Comte Louis de Chateaubriand à Mme Récamier, Paris, le 16 octobre 1848
D'après la permission que vous avez bien voulu me donner, Madame, d'envoyer chercher le buste de mon oncle le jour que je choisirais, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien le faire remettre au porteur du présent écrit de ma main qui se présentera demain dans la matinée.
Je vous avais priée hier, Madame, de vouloir bien me dispenser de faire auprès du bon Mr Mandaroux Vertamy la commission dont vous m'aviez chargé pour lui, au commencement de ma visite, à l'occasion du tableau de la Sainte famille, qui vous avait été légué par un codicille fait il y a environ 11 ans, et qu'il possède aujourd'hui en vertu d'un testament fait en 1847. Mais ayant vu ce matin, vers 8 heures, Mr Vertamy et lui même m'ayant parlé de cette affaire, j'ai cru être naturellement appelé à faire votre commission, Madame, et je lui ai dit que vous m'aviez chargé de lui annoncer que, ne voulant pas être la cause d'une discussion de ménage, vous faisiez le sacrifice très grand pour vous, de renoncer à recevoir et à garder ce tableau chez vous pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il entre en jouissance de la propriété. Cette nouvelle a apporté beaucoup de soulagement à son esprit. Je m'empresse en conséquence, Madame, de vous renouveler la demande que j'ai eu l'honneur de vous faire hier, de me permettre de vous offrir en dédommagement de ce sacrifice, et de la privation où vous êtes aisée d'un souvenir, offrir, dis-je, non pas l'usufruit, mais la propriété d'un objet ayant appartenu à mon pauvre oncle, en souvenir de lui. Je me suis occupé de ce choix dès hier en vous quittant, Madame, et j'ai pensé que le souvenir le plus digne de vous être offert dans la part qui m'est échue de la succession était un surtout de table assez riche. Si cet arrangement vous convient toujours, Madame, veuillez me le faire dire. Mr Vertamy entrera tout de suite en jouissance de son tableau, et j'aurai l'honneur de vous envoyer le surtout au jour et à l'heure que vous m'aurez indiqués.
J'ai l'honneur d'être, en vous priant d'agréer mes respectueux hommages, Madame, Votre très humble et très obéissant serviteur
Cte de Chateaubriand
Paris le 16 octobre 1848.