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L'Enchanteur 1768—1848
Les Grandes écuries, vue d'ensemble depuis le sud-est.

Lieux

Chantilly

Chantilly (Oise)

Fin octobre 1818 (ou 1817) avec Mme Récamier ; séjours d’écriture en 1837 et 1838.

En bref

SéjoursFin octobre, probablement 1818 (ou 1817), avec Juliette Récamier : le « secret » de la forêt (voir la fiche de Juliette Récamier). Du 28 octobre au 8 novembre 1837, pour travailler (Mayer). Novembre 1838 : il descend à une auberge et y écrit le récit de la mort du duc d’Enghien. (Les Mémoires, livre XI, chapitre 3, rapportent aussi une rencontre avec le duc de Bourbon pendant l’émigration, avec Fontanes, sous un orage, « à ce Chantilly » : l’expression ne désigne pas clairement le lieu.)
Logement1838 : « mon auberge » (nom non donné). 1818 et 1837 : non connu.
Le châteauGrand château rasé à partir de 1799, reconstruit de 1876 à 1882 : Chateaubriand, mort en 1848, n’a jamais vu le château d’aujourd’hui. Il a vu le Petit Château et les Grandes Écuries.
CertitudeSéjour de 1838 certain (chapitre daté « Chantilly, novembre 1838 ») ; séjour de 1837 attesté par les lettres (Herriot) ; séjour avec Mme Récamier attesté par les lettres de 1822, date discutée.

Le lieu

Ville de l’Oise, au milieu d’une vaste forêt, à une quarantaine de kilomètres au nord de Paris.

Histoire

Domaine des princes de Condé : le grand château, rasé à la Révolution, ne sera reconstruit qu’à la fin du XIXe siècle ; les Grandes Écuries du XVIIIe siècle subsistent. Chateaubriand en fait le cadre de séjours avec Mme Récamier et de travail. Les chapitres consacrés à la mort du duc d’Enghien et à ses suites (livre XVI, chapitres 2 à 11) portent la mention « Chantilly, novembre 1838 » : il les écrit sur place, dans le domaine où le prince était né. Le chapitre sur le général Hulin figure dans la même série.

Le château qu’il a connu

Quand Chateaubriand vient à Chantilly, le grand château n’existe plus depuis une vingtaine d’années, et celui qu’on visite aujourd’hui n’existe pas encore. Aucune des sources consultées ne le montre à Chantilly avant la fin des années 1810.

Le grand château de Chantilly avant la Révolution, vers 1775-1785
Le grand château de Chantilly avant la Révolution, vers 1775-1785 — anonyme, huile sur toile, musée Condé (PE 666) ; Wikimedia Commons, domaine public
Le domaine avant la Révolution, vers 1775-1785 : le grand château derrière le petit château
Le domaine avant la Révolution, vers 1775-1785 : le grand château derrière le petit château — anonyme, huile sur toile, musée Condé (PE 665) ; Wikimedia Commons, domaine public

Le domaine des Condé est vendu sous le Directoire, et les acheteurs démolissent pour revendre les matériaux.

« Les châteaux, l’Orangerie, Bucamp et les parterres voisins furent adjugés, le 17 juillet 1799, à deux entrepreneurs de démolitions, Pierre Damoye et Gérard Boulée, qui n’avaient d’autre but que de tirer parti des matériaux. […] Le petit château était intact ; le grand était rasé au niveau de la terrasse du Connétable. »

Gustave Macon, Chantilly et le musée Condé, 1910, p. 201-202 (état de 1804).

Vue du Petit Château de Chantilly en ruines, vers 1799-1814
Vue du Petit Château de Chantilly en ruines, vers 1799-1814 — Alexandre-Hyacinthe Dunouy, huile sur papier, musée Condé ; Wikimedia Commons, domaine public
Vue du château de Chantilly prise du parc anglais, 1845 : le Petit Château, tel qu'il est sept ans après le dernier séjour connu de Chateaubriand
Vue du château de Chantilly prise du parc anglais, 1845 : le Petit Château, tel qu'il est sept ans après le dernier séjour connu de Chateaubriand — Nicolas Alexandre Barbier, huile sur toile, musée Condé ; Wikimedia Commons, domaine public

C’est ce qu’il a sous les yeux en novembre 1838, quand il écrit « à la vue des ruines de Chantilly » : le Petit Château de 1551, les Grandes Écuries, la terrasse vide.

« Ce château, ces jardins, ces jets d’eau qui ne se taisaient ni jour ni nuit, que sont-ils devenus ? Des statues mutilées, des lions dont on restaure la griffe ou la mâchoire ; des trophées d’armes sculptés dans un mur croulant ; des écussons à fleurs de lis effacées ; des fondements de tourelles rasées ; quelques coursiers de marbre au-dessus des écuries vides que n’anime plus de ses hennissements le cheval de Rocroi […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 11. · Lire le passage

La « haute porte non achevée » qu’il voit « près d’un manège » est sans doute la porte Saint-Denis des Grandes Écuries, jamais terminée.

