Henriette Picault, née à Saint-Domingue en 1769, fille d’un riche colon, vicomtesse de Belloy par un mariage de 1789, émigrée à Londres. Chateaubriand la rencontre chez Mme Lindsay, aux côtés de Malouet, qu’elle épousera en 1808 : « femme digne d’attachement », disent les Mémoires, qui taisent la liaison nouée avec elle vers 1797-1799. Elle meurt en 1838.
En bref
| Naissance | 1769, à Saint-Domingue ; fille d’un riche colon (dictionnaire de la Cour des comptes ; catalogue de 1948 pour les années de vie). |
|---|---|
| Mort | 1838, à Courbiac (Lot-et-Garonne), selon le dictionnaire de la Cour des comptes. |
| Premier mariage | En 1789, à Mazières-de-Touraine, avec le vicomte de Belloy de Morangle (né en 1752) ; divorcée en 1794 (dictionnaire de la Cour des comptes). Les Mémoires de Malouet (éd. 1874) la disent au contraire « veuve d’un neveu » de Mgr de Belloy, archevêque de Paris. |
| Second mariage | Avec Pierre-Victor Malouet (1740-1814), ancien député de l’Assemblée constituante, futur ministre de la Marine de Louis XVIII : le 8 mars 1808 à Paris selon le dictionnaire de la Cour des comptes, en 1810 selon une note des Mémoires de Malouet. Elle devient baronne Malouet. |
| Lien | Dame de l’émigration à Londres, compagne de Malouet ; liaison avec Chateaubriand, que les Mémoires taisent. |
| À Londres | Émigrée dès 1792 : pendant la maladie nerveuse de Malouet, avant le procès de Louis XVI, elle lui prodigue « les soins les plus touchants » (Mémoires de Malouet). |
| Rencontre | Londres, dans le salon de Mme Lindsay, où le conduit Christian de Lamoignon : « M. Malouët et madame du Belloy, femme digne d’attachement ». |
| Liaison | Vers 1797, terminée « dans les orages » au retour de l’émigration, selon le catalogue de 1948 (d’après les Souvenirs de Molé et « Le Secret d’Atala » d’A. Gavoty, 1948, non consultés) ; en 1798-1799, selon le dictionnaire de la Cour des comptes. |
| Portrait | Huile anonyme, exposée à la Bibliothèque nationale en 1948 (n° 138), alors au colonel de Corbiac. |
| Certitude | Identité et mariages : certains, dates divergentes (signalées) ; liaison : attestée par deux ouvrages modernes, sur des sources non consultées ici. |
| Dans les Mémoires | 1 mention (relevé automatique) : livres XI (2). |
Une créole de Saint-Domingue (1769-1792)
Henriette Picault naît à Saint-Domingue en 1769, fille d’un riche colon. En 1789, à Mazières-de-Touraine, elle épouse le vicomte de Belloy de Morangle, né en 1752 ; ils divorcent en 1794 (dictionnaire biographique de la Cour des comptes, notice « Malouet, Louis Antoine Victor, baron »).

Les Mémoires de Malouet, publiés par son petit-fils, la disent veuve, et alliée à l’archevêque de Paris :
« Madame de Belloy, que Malouet épousa en 1810, était veuve d’un neveu du prélat. »
Pierre-Victor Malouet, Mémoires, publiés par son petit-fils, 2e éd., 1874, t. I, note.

Londres, 1792 : auprès de Malouet
Ancien député de la Constituante, Malouet émigre à Londres en 1792. Malade, il est soigné par elle :
« […] je reçus les soins les plus touchants de madame de Belloy, émigrée comme moi, et dont le généreux dévouement mérita toute ma reconnaissance et mon attachement […] »
Pierre-Victor Malouet, Mémoires, publiés par son petit-fils, 2e éd., 1874, t. II, p. 267.
« Le procès du roi me rendit l’énergie de la douleur […] »
Pierre-Victor Malouet, Mémoires, publiés par son petit-fils, 2e éd., 1874, t. II, p. 267.
Une note de l’éditeur précise : « Madame de Belloy, devenue plus tard madame Malouet ».

