Dans les jours suivants, il voit passer au bout des piques les têtes de Foulon et Berthier.
Il assiste en curieux à la prise de la forteresse puis, quelques jours plus tard, au passage des têtes de Foulon et de Bertier portées sur des piques, sous les fenêtres de son hôtel : une scène fondatrice de son rapport à la Révolution.
Chateaubriand n’est à Paris que depuis la fin de juin (voir plus bas), logé avec ses sœurs dans un hôtel garni de la rue de Richelieu ; il suit les séances de l’Assemblée et assiste à la journée du 14 juillet en curieux, sans illusion sur la « victoire » remportée.
« J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage
Le 22 juillet, de la fenêtre de son hôtel, rue de Richelieu, il voit passer les têtes de Foulon et de Bertier de Sauvigny portées sur des piques ; il apostrophe les porteurs, et ses voisins le lui reprochent. Lucile s’évanouit (voir son dossier).
« Ces têtes, et d’autres que je rencontrai bientôt après, changèrent mes dispositions politiques ; j’eus horreur des festins de cannibales et l’idée de quitter la France pour quelque pays lointain germa dans mon esprit. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
Le 22 juillet 1789, Joseph-François Foulon de Doué, ancien intendant des finances, à qui la rumeur prête d’avoir dit que le peuple pouvait « manger du foin », est pendu à une lanterne de la place de Grève, à l’angle de la rue du Mouton ; son gendre Louis-Bénigne Bertier de Sauvigny, intendant de Paris, ramené de Compiègne, est massacré le même soir. Leurs têtes sont promenées au bout de piques dans Paris. Les estampes de Jean-Louis Prieur, gravées pour les Tableaux historiques de la Révolution française, montrent Bertier mis en présence de la tête de son beau-père ; l’une d’elles date le supplice de Foulon du 23 juillet, les autres sources du 22.
Chateaubriand raconte la scène au livre V des Mémoires, écrit en novembre 1821 :
« Les assassins s’arrêtèrent devant moi, me tendirent les piques en chantant, en faisant des gambades, en sautant pour approcher de mon visage les pâles effigies. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
« L’oeil d’une de ces têtes, sorti de son orbite, descendait sur le visage obscur du mort ; la pique traversait la bouche ouverte dont les dents mordaient le fer […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
« Brigands ! » m’écriai−je, plein d’une indignation que je ne pus contenir, » Est−ce comme cela que vous entendez la liberté ? »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
« Si j’avais eu un fusil, j’aurais tiré sur ces misérables comme sur des loups. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
« Mes soeurs se trouvèrent mal. Les poltrons de l’hôtel m’accablèrent de reproches. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 9. · Lire le passage
L’arrivée à Paris : Chateaubriand n’a pu quitter la Bretagne qu’assez tard,
« […] et n’arrivai à Paris qu’après le pillage de la maison Réveillon, l’ouverture des Etats−Généraux, la constitution du tiers−état en Assemblée nationale, le serment du Jeu−de−Paume, la séance royale du 23 juin, et la réunion du clergé et de la noblesse au tiers−état. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage
La réunion des trois ordres est du 27 juin ; Collas (1919) date l’arrivée du 28 ou du 29 juin 1789.


