Le cimetière où furent jetés Louis XVI et Marie-Antoinette. Chateaubriand assiste à l’exhumation de leurs restes le 18 janvier 1815 ; la chapelle expiatoire s’élève depuis à l’endroit de la fosse.
En bref
| Dates | 18 janvier 1815 : il assiste à l’exhumation des restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette ; 21 janvier 1815 : départ du convoi pour Saint-Denis. |
|---|---|
| Adresse d’époque | Cimetière de la Madeleine, entrée au 48, rue d’Anjou-Saint-Honoré (Biré, Rochegude), à côté de la maison et du jardin de M. Desclozeaux. |
| Adresse actuelle | Square Louis-XVI et chapelle expiatoire, 29, rue Pasquier, 75008 Paris. |
| Certitude | Présence attestée par les Mémoires (livres V et XXII) et par son discours du 9 janvier 1816 à la Chambre des pairs, cité par Biré. |
Le cimetière des guillotinés
Le cimetière de la Madeleine, ouvert en 1659 sur l’ancien potager des Bénédictines de la Ville-l’Évêque, reçoit les victimes du feu d’artifice de la place Louis XV (1770), les Suisses du 10 août 1792, puis les condamnés du Tribunal révolutionnaire : Louis XVI, Marie-Antoinette, Philippe-Égalité et 1 343 victimes, selon Rochegude (1910).

Un plan manuscrit, photographié par l’auteur du site, situe chaque fosse. Sa légende pour le n° 4 : « Tombeau de S. M. Louis XVI. le corps du monarque a été mis dans une bière de bois, entourée de chaux. — le 16 8bre 1793, le corps de la Reine a été mis à côté de lui, avec pareille quantité de chaux. »
Un magistrat royaliste voisin, Olivier Desclozeaux, achète le terrain, dont il a vu les inhumations, et marque la place des corps du roi et de la reine (Rochegude ; Biré, note aux Mémoires : « un fidèle royaliste, qui s’était rendu propriétaire de l’ancien cimetière de la Madeleine, pour que les restes du roi et de la reine ne fussent pas profanés »). Les éditions antérieures à Biré l’appellent « Ducluzeau », comme le texte des Mémoires suivi ici.
La date de fermeture du cimetière diverge : le 25 mars 1794 selon Rochegude ; « au mois de mai 1794 » selon la légende du plan manuscrit, d’après laquelle M. Desclozeaux « n’a pu obtenir la fermeture de ce Cimetière qu’au mois de mai 1794 ».



L’exhumation (janvier 1815)


En janvier 1815, Louis XVIII fait rechercher les restes de son frère et de sa belle-sœur. Chateaubriand est présent.
« Le 18 janvier furent exhumés les restes de Marie-Antoinette et de Louis XVI. J’assistai à cette exhumation dans le cimetière où Fontaine et Percier ont élevé depuis, à la pieuse voix de madame la Dauphine et à l’imitation d’une église sépulcrale de Rimini, le monument peut-être le plus remarquable de Paris. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
La date diverge selon les sources : le 18 janvier selon les Mémoires ; « les 18 et 19 janvier 1815 » selon Biré ; « le 20 janvier 1815 » selon Rochegude. La médaille frappée pour l’événement porte les jours XVIII, XIX et XXI de janvier.
Il revient sur la scène au livre V, à propos du sourire que la reine lui avait adressé à Versailles en 1789 :
« Marie-Antoinette, en souriant dessina si bien la forme de sa bouche, que le souvenir de ce sourire (chose effroyable) me fit reconnaître la mâchoire de la fille des rois, quand on découvrit la tête de l’infortunée dans les exhumations de 1815. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage
Un an plus tard, le 9 janvier 1816, il la raconte à la Chambre des pairs :
« J’ai vu, Messieurs, les ossements de Louis XVI mêlés dans la fosse ouverte avec la chaux vive qui avait consumé les chairs, mais qui n’a pu faire disparaître le crime ! J’ai vu le squelette de Marie-Antoinette, intact à l’abri d’une espèce de voûte qui s’était formée au-dessus d’elle, comme par miracle ! La tête seule était déplacée ! »
Chateaubriand, discours à la Chambre des pairs, 9 janvier 1816, cité par Edmond Biré, note aux Mémoires, t. I. · Lire le passage

Le 21 janvier 1815, jour anniversaire de la mort du roi, le convoi part pour Saint-Denis (voir la fiche Saint-Denis).
« En voyant le catafalque qui partait du cimetière de Ducluzeau, chargé des restes de la reine et du roi, je me sentis tout saisi ; je le suivais des yeux avec un pressentiment funeste. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
La chapelle expiatoire
Louis XVIII fait poser la première pierre de la chapelle le 21 janvier 1815, à l’endroit de la fosse ; elle est achevée en 1826 (Rochegude ; article « Chapelle expiatoire » de Wikipédia). L’autel de la crypte s’élève « à l’endroit précis où on a découvert en 1815, à la place indiquée par Desclozeaux, les restes du roi et de la reine » (Rochegude). Les Mémoires nomment Fontaine et Percier ; selon l’article de Wikipédia, Percier, qui n’approuvait pas le projet, n’y prit pas part.
« Ce cloître, formé d’un enchaînement de tombeaux, saisit l’imagination et la remplit de tristesse. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
La duchesse d’Angoulême, « madame la Dauphine » des Mémoires, en suit les travaux (voir sa fiche). Les deux groupes de marbre, L’Apothéose de Louis XVI de Bosio et Marie-Antoinette soutenue par la Religion de Cortot, sont installés dans la nef en 1834-1835 (panneau exposé dans la chapelle).



Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V et XXII
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Plan manuscrit du cimetière de la Madeleine et son explication, photographiés par l’auteur du site le 4 janvier 2025 (lieu de conservation à préciser)
Panneaux exposés dans la chapelle expiatoire, relevés par l’auteur du site le 3 avril 2024
Article « Chapelle expiatoire », Wikipédia (lire en ligne)
