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L'Enchanteur 1768—1848
Un dernier amour de René XXXIX. Mme de V… → Chateaubriand, 22 août 1828, La Voulte

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…

XXXIX. Mme de V… → Chateaubriand, 22 août 1828, La Voulte

Un dernier amour de René · 1 min de lecture · p. 146–147 · chapitre 44 sur 80

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Perrin, 1903, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La Voulte, 22 août 1828.

Mon ami, la convalescence de ma pauvre maman languit. Cependant, je ne vous oublie pas. Ah! soyez-en reconnaissant, c'est la plus tendre preuve d'attachement que je vous aie encore offerte !

J'ai relu votre dernière lettre, et j'y ai remarqué un doute qui ne m'avait pas arrêtée d'abord, parce que je ne puis comprendre tout de suite que vous ne compreniez pas mes sentiments. Cependant, en y regardant, je trouve que, malheureusement pour nous, vous êtes un pauvre ami qui n'a pas bien le temps d'aimer. Il faut donc tout vous dire, et prendre au pied de la lettre ce que vous dites, même ceci : « Vous vous ennuyez peut-être de m'écrire? vous trouvez peut-être mes lettres trop régulières?... » Puisque j'avais laissé en arrière la réponse à ces injustices, je veux bien en faire une aujourd'hui. Emportez-la dans votre cœur, s'il y a place pour Marie !

Vos lettres sont ce que je désire le plus, et la seule chose qui puisse me faire plaisir.

Ainsi donc, s'il reste quelque chose de ces apparitions d'amitié, et même de tendresse, qui, depuis près d'un an, m'ont fait vivre dans un songe si doux, réglez notre correspondance, et n'oubliez plus ce que vous êtes pour moi!

Adieu, mon maître bien-aimé !

Marie.

P.-S. J'avais depuis longtemps une demande à vous faire ; j'ai eu tort d'attendre le dernier moment. Je n'osais, je ne sais pourquoi, car un grand nombre de vos amis possèdent ce que je désire. N'avez-vous pas autour de vous quelque esquisse, quelque lithographie, qui puisse me donner une idée de vos traits et de votre regard? Ordonnez qu'on me l'envoie ! Elle me servira d'appui dans ce moment ; et, s'il me faut abandonner ma retraite chérie et menacée, que je ne puis garantir, j'y laisserai cette chère image, comme pour la protéger et lui porter bonheur.