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L'Enchanteur 1768—1848
Un dernier amour de René XLI. Mme de V… → Chateaubriand, 30 août 1828, La Voulte

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…

XLI. Mme de V… → Chateaubriand, 30 août 1828, La Voulte

Un dernier amour de René · 2 min de lecture · p. 149–150 · chapitre 46 sur 80

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Perrin, 1903, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La Voulte, 30 août 1828.

Je reçois la lettre que vous m'avez fait écrire. Je l'ai lue sans la comprendre d'abord, tant a été grand le trouble que m'a causé l'absence de votre écriture. Aimer c'est vivre, avais-je toujours pensé. Ah ! je crois maintenant qu'aimer c'est souffrir! Vous voilà malade au moment de partir! Je craignais pour vous la malaria de Rome et les chaleurs, et vous allez affronter tout cela lorsque vous serez à peine en convalescence !... Hélas ! mon pauvre maître, faut-il donc que vous vous exposiez à mourir pour cette fatale politique ? Est-il donc impossible que vous fassiez comme les autres? Ne pouvez-vous prendre du repos chez vous, ou aller chercher la santé à quelque source salutaire, dans quelque température douce et pure ? Ne pouvez-vous attendre la fin de septembre? Les chaleurs sont encore affreuses ici, jugez de l'Italie! Mais les vœux sont inutiles, les prières sont vaines, la résignation s'épuise, il faut souffrir sans en avoir la force. Hélas ! que fais-je sur la terre? Sans consolation, sans appui, inconnue à ce que j'ai de plus cher ! C'est de la chambre de ma mère, et à l'aide d'un faible rayon de jour, que je vous écris ; d'épais rideaux lui cachent ma présence... mes soins timides sont sans succès, elle s'affaiblit, elle souffre de plus en plus. J'ai la double tâche de préparer son âme à l'avenir, qui l'effraie et me navre, et de la garantir des assauts dangereux qui la troubleraient sans la consoler. O mon maître, où êtes-vous ?

Le 25 août, le jour même où vous m'avez fait écrire, vous aurez reçu ma lettre du 22. Puissiez-vous y répondre vous-même, ainsi qu'à la précédente !

Reviendrez-vous cet hiver? Prévoyez-vous de pouvoir tenir votre promesse? Me conseillez-vous d'aller à Paris en octobre? Aurai-je de vous une image quelconque? M'oublierez-vous ? et cette correspondance mélancolique lassera-t-elle votre cœur ? Quoi qu'il en soit, ne me laissez pas sans nouvelles pendant votre voyage! Je ne suis pas moins tendre que le vieux modèle de La Fontaine, et, comme à lui, un songe, un rien, tout me fait peur quand il s'agit de ce que j'arme.