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L'Enchanteur 1768—1848
Un dernier amour de René LIII. Chateaubriand → Mme de V…, 15 novembre 1828, Rome

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V…

LIII. Chateaubriand → Mme de V…, 15 novembre 1828, Rome

Un dernier amour de René · 1 min de lecture · p. 182–183 · chapitre 58 sur 80

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Perrin, 1903, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Rome, ce 15 novembre 1828.

Eh! bien, j'aime que vous restiez dans votre solitude! Vous dirai-je pourquoi? Je n'en sais rien, car, enfin, je ne profite pas de cette solitude. Est-ce que je serais jaloux d'une personne que jen'ai jamais vue ? Pourquoi pas ? Vos lettres me plaisent, du désert; elles me plairaient moins, venant de Paris. Seulement ne tombez point dans un abîme! Vos belles descriptions me font frémir.

Je ne m'accoutume point aux ruines de Rome; j'ai assez vu de débris. Il est plus que temps que je rentre dans ma solitude, pour ne plus en sortir. Au fond de tous les tableaux que je vois à présent, j'aperçois toujours ma tombe; elle ne m'effraie pas du tout, j'aime même à la contempler ; mais, en même temps, elle m'ôte le goût de tout, l'intérêt de toute chose; en tace de la mort, les plus grandes affaires paraissent misérables. Les attachements resteraient encore, mais personne ne s'attache à ce qui s'en va et vieillit, et c'est quand on a le plus besoin d'être entouré qu'on se trouve plus seul et plus délaissé.

Je ne sais quel sera le terme de mon brillant exil; tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il ne sera pas éloigné, puisqu'il dépend toujours de moi d'en finir. J'attendrai sans doute un temps raisonnable; je n'y mettrai point de précipitation ; mais, à mon âge, il faut compter par jours et non par années.

Écrivez-moi! Vos lettres me font un plaisir extrême, ne me le retranchez pas ! C'est charité que de venir à mon secours.