXXIX
Georges Collas, « Veuve d’un vivant… (1792-1804) », Annales de Bretagne, 1958 (lire en ligne)

