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L'Enchanteur 1768—1848

Correspondance

3 264 lettres lues comme une partition. Chaque correspondant a sa portée, chaque lettre est une note : au-dessus de la ligne quand il écrit, au-dessous quand on lui répond.

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Mme Récamier à J.-J. Ampère, 1er décembre 1833

a M. J. J. Ampère. 1er décembre 1833

Je reçois votre lettre de florence qui m'inquiète ; j'ai besoin de vous recommander moi-même de vous soigner, d'éviter tous les genres de fatigues. M. Lenormant dit que vous travaillez trop. songez que vous êtes en italie pour votre santé, que ce doit être votre principale occupation ; il faut y mettre de la volonté ; vous avez si peu l'habitude de vous occuper de vous, tachez de vous soigner comme vous savés soigner les autres. nous parlons sans cesse de vous dans notre pauvre abbaye. Vous savés que les lectures ont recommencé, jugez si elles nous font penser à vous ! nous en avons une demain un peu plus nombreuse, j'ai mis Mad. de Vernède sur la liste. M. de Chateaubriand qui la connoit si peu s'est récrié ; j'ai dit que cela vous feroit plaisir, il a cédé à l'instant. j'ai été hier pour l'inviter ainsi que sa fille, elles m'ont paru charmées, nous avons beaucoup parlé de vous.

j'ai revu Lord Bristol après seize ans d'absence ; il étoit si troublé des souvenirs qu'il retrouvoit à l'abbaye, qu'il a été quelques moments sans pouvoir parler. nous nous sommes entretenus d'autrefois, des douces heures passées dans la petite chambre du troisième avec sa sœur, M. de Montmorency et le duc de Laval. cet entretien si triste n'a pas été sans quelques douceurs : tous ces souvenirs m'ont reportée vers cette époque déjà si éloignée, c'est dans cette petite chambre que je vous ai vu pour la première fois. en Italie aussi je puis vous suivre dans mes souvenirs. pensez à moi dans tous les lieux que nous avons parcourus ensemble et que cette pensée vous rappelle mes recommandations, car je finis comme j'ai commencé en vous conjurant de vous occuper de votre santé. adieu j'attends avec impatience de vos nouvelles de Rome.