Premier logis parisien : une chambre d’hôtel garni, à la fin de l’été 1786, puis un appartement sur rue dans le même hôtel, de l’automne 1786 à la présentation à la cour (février 1787).
En bref
| Adresse d’époque | Hôtel de l’Europe, rue du Mail, quartier Montmartre (rive droite). Les Mémoires ne donnent pas de numéro. |
|---|---|
| Adresse actuelle | Rue du Mail, 75002 Paris ; l’immeuble de l’hôtel n’est pas identifié (aucune des sources consultées ne le situe). |
| Occupation | 1) quelques jours à l’arrivée de Bretagne, à la fin de l’été 1786 (date déduite : il rejoint ensuite le régiment de Navarre à Cambrai, où il apprend la mort de son père, survenue le 6 septembre 1786) ; 2) de l’automne 1786 au début de 1787 : il est présenté au roi le 19 février 1787 et y revient « cacher sa gloire ». |
| Logement | 1re fois : chambre au troisième étage, sur une petite cour intérieure « profonde comme un puits », avec alcôve et papier peint ; son cousin Moreau exige qu’on le descende « au moins d’un étage ». 2e fois : « un appartement un peu plus grand et donnant sur la rue », à la porte de son ancienne chambre. |
| Avec qui | Seul. Il y est amené par Mme Rose, voyageuse rencontrée dans la diligence ; son frère Jean-Baptiste et le cousin Moreau viennent l’y chercher. Son frère loge rue des Fossés-Montmartre ; sa sœur Julie de Farcy, venue consulter les médecins, habite un couvent. |
| Ce qu’il y fait | Il traduit l’Odyssée et la Cyropédie jusqu’à deux heures, dîne chez son frère à trois heures, va au spectacle le soir. |
| Certitude | Faits établis par les seuls Mémoires (livre IV, chapitres 1, 2, 8 et 9). Dates de la première arrivée : probables. |
Le lieu
Rue de la rive droite, entre la place des Victoires et la rue Montmartre, dans le quartier des messageries.
Histoire
Les voitures publiques venues de province déposaient leurs voyageurs dans ce quartier. Bonaparte y logera lui aussi en 1795, comme le relèvent les Mémoires. Arrivé de Bretagne à Paris avec madame Rose, le jeune Chateaubriand est conduit à l’hôtel de l’Europe, rue du Mail, où elle s’empresse de se débarrasser de lui. Les Mémoires remarquent plus tard que Bonaparte logea lui aussi dans cette rue.
La chambre du troisième étage (1786)
Le récit de l’arrivée, au livre IV, est l’une des rares descriptions précises d’un logement dans les Mémoires :
« Madame Rose se fit conduire rue du Mail à l’Hôtel de l’Europe, et s’empressa de se débarrasser de son imbécile. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 1. · Lire le passage
« Une femme monta devant moi un escalier noir et raide, tenant une clef étiquetée à la main ; un Savoyard me suivit portant ma petite malle. Arrivée au troisième étage, la servante ouvrit une chambre […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage
« Je me hasardai à mettre la tête à la fenêtre : je n’aperçus qu’une petite cour intérieure profonde comme un puits, où passaient et repassaient des gens qui ne songeraient de leur vie au prisonnier du troisième étage. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage
« Je vins me rasseoir auprès de la sale alcôve ou je me devais coucher, réduit à contempler les personnages du papier peint qui en tapissait l’intérieur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage
Son frère et le cousin Moreau arrivent le soir même ; le cousin s’indigne du logement :
« Le cousin Moreau tempêta au sujet de ma mauvaise chambre, et enjoignit à mon hôte de me faire descendre au moins d’un étage. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage
L’appartement sur la rue (automne 1786 – février 1787)
Revenu de Bretagne après la mort de son père pour être présenté à la cour, il retourne au même hôtel :
« J’entrai dans Paris par le chemin que j’avais suivi la première fois ; j’allai descendre au même hôtel, rue du Mail : je ne connaissais que cela. Je fus logé à la porte de mon ancienne chambre, mais dans un appartement un peu plus grand et donnant sur la rue. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 8. · Lire le passage
« Il demeurait rue des Fossés−Montmartre ; j’allais tous les jours dîner chez lui à trois heures […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 8. · Lire le passage
« A quatre heures, je rentrais chez moi ; je m’asseyais derrière ma croisée. Deux jeunes personnes de quinze ou seize ans, venaient à cette heure dessiner à la fenêtre d’un hôtel bâti en face, de l’autre côté de la rue. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 8. · Lire le passage
Après la présentation du 19 février 1787, c’est encore là qu’il se réfugie :
« Je me hâtai de venir cacher ma gloire dans mon hôtel garni, heureux d’être échappé à la Cour […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 9. · Lire le passage
La rue du Mail dans les Mémoires
Chateaubriand note plus loin que Bonaparte, en 1795, logea dans la même rue (la coïncidence vient de lui) :
« Bonaparte, accouru à Paris, se logea rue du Mail, rue où je débarquai en arrivant de Bretagne avec madame Rose. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIX, chapitre 9. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitres 1, 2, 8 et 9 ; livre XIX

