Le camarade d’enfance de Saint-Malo, compagnon des batailles sur la grève. Officier de marine, pris à Quiberon, il revient se constituer prisonnier sur parole et il est fusillé à Vannes en 1795.
En bref
| Naissance | 1767 |
|---|---|
| Mort | 1795 |
| Lien | Ami d’enfance, Joseph de Gesril du Papeu : voisin du second étage de la maison White, place Saint-Vincent, à Saint-Malo. |
| Rencontres | Saint-Malo (vers 1771-1776) ; collège de Rennes, même chambre (1781-1782) ; Brest (1783) ; à bord du paquebot de Jersey à Southampton (mai 1793) : « dernière rencontre ». |
| Mort | Pris à Quiberon (juillet 1795) : selon les Mémoires, il nage jusqu’aux vaisseaux anglais pour faire cesser le feu, refuse la corde qu’on lui tend (« Je suis prisonnier sur parole »), revient à terre et est fusillé. À Vannes, le 27 août 1795, selon Biré : voir « Quiberon et Vannes ». |
| Dans les Mémoires | 40 mentions (relevé automatique) : livres I (5, 7) ; II (7, 8) ; V (15) ; IX (16) ; X (3) ; XVIII (7). |
Sa vie
Joseph-François-Anne du Papeu de Gesril, né à Saint-Malo le 23 février 1767 selon Biré, entre dans la marine royale. Émigré, il participe en juin-juillet 1795 au débarquement de Quiberon. Après la capitulation, il nage jusqu’aux navires anglais pour faire cesser le feu, refuse de monter à bord et regagne la côte, se disant prisonnier sur parole. Il est fusillé à Vannes.
Avec Chateaubriand
C’est le compagnon des premières années malouines : il entraîne l’enfant dans les batailles sur la grève et les farces qui font sa mauvaise réputation. Chateaubriand le retrouve à Rennes et à Brest, et lui consacre un éloge appuyé.
Les pieux de la grève
Un dimanche, sur la grève, « à l’éventail de la porte Saint-Thomas », à l’heure de la marée, les enfants ont pris leur place habituelle sur les pieux. Gesril, « mon premier ami », dit Chateaubriand, est dans la file.
« Au pied du château et le long du Sillon, de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle. Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux pour voir passer au-dessous de nous les premières ondulations du flux. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage


François est assis le plus près de la mer, juste derrière la petite Hervine Magon ; Gesril est à l’autre bout de la file, du côté de la terre.
« Gesril attend une grosse lame : lorsqu’elle s’engouffre entre les pilotis, il pousse l’enfant assis auprès de lui ; celui-là se renverse sur un autre ; celui-ci sur un autre : toute la file s’abat comme des moines de cartes, mais chacun est retenu par son voisin ; il n’y eut que la petite fille de l’extrémité de la ligne sur laquelle je chavirai qui, n’étant appuyée par personne, tomba. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage
Hervine est repêchée, mais elle accuse François, que les bonnes poursuivent jusqu’à la cave de la maison. Gesril, du second étage, vient à son secours.
« Le véritable auteur du mal, Gesril, me prête secours : il monte chez lui, et avec ses deux soeurs jette par les fenêtres des potées d’eau et des pommes cuites aux assaillantes. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage
« […] le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans, passa pour un homme atroce […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage
La dernière rencontre (1793)
« Un officier de marine jouait aux échecs dans la chambre du capitaine ; il ne se remit pas mon visage, tant j’étais changé ; mais moi, je reconnus Gesril. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 3. · Lire le passage
Quiberon et Vannes (1795)
« Devenu officier de marine il fut pris à l’affaire de Quiberon ; l’action finie et les Anglais continuant de canonner l’armée républicaine, Gesril se jette à la nage, s’approche des vaisseaux, dit aux Anglais de cesser le feu, leur annonce le malheur et la capitulation des émigrés. On le voulut sauver, en lui filant une corde et le conjurant de monter à bord : « Je suis prisonnier sur parole », s’écrie-t-il du milieu des flots et il retourne à terre à la nage : il fut fusillé avec Sombreuil et ses compagnons. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage

Une notice de 1829 sur le monument de Quiberon donne d’autres détails : le nom de la corvette, la blessure au retour.
« La corvette anglaise the Lark (l’Alouette), capitaine Ogilvie, faisait un feu très vif sur les troupes républicaines. […] Il se jette à la mer, quoiqu’elle soit très mauvaise. A peine arrivé à la corvette, le feu cesse. On le presse de rester ; il refuse en disant qu’il est prisonnier sur parole. Il se jette de nouveau à la nage. En approchant de terre, un soldat républicain lui tire un coup de fusil et le blesse au bras. […] Il partit le soir même, avec la colonne prisonnière de son régiment, accablé de fatigues et épuisé par sa blessure. Il fut fusillé peu de jours après. »
Notice sur le monument de Quiberon, 1829, p. 12, note.
La date de sa mort diverge selon les sources. Les Mémoires le font fusiller « avec Sombreuil et ses compagnons » : or Sombreuil est exécuté à Vannes, sous les ormes de la promenade de la Garenne, le 28 juillet (Chassin, Le général Hoche à Quiberon, 1897, p. 193 et 244). La notice de 1829 dit « peu de jours après ». Edmond Biré, dans ses notes aux Mémoires, donne un mois de plus et mentionne une lettre écrite par Gesril de sa prison.
« Le fait, d’ailleurs, est consigné dans une lettre écrite des prisons de Vannes par Gesril du Papeu à son père. Le jeune héros fut fusillé à Vannes, le 10 fructidor (27 août 1795). »
Edmond Biré, note aux Mémoires d’outre-tombe, t. I, 1898. · Lire le passage


Le monument élevé aux victimes garde son geste : l’un des deux bas-reliefs des faces latérales représente « le trait sublime de M. de Géril du Papeu, officier de marine » (notice de 1829, p. 12).
Dans les Mémoires
« […] il n’a manqué à sa gloire que Rome et Tite-Live. »
Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 5. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I, II, X
Edmond Biré, note aux Mémoires d’outre-tombe, t. I, 1898
Notice sur le monument de Quiberon, suivie de la liste des noms des victimes, 1829 (lire en ligne)
Charles-Louis Chassin, Le général Hoche à Quiberon, 1897 (lire en ligne)