Chateaubriand à Mme Récamier, Néris, jeudi 12 août 41
Néris, jeudi, 12 août 41.
Le petit post-scriptum de votre lettre m'apprend que vous avez reçu ma grande lettre ou mon grand bulletin. Après cette grande lettre je vous en ai encore écrit une autre plus petite. Si vous avez entre les mains toutes mes épîtres, vous voyez que j'ai tenu parole et au-delà. Mais comme je sais par expérience que l'exactitude ne fait pas l'attachement, je ne me vanterois pas, si je n'étois certain qu'un sentiment véritable est au fond de ma vertu. Georgina est une spirituelle et excellente femme que sa mère a bien mal élevée. Quand on a commis une faute, on se croit obligé à une indulgence sans bornes.
Je partirai lundi 16 ou mardi 17 pour aller vous retrouver : que je m'arrête ou non, chemin faisant, chez M. Hyde de Neuville, je n'en serai pas moins à Paris presque en même tems que vous. J'ai été bien souffrant, je le suis encore, et je n'ai pas pu me baigner : pour se guérir il ne faut pas vous quitter. Vous voyez que je suis toujours le même quoique la main soit changée.
Chateaubriand.
Si vous voyez Mad. de Chateaubriand avant moi, ne lui dites pas ce que je vous dis sur ma santé.