Chez Mme Lindsay (vers 1797)
De logement en logement, Chateaubriand passe de « la pauvre émigration de l’est » à « la riche émigration de l’ouest ». Christian de Lamoignon le conduit chez Mme Lindsay :
« Madame Lindsay, Irlandaise d’origine, d’un esprit un peu sec, d’une humeur un peu cassante, élégante de taille, agréable de figure, avait de la noblesse d’âme et de l’élévation de caractère : les émigrés de mérite passaient la soirée au foyer de la dernière des Ninon. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 2. · Lire le passage
« Je rencontrai à ce rendez-vous M. Malouët et madame du Belloy, femme digne d’attachement, le comte de Montlosier et le chevalier de Panat. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 2. · Lire le passage
C’est tout ce qu’en disent les Mémoires.
Une liaison que les Mémoires taisent (vers 1797-1800)

Le catalogue de l’exposition du centenaire (Bibliothèque nationale, 1948), qui présentait son portrait, alors au colonel de Corbiac, affirme qu’une liaison se noua entre eux vers 1797 et se termina « dans les orages » au retour de l’émigration ; il renvoie aux Souvenirs d’un témoin de la Révolution et de l’Empire de Molé (Genève, 1943) et à l’article d’André Gavoty, « Le Secret d’Atala » (La Revue, mai 1948). Le dictionnaire de la Cour des comptes la date de 1798-1799. Aucune lettre n’en est connue ; les mémoires de Molé publiés en 1922 (trois premiers volumes consultés) ne la nomment pas.
En mai 1800, c’est Mme Lindsay qui ramène Chateaubriand en France :
« Madame Lindsay et son parent Auguste de Lamoignon l’amenèrent à Paris, et Madame Lindsay L’installa d’abord dans un petit hôtel des Ternes, voisin de sa demeure. »
Émile Chédieu de Robethon, Chateaubriand et Madame de Custine, 1893. · Lire le passage
Baronne Malouet (1808-1814)
Elle épouse Malouet le 8 mars 1808 à Paris selon la Cour des comptes, en 1810 selon la note des Mémoires de Malouet. À la Restauration, il devient ministre de la Marine :
« M. Malouët entra à la marine ; il décéda et fut remplacé par M. Beugnot […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage
« […] il mourut à la tâche, le 7 septembre 1814. »
Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. II. · Lire le passage
Courbiac (1838)
Elle meurt en 1838 à Courbiac, en Lot-et-Garonne (Cour des comptes). En 1948, son portrait appartenait encore au colonel de Corbiac (catalogue de l’exposition Chateaubriand de la Bibliothèque nationale, 1948, n° 138).
Divergences entre les sources
Premier mari : vicomte de Belloy de Morangle, divorcé en 1794 (Cour des comptes) ; « veuve d’un neveu » de Mgr de Belloy (note des Mémoires de Malouet). Second mariage : 8 mars 1808 (Cour des comptes) ou 1810 (même note). Nom : « madame du Belloy » dans les Mémoires de Chateaubriand. Liaison : vers 1797 et jusqu’au retour d’émigration (catalogue de 1948), 1798-1799 (Cour des comptes) ; sources premières citées (Molé, 1943) non consultées.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 2 ; livre XXII, chapitre 24
Mémoires de Malouet, publiés par son petit-fils le baron Malouet, 2e éd., Plon, 1874, t. I, p. 205 (note) et t. II, p. 267 (lire en ligne)
« Malouet, Louis Antoine Victor, baron », Dictionnaire historique, généalogique et biographique (1807-1947), Cour des comptes (faits seulement) (lire en ligne)
Chateaubriand, 1768-1848. Exposition du centenaire, Bibliothèque nationale, 1948, n° 138 (faits seulement) (lire en ligne)
Le comte Molé, 1781-1855 : sa vie, ses mémoires, éd. du marquis de Noailles, 1922, t. I à III (consultés : elle n’y est pas nommée) (lire en ligne)