« L’ensemble devait être encadré par quatre pavillons ; le quatrième, au-dessus de la route, n’était qu’amorcé quand le duc de Bourbon mourut ; la façade extérieure était seule édifiée (porte Saint-Denis) ; elle se présente sous l’aspect d’une ruine avec les pierres d’attente à l’intérieur et du côté du Manège. »

Gustave Macon, Chantilly et le musée Condé, 1910, p. 158.

« Chantilly. Porte St Denis » (titre de la planche) : la façade sans pavillon, aux pierres d'attente
« Chantilly. Porte St Denis » (titre de la planche) : la façade sans pavillon, aux pierres d'attente — Édouard Baldus, Chemin de fer du Nord. Ligne de Paris à Compiègne par Chantilly, 1865 ; Source gallica.bnf.fr / BnF, via Wikimedia Commons

Les photographies prises après sa mort montrent encore le domaine sans le grand château. L’habitation est alors louée à l’ambassadeur d’Angleterre, lord Cowley (Macon, 1910, p. 220), d’où le titre de la planche de Baldus.

« Chantilly. Château de l'Emb. d'Angleterre » (titre de la planche) : le domaine loué à lord Cowley, avant la reconstruction
« Chantilly. Château de l'Emb. d'Angleterre » (titre de la planche) : le domaine loué à lord Cowley, avant la reconstruction — Édouard Baldus, Chemin de fer du Nord. Ligne de Paris à Compiègne par Chantilly, 1865 ; Source gallica.bnf.fr / BnF, via Wikimedia Commons
Le château avant la reconstruction du duc d'Aumale : à droite, le Petit Château
Le château avant la reconstruction du duc d'Aumale : à droite, le Petit Château — photographie de Claudius Couton (1837-1929) ; Wikimedia Commons, domaine public

Le château actuel est bâti après sa mort : le duc d’Aumale le fait reconstruire de 1876 à 1882, sur les anciennes fondations, d’après les plans d’Honoré Daumet (article « Château de Chantilly » de Wikipédia ; Macon, 1910, pour le soubassement conservé).

Avec Juliette Récamier (octobre 1818 ?)

Aucun récit du séjour n’existe ; on ne le connaît que par les lettres de Londres de 1822, d’où Mme Lenormant a retranché le nom de Chantilly. Gilbert Mayer (1946) le place « dans les derniers jours d’octobre », après son paragraphe de 1817 ; Maurice Levaillant, en octobre 1818, quand Juliette revient d’Aix-la-Chapelle.

« N’oubliez pas la forêt de Chantilly. »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Londres, 23 avril 1822, d’après l’original publié par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, t. II. · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand

« Mais, dites, ne pourriez-vous venir au-devant de moi à Chantilly? »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Londres, 3 septembre 1822, cité par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance, t. I. · Lire le passage

Octobre-novembre 1837

« J’ai avancé mon travail dans cette triste forêt […] »

Chateaubriand à Jean-Jacques Ampère, Chantilly, 4 novembre 1837, cité par Herriot, t. II.

« Je n’ai eu qu’une pensée en me promenant dans ces bois […] de longues percées traversant arbres après arbres, c’était vous […] »

Chateaubriand à Juliette Récamier, Chantilly, novembre 1837, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Novembre 1838

« Afin de tromper cet instinct, je suis accouru à Chantilly. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 2. · Lire le passage

« Rentré à mon auberge, avec une moisson de plantes d’automne et dans des dispositions peu propres à la joie, je vous raconterai la mort de M. le duc d’Enghien, à la vue des ruines de Chantilly. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 2. · Lire le passage

Ce qu’il en écrit

« Comme aux oiseaux voyageurs, il me prend au mois d’octobre une inquiétude qui m’obligerait à changer de climat si j’avais encore la puissance des ailes et la légèreté des heures […] »

Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 2. · Lire le passage

« […] le nommé Louis-Antoine-Henri de Bourbon, né le 2 août 1772 à Chantilly. »

Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 1. · Lire le passage

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitres 2 et 11
Gustave Macon, Chantilly et le musée Condé, 1910 (lire en ligne)
Article « Château de Chantilly », Wikipédia (lire en ligne)
Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1904 (éd. de 1909), t. II (lire en ligne)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (lire sur le site · Internet Archive)
Gilbert Mayer, « Calendrier des déplacements de Chateaubriand », Annales de Bretagne, 1946 (lire en ligne)

Quand il y vécut ou séjourna

Dans le journal

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