Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…
LIX. Chateaubriand → Mme de V…, 31 décembre 1828, Rome
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Je ne sais plus que penser de Marie : je ne sais ce que disait ma lettre du 20 novembre, je ne garde ni la copie, ni la mémoire de ce que j'écris. Je désavoue seulement du fond du cœur tout ce qui aurait pu vous déplaire. Un pardon demandé à genoux est facile à accorder.
Pourquoi ces menaces d'un grand parti, pris ou à prendre? Pourquoi songer à ne jamais me voir, même à ne jamais m'écrire ? qu'ai-je fait pour produire tout cela?
Vous voulez une prière : je la ferai, mais je suis à présent trop souffrant.
Vous voulez porter le nom de sœur? je vous le donne, quoique à regret. J'ai eu des sœurs trop malheureuses. Enfin, rassurez-vous; je n'arrive pas; je ne vais pas fondre sur vous comme un oiseau de proie, je ne reviendrai en France qu'après Pâques. Je ne vous chercherai pas, si vous ne le voulez pas. Il faut que je vous aide à remplir des devoirs, dites-vous? Ai-je jamais songé à vous en éloigner, moi qui m'en vais, qui quitterai bientôt cette vie, qui ne demande à ce qui s'intéresse encore à moi que du repos et un peu d'amitié? J'espère que cette lettre vous satisfera, et que vous m'écrirez que vous m'attendez, à mon retour, dans votre solitude.
Que le ciel accorde à ma sœur de longues années de bonheur, après celle qui finira demain !
Chateaubriand.